samedi 28 avril 2012

telier d'écriture du 28 avril 2012 avec Eugène Durif

blog
Atelier d'écriture mené par Eugène Durif. Public de 23 à 88 ans. Seule, l' initiale du prénom des  auteurs signe les textes.


Texte 1
Référence : Pérec « Pensées classées »
Inventaire avec quelques objets qui ont pour nous une importance
Comment classer, penser, ordonner structurer ce qui nous traverse pour écrire ?
Pour la première proposition d’écriture, faire un inventaire des objets importants qu’on sort d’une valise. Nommer l’objet et dire ce qu’il représente pour nous, dire pourquoi l’avoir gardé. La valise contient des objets accumulés depuis l’enfance.
A la suite de ce premier exercice, quelques commentaires d’Eugène Durif.
Les objets s’appellent les uns les autres.
Chacun a sa part d’intimité.
Si dans l’écriture, un évènement important est nommé, le décrire. Travailler le mentir vrai.
Deux ou trois objets font naître des associations, se laisser porter.
Texte 2
Continuer avec un de ces objets : écrire une petite nouvelle autour de l'objet.
à la manière de  Richard Brautigan "Tokyo Montana express"
"Fantômes
Parfois, juste avant de m’endormir, je pense à elle; d’elle pourtant tout ce dont j’arrive à me souvenir c’est qu’elle avait un chien.
Nous nous étions rencontrés dans un bar. Nous avons fait un brin de causette. Nous avons bu quelques verres. Et puis nous sommes allés chez elle. Il y avait un vélo dans la pièce de devant. Et je me suis quasi cassé le nez dessus. Elle l’avait mis juste derrière la porte.
Et nous avons fait l’amour.
Et elle, elle avait un chien. ”
ou de Brady Udall « Lâchons les chiens » 10/18
"LA PERRUQUE
...Ce matin, mon fils de huit ans a trouvé une perruque dans une poubelle. Je suis entré dans la cuisine, passablement irrité parce que je n'arrivais pas à faire un nœud correct à ma cravate verte à motif cachemire. Attablé devant un bol de céréales, il lisait une bande dessinée, la perruque enfoncée sur la tête comme un casque de joueur de football. Elle formait une tignasse de cheveux blonds bouclés, le genre que portent les prostituées ou quelqu'un qui veut imiter Marilyn Monroe.
Je lui ai demandé où il l'avait pêchée et il m'a répondu, la bouche pleine de céréales. Je lui ai fait remarquer qu'il n'était pas recommandé de porter des choses qui avaient traîné dans une poubelle. Il a continué à manger et à lire comme s'il ne m'avait pas entendu.
Je voulais qu'il l'enlève, mais je ne pouvais pas me résoudre à le lui demander. J'ai oublié mon histoire de cravate et qu'il était l'heure de partir pour mon travail. Je me suis tourné vers la fenêtre. Le brouillard tombait lentement sur la rue. J'ai fait les cent pas dans le séjour, m'efforçant de ne pas regarder mon fils. Il faisait comme si je n'étais pas là. Je l'entendais mastiquer ses céréales et feuilleter les pages.
Il y a une image, ou un souvenir, réel ou imaginaire, que je n'arrive pas à me sortir de la tête: au printemps dernier, avant l'accident, ma femme est assise sur la chaise que mon fils occupe maintenant tout le temps. Elle consulte le journal pour voir si l'équipe des Black hawks a gagné hier soir, et ses cheveux encore ébouriffés, car elle vient à peine de se réveiller, sont seulement un peu plus longs et un peu plus foncés que ceux de la perruque.
Je me suis demandé s'il avait la même image à l'esprit ou bien s'il n'en avait aucune. Il a fini par lever les yeux vers moi, mais son visage n'exprimait rien. Il a repris sa lecture. J'ai contourné la table, je l'ai pris dans mes bras et l'ai serré contre moi. J'ai enfoui mon nez dans la perruque. Elle ne Sentait pas le propre et le shampooing comme j'aurais pu l'espérer, mais plutôt la laitue défraîchie. Je suppose que c'était sans importance. Mon fils a glissé ses bras lisses autour de mon cou et, l'espace de quelques secondes peut-être, nous avons été de nouveau tous les trois réunis."
Texte 3
Exercice ludique. Ecrire une petite fable absurde à la manière de Daniil Harms écrivain russe Écrits, éditions Christian Bourgeois, traduction Jean-Philippe Jaccard.
« Un homme roux
Il était une fois un homme roux, qui n'avait d'yeux ni d'oreilles. Il n'avait pas non plus de cheveux et c'est par convention qu'on le disait roux.
Il ne pouvait parler car il n'avait pas de bouche. Il n'avait pas de nez non plus.
Il n'avait même ni bras ni jambes. Il n'avait pas de ventre non plus, pas de dos non plus, ni de colonne, il n'avait pas d'entrailles non plus. Il n'avait rien du tout ! De sorte qu'on se demande de qui on parle.

Il est donc préférable de ne rien ajouter à son sujet. »

Bibliographie
« Je me souviens » de Georges Perec, même si les souvenirs de Perec ne raisonnent pas pour les jeunes d’aujourd’hui.
« Notes de chevet » de Sei Shônagon (Xème siècle)
Pierre Michon « Vies minuscules »
Henri Michaux autour d’un panaris. A partir d’un élément minuscule, un monde se construit.
Gilles Deleuze et ses blocs d'enfance "Kafka, pour une littérature mineure"
Eugène Durif « La litanie des médicaments » à l'intérieur d'une pièce "via Negativa" (chez Acte Sud)
André Breton « Anthologie de l’humour noir »


Bric-à-brac, valise fourre-tout
Déjà le désordre ! Pourquoi donc, comment donc ai-je cultivé cet art du désordre permanent ?
Fouiller, extirper, retrouver... dans le désordre, l'émergence des souvenirs :
la trousse
trousse rouge
trousse d'écolière
décousue par endroits, recousue ici ou là.
Les stylos, les crayons, la gomme, en vrac, trousse fourre-tout.
Elle contient le fourre-tout de l'école première, continue, une vie d'école, mais aussi de chemins buissonniers : la coupelle d'un gland, un marron bien ciré, souvenirs de rentrée automnale...
Il demande :
« T'as un taille-crayon ?
Je ne réponds pas, je fouille dans la trousse. J'extirpe le petit taille crayon en métal gris, basique.
Entre ses gros doigts, il disparaît. Surgit lentement une boucle fine de bois, dentelée, ourlée de couleur.
Je guette l'instant où elle va se couper, mais elle s'enroule, comme si elle voulait reformer le crayon de l'autre côté de la lame. Enfin elle cède. Je la cueille au vol.
Il me regarde, l'air surpris.
Sourire gêné – de part et d'autre.
Je pose délicatement le copeau sur ma feuille blanche vierge.
Il saisit un autre crayon, le taille au-dessus de ma feuille
- une autre couleur, un autre copeau.
Il recommence, les copeaux se succèdent, ils se déposent, légers pétales, papillons immobiles. La feuille s'anime, prend vie. Cela cesse, une mine coincée – avatar classique... Il pose le taille-crayon, esquisse un geste d'impuissance, rassemble ses outils bien taillés et retourne à son bloc.
Du bout de l'ongle, je décoince la mine. Je taille mon crayon lentement... obtenir le copeau le plus long possible...
Enfin je pose la mine sur la feuille ; elle trace, presque seule ce que ma main ne trouvait pas. Le dessin s'organise, léger, aérien, entre les délicats pétales de bois.
Ce sera éphémère,
je soufflerai pour qu'ils s'envolent au-dessus de mon dessin
… une fois, une seule...
Petite fable absurde
Elle était rouge et ronde,
avec le temps et les mauvais traitements, elle avait perdu le cœur, elle était devenue luisante et un peu ferme
nul ne se souvient comment elle avait émergé, mais, conversation, radio, on ne parlait que d'elle : certains commençaient à la rejeter, d'autres la plaçaient fièrement au sommet de leurs préoccupations : c'était la fameuse
« cerise sur le gâteau »
A
Une bouteille « Porte bonheur »
Un fer à repasser ancien
La Machine à coudre Singer miniature
Deux bracelets de naissance
Des dents de lait
Les poupées attrape-rêves
Un vieux dictionnaire Larousse pour enfants
Des bouts de rideau, de dentelles
Lettres, cartes postales, photos
Un éphéméride en bois transmis par plusieurs générations
Un vase chinois, le reste d’un service à thé, des verres anciens…
Dans mon garage, dans un carton étiqueté : des verres dépareillés. Ils viennent du café que tenait ma grand-mère maternelle, Louise. «  Mme Veuve  Fretel »est encore gravé dans le verre de la vitre du café qui, depuis a été transformé en épicerie EPI. Dans ces verres ont bu les habitants du village des Ricard,…dont je finissais les verres quand j’étais petite, en vacances.
2-
Satuday
28
April
D’où vient donc cet éphéméride en bois que j’ai toujours vu trôner ? Toujours ? Sur un buffet sombre, derrière, dans un bureau peu éclairé, où l’on ne rentre pas, interdit, à part. Bureau du grand-père sévère, travailleur, exigeant, redouté.
Des années et des années passent, inconscientes, insouciantes. La maison vendue, le buffet plus qu’ancien amoureusement, délicatement transféré dans une autre maison, à un autre usage, éclairé par les grandes baies, magnifique, ciré, caressé, respectable ancêtre.
L’éphéméride ? Disparu, non peut-être qu’il a suivi ma grand-mère, dans sa maison de retraite, pendant une vingtaine d’années, peut-être.
Et puis mon père l’a ramené, dans son bureau, face à sa table ovale, sur l’étagère, devant les rangées de livres. Il a égrené les jours et les jours, les 30.000 jours et d’autres encore. Combien de fois mon père a-t’il levé les yeux sur lui, sans le voir, en écrivant, méditant, cherchant les mots qui noirciront sa feuille blanche. Noirs les mots ? Non, lumineux.
Et aujourd’hui, mon père est parti ? L’éphéméride en bois trône sur une étagère d’une autre bibliothèque qui l’abrite comme une niche fait un nid à une statue, à une idole.
Saturday-28-April. Oui, mais c’est vrai ! J’ai des ancêtres anglais sur mon arbre généalogique, les énigmatiques Sutton. Il est temps de partir à leur recherche, à la source des ascendants et des objets qui ne sont pas oubliés, et qui nous restent à transmettre encore et encore.
Satuday-28-April.
Elle voulait écrire
Non, elle écrivait
Puis déchirait
Elle aurait voulu brûler
Mais déchirer est plus facile.
Elle avait ça dans la peau
Ça  voulait pas se déchirer
Ça ressortait inévitablement
Elle aurait voulu incinérer
Ce désir plus fort qu’elle
Mais oublier est plus facile.
Heureusement le papier disparut
Et l’encre aussi.
Sur l’ordinateur c’est bien connu
Tout se partage, tout disparaît
Alors elle blogua
Son ordi bugga.
Elle mourut. Une nouvelle vie commença alors ;  libérée de toute mémoire.
Plus besoin d’écrire quand on n’a rien à dire.
C
Inventaire

Un voile de mariée une croix de baptême-une paire de chaussures en bois dont les talons claquent un masque de carnaval : une frimousse de chat avec ses moustaches une layette avec une parure de draps immaculés et bien repassés des cahiers d’école-un vieux sac à dos.
Mohamed tu m’énerves. Pourquoi tu ne déballes pas tes valises et ta malle qui encombrent l’appartement et la cave. Est ce que comme Linda tu vas trimballer toute ta vie ta valise en carton? Tu l’as déplacée régulièrement, surtout dans ta tête, pleine de ton Algérie qu’on ne te rendra jamais. Algérie du temps béni des colonies qui emplit ton cœur de rancœur, vivant dans le passé de tes années d’enfance et d’insouciance. Tes années d’errance ont coupé douloureusement tes racines que tu n’as jamais pu accrocher ailleurs.
Mohamed, range ta vie et tes valises, j’ai horreur du désordre !
Le petit écureuil brun ne voulait pas manger ses noisettes. Le docteur vétérinaire dit : on va l’hospitaliser. Dans le service des anorexies mentales, il se débattait. JE veux manger des noisettes, mais celles qui sont trouées, juste avec du vide dedans. Le docteur dit : il n’est pas guéri.
AM
Comment j’ai dilapidé mon héritage
Ma grand tante était mère supérieure dans un couvent qui servait de maison de retraite. Sans connaître les détails de legs et de transactions qui me semblaient un peu fumeuses vu les vœux de pauvreté des religieuses, elle héritait régulièrement de ses pensionnaires de dizaines de services en argent. Un vrai trésor de guerre ! Ce qu’elle en faisait habituellement et comment elle les extorquait aux familles endeuillées, je ne veux même pas le savoir. Un jour, j’avais 18-19 ans, elle décida de me faire un cadeau- je suppose que, de cette manière, elle m’incitait à commencer un trousseau pour mon entrée dans une vie d’épouse et de mère bien rangée dont elle soupçonnait que ce n’était pas vraiment ma tasse de thé.
Elle déploya devant moi, sur une grande table ronde, des dizaines de séries de petites cuillères en argent. Certaines étaient très ouvragées, avec des entrelacs, des chiffres, des fleurs en relief. D’autres plus simples avaient des manches très fins, plusieurs services étaient assez usés, et l’argent laissait voir par endroit des plaques d’un métal moins riche. Quel service choisir ? Incapable de me décider, je pris une cuillère de chaque service, au grand désespoir de tout mon entourage qui voyait ainsi douze services d’argenterie perdre toute valeur !
Ces 12 petites cuillères, qu’en reste-t-il après toutes ces années ? Il en reste deux dans le tiroir de la cuisine, complètement oxydées. Je hurle dès qu’un des enfants veut en prendre une pour manger son yaourt : Arrête ! Tu vas t’empoisonner !
J’en ai retrouvé une l’autre jour dans le jardin, à moitié enterrée. C’est vrai que, étant assez pauvre en outil de jardinage, je m’en étais servie pour repiquer des plants de tomates l’année dernière (attaque de mildiou assez rapide après repiquage). J’en ai écrasé une à coups de marteau il y a une dizaine d’année pour essayer d’en faire un bracelet (échec total). Les autres ? Mangées par le lave-vaisselle, jetées avec les épluchures, bouffées par le temps qui passe. Que vais-je pouvoir léguer à mes descendants ?
-         Rien
-         Quoi, rien ?
-         Non, rien de rien
-         Mais c’est impossible, il doit bien y avoir quelque chose !
-         ‘ai beau chercher : Rien, que dalle, nothing, niente
-         Allez, creuse-toi, ça va venir !
-         Plus je cherche, moins je trouve.
-         Encore un effort, vas-y, force-toi !
-         Le vide, je te dis. Le néant, la panne.
-         Ben, tu vois, finalement, tu as quand même écrit 12 lignes.
-         Moralité : Au bout du rien, il y a parfois quelque chose.
D.
Cailloux
Petits cailloux
caillou presse-papier...
Papier
Pile de papiers
dispersés,
entassés,
chiffonnés,
griffonnés...
Dessins au crayon noir
devant tasse de thé...
Passoire.
Quand la vie s'écoule
que reste-t-il au fond?
Ce qui était tapi
dans le noir du crayon?
Gomme.
" Vivre, c'est dessiner sans gomme."
a écrit une amie inconnue
entr'aperçue
sur un écran.
Ecrans,
envahissant l'espace
des vies réduites à néant.

Garder les pieds sur terre.
Où sont mes bottes?
Celles de 7 lieues,
celles qui me manquent
pour courir le vaste monde
sur le chemin des petits cailloux.

Cailloux
Petits cailloux
caillou presse-papier...

ça pique.
C'est là, pointu, minuscule, entêtant...
pourtant c'est au pied que ça pique.
Juste au milieu de la paume du pied...
enfin, je ne sais pas si on dit la paume pour le pied
mais je n'ai rien d'autre à me mettre sous la plume!
ça s'est glissé entre la peau et le collant, mais quand?
Il n'y avait rien sur la moquette.
Peut-être est-il entré camouflé dans le creux des baskets
ou dans les pelotes du chien...Caillou clandestin.
La pluie fait luire le noir encore presque parfait du trottoir.
On vient de goudronner la rue.
J'avance.
En retard, encore, toujours à la course.
Pas le temps de retirer la botte et de toute façon...
collant! Il faudra attendre ce soir.
Impossible d'oublier, il va falloir composer.
ça aurait pu être pire,
ça aurait pu être un clou.
J'essaie de ne pas le brusquer:
j'appuie le pas sur le talon.
Drôle de démarche claudiquante.
Enfin le bureau, la chaise,
taper du talon sur le sol.
On ne sait jamais il pourrait glisser dans la cambrure,
ça serait plus confortable.
Mais non, il est bien incrusté!
Bientôt il fera presque partie de moi,
comme ses copains du macadam.
Penser à autre chose, le travail n'attend pas,
la vie non plus.
Le monde ne va pas s'arrêter de tourner
parce que j'ai un caillou dans la chaussure
quand tant d'autres vont nu-pieds.
Je commence même à m'y attacher à cette douleur minuscule
qui me maintient éveillée, casse mes gestes automates,
m'oblige à repenser mon pas.
Ce n'est pas cher payé pour une leçon de vie.
A midi, le petit caillou m'est devenu ami.
Je me sens moins seule avec lui.
Je l'imagine...encore un peu et je vais lui parler!
Puis l'après-midi se termine, je referme le cartable.
Retour.
Est-ce que mon pied s'est endurci?
Je ne sens presque plus mon squatter du jour.
En arrivant chez moi, je prendrai même le temps d'un thé
avant de l'expulser.
Le soir tombe.
Il est là sur la table de nuit,
un peu brillant sous la lampe.
Pas eu le coeur de le rendre à la rue.
Il veille et je le garde pour ne pas oublier.
Ni le prix du chemin,
ni celui de la vie qui dort sous le bitume.
Clic Clac Kodak!
Finis les soufflets,
finies les chambres noires,
les pellicules roulées
qu'il ne faut pas voiler.
La burka numérique
sur l'image est tombée.
Tout, couleurs et pixels,
on trafique sur écrans
des clichés étonnants.
Ce n'est plus "dans la boîte",
c'est aux puces
que l'on confie nos vies
et parfois...
ça gratte!
P.
Le laguiole, celui que Jean m’a offert, celui d’olivier que j’ai perdu, celui de mon père que j’ai gardé.
2 nounours en toile de Provence.
Une poire ou un inhalateur ? Un objet des années 30 que j’ai posé au dessus de l’armoire à pharmacie, dont je ne connais pas l’usage et qui appartient à la génération d’avant
Une affiche noir et blanc d’un gamin de Paris en culotte courte portant 2 litres de vin dans chaque bras, qu’un collègue m’avait offert. Le gamin ressemble beaucoup à un ami, cette affiche, elle est écornée de partout, piquée de moisissure, rongée par les escargots
Ils sont posés là sur le meuble a  CartTure ?????….., ses deux petits nounours en toile de Provence, ils se serrent dans les bras l’un de l’autre.
Ils attendent la nuit, pour pouvoir descendre le long des pieds du meuble et s’immiscer dans les SEVES ???? des habitants de cette maison.
Lulu, le père qui n’a pas eu de nounours dans sa jeunesse, et en a distribué à tout le monde.
Lola, la mère qui aime être entourée d’amis, et qui se retrouve dans un cauchemar dans la jungle, à vivre la vie des ours.
Lili la petite qui n’est pas née, qui est comme une graine avec laquelle l’ours s’amuse.
Il la met en terre peut-être qu’elle germera et Lolo, le petit prince de Lulu et Lola, qui croule sous les nounours, alors qu’il ne rêve que de tanks, de guerre, de bataille rangée.
Les nounours dans le rêve de Lulu, lui ouvre des portes, et à chaque fois, c’est un nouveau monde qui se présente, ça ne l’arrange pas Lulu lui qui est plutôt casanier.
Lola est en sueur, la nuit est agitée, la vie des ours nécessite d’être agile et souple, elle qui a du mal à s’occuper des repas familiaux et là son rêve tourne autour de la recherche de nourriture. Lolo, a réussi malgré tout à créer son champ de bataille, chacun des oursons étant chef de guerre de chaque camp.
Le soleil se lève à peine, les nounours retournent SAJUT ????? sur le meuble  a CARTURE ??? . Ils sont serrés l’un contre l’autre pour pouvoir se raconter. Tiens, ils ne sont plus dans le même sens. Le bleu qui était à droite hier, est à gauche maintenant
Tous les chiffres sont symboliques toutes les lettres sont des symboles, les 9 bols ou les 3 bols de la maison des z’ours, pleins ou vides, creux ou concaves, qui de l’œuf ou de la poule, de la claque ou de la joue a fait l’œuf, fait le bruit fait l’autruche. V.
Elle fermait comme en biais
Et s’ouvrit sur le quai.
Une brosse sans manche poil ras
M’agrippa par le bras.
Mon chien mort était là…
A l’oreille un glaïeul,
Une saucisse dans la gueule.
Pourtant, il dit : me v’la !
Une vie (non mais)
Sans famille, il errait dans le village. Maigre et laid, il avait sucé le maigre lait d’une nourrice pessimiste. C’était un enfant triste ; triste. Plus tard « grand, mal fait ; ses longs cheveux roux mal peignés, dégoutants, cachaient de nombreux poux ». En toutes saisons, cela lui faisait un certain tort. Et le tort tue. Mais lui, non. Les villageois lui baillaient une gamelle de loin en loin. Peu causant ; les jours de pluie ; il disait : je cherche mon ombre. Les autres jours aussi et cela l’occupait à plein temps. Il errait toujours et disparut. Son entrée à l’Académie Française est peu probable. Point.
B
Mouchoir blanc toile des Vosges servait l’été à ma grand-mère pour se protéger du soleil. Elle faisait des nœuds aux quatre coins et ça lui faisait un bonnet.
Photo pique-nique. Mon père en maillot marcel avec des espadrilles aux pieds assis au bord de la rivière, ma sœur à coté toute petite je n’y suis pas car je ne suis pas née.
Roulette à pâtisserie, plus très ronde très usée dentelée. Odeur de beignets
Fer à friser énigmatique vu  la pilosité familiale joli outil rêve de chevelure frisée
Craie à bois dans boite à crème visage
Craie à tissus dans boite de médicament pour la toux
Petite robe blanche et verte portée par ma sœur, moi-même, mes filles
Bille en terre ramassée dans la terre sans couleur avec un vernis qui s’écaille mais qui roule tout de même
Petit carnet pour ne pas oublier.
Posé sur le meuble blanc de la salle à manger objet plastique devenu terne plus transparent du tout au toucher presque gras huileux. Impossible à remplir, qui ressemble à un bol sans fond, peut servir à la limite  à coiffer à condition d’avoir une tête pas trop grosse. L’objet prend sens quand grand-mère remplit un bol d’eau chaude ajoute quelques gouttes d’une petite bouteille marron et le visage fripé disparaît dans un nuage de vapeur parfumée. Le nez se dégage, les yeux pleurent, les pores de la peau se dilatent, les cheveux s’humidifient légèrement au contact du plastique. La voix parvient d’un autre monde. Ça dure une dizaine de minutes, parfois plus et grand-mère relève la tête, la peau lustrée, l’œil brillant, le cheveu châtain, les lèvres rosies. Ça dure une minute mais devant moi je n’ai plus ma grand-mère fatiguée mais une jeune femme qui me sourit. Je garde précieusement l’inhalateur en plastique magique. Et parfois le soir fatiguée sans avoir le nez bouché, je penche ma tête sur un bol fumant et j’inhale la vapeur d’eau chaude mais nulle part je n’ai retrouvé la petite bouteille marron de ma mémé.
Une bille en terre qui roule, tourne, boule, une goute qui tombe bombe à bille plus rien. G
J’ouvre cette valise en ce temps de changement où je dois faire le tri de ce que j’emporte dans ma future maison, lieu de ma future vie.
Moi qui suis une fourmi, que d’objets conservés dont je n’arrive pas à me séparer.
D’abord ces lettres écrites et reçues pendant mon adolescence. Elles sont encore pliées dans leur enveloppe, ou bien à nu. Elles sont là dans cette boîte à chaussures, entassées les unes sur les autres. S’y mêlent des cartes postales de diverses régions de France et de l’Etranger.
Elles représentent pour moi comme un enracinement, un rappel de ce que j’ai pu vivre, ressentir, éprouver. Elles viennent me rassurer que cela a bien existé. Parmi elles, les premiers mots d’amour, les grandes déclarations d’amitié et puis le temps est passé ; nos chemins se sont séparés.
Il est là posé sur le sol froid, juste dans l’angle de la cuisine. Cela fait des années d’ailleurs, qu’il est là, Bertrand l’a toujours vu à cet endroit.
Ce pot de fleurs en métal, ancien bidon de lait reconverti en objet décoré par la mère de Bertrand, passionnée de peinture.
Autrefois au gré des saisons il recevait des marguerites, ou des grandes roses blanches et rouges ; parfois un mélange de couleurs. Elles dégageaient de doux parfums qui embaumaient les petits déjeuners du matin en famille.
A l’automne, il était garni de graminées qui étaient recouvertes ensuite de bombes couleur or ou argent pour les décorations de Noël.
A chaque naissance, à chaque anniversaire, à chaque mariage il devenait alors une farandole de bouquets plus éclatants les uns que les autres.
Assis à la table, devant son thé qui refroidit, Bertrand aimerait que le pot soit à nouveau rempli de fleurs. Mais depuis le départ de sa mère, de son père, de ses frères et sœurs, la maison est bien vide.
Mais seul devant ce pot oublié, il rêve à celle pour laquelle il retrouvera le goût d’y mettre des fleurs et surtout des roses blanches.
Demain il a rendez-vous… !
Petite flaque d’eau au milieu du chemin, bordé de fleurs bleues. Au-dessus virevoltent des libellules bleues. Elles s’approchent, boivent l’eau et deviennent toutes vertes.
Elles ne peuvent plus voler et tombent sur le sol, s’écrasent. La flaque d’eau a disparu, le chemin s’est évanoui et les fleurs bleues sont devenues cendre.
N.

Le laguiole, celui que Jean mi m’a offert, celui d’olivier que j’ai perdu, celui de mon père que j’ai gardé.
2 nounours en toile de Provence.
Une poire ou un inhalateur ? Un objet des années 30 que j’ai posé au dessus de l’armoire à pharmacie, dont je ne connais pas l’usage et qui appartient à la génération d’avant ou peutêtre encore d'avant.
Une affiche noir et blanc d’un gamin de Paris en culotte courte portant 2 litres de vin dans chaque bras, qu’un collègue m’avait offert. Le gamin ressemble beaucoup à un ami. cette affiche, elle est écornée de partout, piquée de moisissure, rongée par les escargots
Ils sont posés là sur le meuble à  couture, ses deux petits nounours en toile de Provence, ils se serrent dans les bras l’un de l’autre.
Ils attendent la nuit, pour pouvoir descendre le long des pieds du meuble et s’immiscer dans les rêves des habitants de cette maison.
Lulu, le père qui n’a pas eu de nounours dans sa jeunesse, et en a distribué à tout le monde.
Lola, la mère qui aime être entourée d’amis, et qui se retrouve dans un cauchemar dans la jungle, à vivre la vie des ours.
Lili la petite qui n’est pas née, qui est comme une graine avec laquelle l’ours s’amuse.  Il la met en terre peut-être qu’elle germera.
Lolo, le petit prince de Lulu et Lola, qui croule sous les nounours, alors qu’il ne rêve que de tanks, de guerre, de bataille rangée.
Les nounours dans le rêve de Lulu, lui ouvre des portes, et à chaque fois, c’est un nouveau monde qui se présente. Ca ne l’arrange pas Lulu lui qui est plutôt casanier.
Lola est en sueur, la nuit est agitée, la vie des ours nécessite d’être agile et souple, elle qui a du mal à s’occuper des repas familiaux et là son rêve tout tourne autour de la recherche de nourriture. Lolo, a réussi malgré tout à créer son champ de bataille, chacun des oursons étant chef de guerre de chaque camp.
Le soleil se lève à peine, les nounours retournent sagement sur le meuble  à couture. Ils sont serrés l’un contre l’autre pour pouvoir se raconter leur nuit. Tiens, ils ne sont plus dans le même sens. Le bleu qui était à droite hier, est à gauche maintenant
Tous les chiffres sont symboliques, toutes les lettres sont des symboles, les 5 bols ou les 3 bols de la maison des z’ours, pleins ou vides, creux ou concaves, qui de l’œuf ou de la poule, de la claque ou de la joue, a fait l’œuf, a fait le bruit, a fait l’autruche.

Cailloux
Petits cailloux
caillou presse-papier...
Papier
Pile de papiers
dispersés,
entassés,
chiffonnés,
griffonnés...

Dessins au crayon noir
devant tasse de thé...

Passoire.
Quand la vie s'écoule
que reste-t-il au fond?
Ce qui était tapi
dans le noir du crayon?

Gomme.
" Vivre, c'est dessiner sans gomme."
a écrit une amie inconnue
entr'aperçue
sur un écran.

Ecrans,
envahissant l'espace
des vies réduites à néant.

Garder les pieds sur terre.
Où sont mes bottes?

Celles de 7 lieues,
celles qui me manquent
pour courir le vaste monde
sur le chemin des petits cailloux.

Cailloux
Petits cailloux
caillou presse-papier...



ça pique.
C'est là, pointu, minuscule, entêtant...
pourtant c'est au pied que ça pique.
Juste au milieu de la paume du pied...
enfin, je ne sais pas si on dit la paume pour le pied
mais je n'ai rien d'autre à me mettre sous la plume!
ça s'est glissé entre la peau et le collant, mais quand?
Il n'y avait rien sur la moquette.
Peut-être est-il entré camouflé dans le creux des baskets
ou dans les pelotes du chien...Caillou clandestin.
La pluie fait luire le noir encore presque parfait du trottoir.
On vient de goudronner la rue.
J'avance.
En retard, encore, toujours à la course.
Pas le temps de retirer la botte et de toute façon...
collant! Il faudra attendre ce soir.
Impossible d'oublier, il va falloir composer.
ça aurait pu être pire,
ça aurait pu être un clou.
J'essaie de ne pas le brusquer:
j'appuie le pas sur le talon.
Drôle de démarche claudiquante.
Enfin le bureau, la chaise,
taper du talon sur le sol.
On ne sait jamais il pourrait glisser dans la cambrure,
ça serait plus confortable.
Mais non, il est bien incrusté!
Bientôt il fera presque partie de moi,
comme ses copains du macadam.
Penser à autre chose, le travail n'attend pas,
la vie non plus.
Le monde ne va pas s'arrêter de tourner
parce que j'ai un caillou dans la chaussure
quand tant d'autres vont nu-pieds.
Je commence même à m'y attacher à cette douleur minuscule
qui me maintient éveillée, casse mes gestes automates,
m'oblige à repenser mon pas.
Ce n'est pas cher payé pour une leçon de vie.
A midi, le petit caillou m'est devenu ami.
Je me sens moins seule avec lui.
Je l'imagine...encore un peu et je vais lui parler!
Puis l'après-midi se termine, je referme le cartable.
Retour.
Est-ce que mon pied s'est endurci?
Je ne sens presque plus mon squatter du jour.
En arrivant chez moi, je prendrai même le temps d'un thé
avant de l'expulser.
Le soir tombe.
Il est là sur la table de nuit,
un peu brillant sous la lampe.
Pas eu le coeur de le rendre à la rue.
Il veille et je le garde pour ne pas oublier.
Ni le prix du chemin,
ni celui de la vie qui dort sous le bitume.

Clic Clac Kodak!
Finis les soufflets,
finies les chambres noires,
les pellicules roulées
qu'il ne faut pas voiler.
La burka numérique
sur l'image est tombée.
Tout, couleurs et pixels,
on trafique sur écrans
des clichés étonnants.
Ce n'est plus "dans la boîte",
c'est aux puces
que l'on confie nos vies
et parfois...
ça gratte!
P

Un après-midi d’été ; de vacances, un après-midi d’ennui. Grand-mère dort dans son fauteuil, c’est l’heure de la sieste. Il fait chaud et lourd.
J’erre dans le jardin à la recherche d’un peu de fraîcheur et de distraction…
La buanderie, entr’ouverte est peut-être la solution, je m’y assieds en soupirant, balayant l’endroit du regard, d’abord dans la pénombre, les objets se précisent petit-à-petit : linges en attente de lessive, cartons éventrés d’où s’échappent des morceaux d’étoffe, manches de vêtements, pelotes de laine emmêlées, couleurs passées, effluves d’un autre temps et soudain parmi ce fatras une teinte plus claire, presque brillante, insolite parmi ces vieilleries ! Je m’approche, l’extirpe : c’est une chaussure délicate, recouverte de soie grège, j’écarte le fouillis, subitement excitée comme à la recherche d’un trésor, voici la deuxième, deux petites merveilles de chaussures !
J’expédie mes espadrilles, chausse les escarpins : magique ! ils sont faits pour mes pieds. Je suis une dame, une princesse, je danse dans la buanderie, je suis au bal, les murs se parent de couleurs, de lumières, je virevolte au son de la musique, aux bras du Prince Charmant…
« Mais qu’est-ce qui se passe ici ? » mes tantes arrivent alertées par mes manifestations de joie !
« Mais que fais-tu ? Tu vas te tordre les chevilles avec ces fichues « godasses ».
Un coup sec, et là sur le billot de bois la serpe impitoyable déchire l’étoffe dans un crissement sinistre et sectionne les talons « coupables », amputa à jamais mes rêves de Princesse.
Il faut pourtant retenir les larmes qui montent puisque, comme le disent mes tantes « C’est pour mon bien » GH

Fable absurde
Inventaire
Je glisse la main dans une vieille valise ça grince à l’intérieur. Un vieux klaxon de vélo version cuir, très élégant, ça sonne plus ça grince.
Des fleurs artificielles se sont accrochées au loquet du klaxon. Ca sent bon la campagne et la poussière.
Une jambe de poupée Barbie accompagnée du  corps entiers, toujours aussi belle plante, juste assez de pile pour continuer à chanter mais au ralenti, parfait pour la mélancolie.
Des ballons de baudruches dégonflés de toutes les couleurs fripés par leur manque d’air.
Des tissus petits, grands, à fleur, à carreau.
Des bouts de raphia, de guindes, de ficelles, de cordes.
Et au fond… c’est froid c’est dur… j’ouvre grand la valise je sens mais je ne vois rien. J’agite, je la bouscule, la renverse et voilà des dizaines de cailloux qui s’entremêlent sur le plancher, tas de petits souvenirs oubliés
Un petit cochon sans queue vivait heureux dans un champ ombragé. Des promeneurs courageux vinrent un jour y piqueniquer, jambon, saucisson tout y est et surtout le vin rouge Gamay. Pour l’ouvrir il fallait sortir le tire bouchon, le tire cochon. Le cochon qui vit cet objet en tire bouchon ne peut s’empêcher de penser à son absence de queue de cochon. Désespéré il voulut se venger, s’élança sur les promeneurs apeurés. Tous détalèrent ! Le cochon, n’ayant plus personne pour se venger, s’assit et se mit à déguster. Jambon, saucisson, quel plaisir d’être un cochon même sans queue en tire bouchon.
Nouvelle sur un objet de l’inventaire
Madame B est une femme pas comme les autres.
Elle pousse le tiroir, ébloui par la lumière du jour d’un étranger soleil version Bleu à cils petit. Elle recouvre sa plastique dynamique de morceaux de tissus ajustés façon Jean-Paul Gautier. Madame B c’est un monstre de chair moitié jambe, quart bassin et le reste en pneumatique.
Habillée, ses yeux s’habituent à la lumière ambiante elle peut enfin voir le soleil version Bleu à cils petits en face. C’est marrant il cligne, de toute sa mémoire elle ne se rappelle pas avoir vu un soleil cligner. De toute sa mémoire madame B ne se rappelle pas avoir eu de souvenirs. Elle enfile des chaussons compensés en cuir et glisse sur ses épaules un châle de rafia tressé.
Madame B est heureuse, elle est prête pour aller danser. Elle se met en marche, ça craque, madame B n’a jamais pu plier les genoux, elle préfère la beauté à l’efficacité. Le soleil Bleu à cils petit semble ne briller que pour elle. Elle attend le bord du tiroir, son public est là, silencieux mais incontestablement impatient.
Elle ne peut pas respirer mais elle va s’élancer, c’est son moment pour chanter. Le soleil Bleu à cils petit cligne, madame B dans le noir attend le signe du départ. Madame B est heureuse. Le soleil Bleu à cils petits la braque comme un projecteur. Elle commence…
-Emilie, Emilie range ton bazar et viens vite on part.
Le soleil Bleu à cils petits s’agite, madame B sent une main l’empoigner. Sa robe Jean-Paul Gautier, ses chaussons ajustées tout vole autour d’elle, elle ferme les yeux. Un bruit de clé, un grand clac, son public lui tombe dans les bras, entassé dans une boite étroite.
Madame B sait qu’elle est rentrée, le spectacle est encore une fois raté.
A
INVENTAIRE
Ongles coupés
Croutes séchées
Archive d’un record de longueur et d’une chute en cailloutée.
Balle de plastique – goût de paraffine qui se lance comme une folle dans la cuisine.
Des boîtes et des bulles d’air qui déchargent leurs lots de boutons et cordons.
Puce en caoutchouc, cercle noir et dense qui tord les doigts à force de gesticulation.
Bouts de napperons – une collection.
Des restes, des chutes amalgamées dans des boîtes de cachets.
Tiroir qui gratte le bois usé.
NOUVELLE
C’était toujours celui du petit doigt.
Peut-être parce qu’il est plus petit que les autres, simple soucis d’équité.
Ou peut-être parce qu’il est moins sollicité,
Le petit de la bande toujours en train de traîner sans jamais gratouiller.
Quoi qu’il en soit, je le laissais pousser.
Long. Le plus long possible.
Pas de prétention de guiness book, seulement une fierté.
Je l’utilisais avec une parcimonie certaine. Il ne grattait pas vraiment, il effleurait, faisait crisser les peaux mortes comme un râteau les feuilles séchées.
Il gesticulait aussi beaucoup et paradait au milieu de ses camarades gonflés et boudinés.
Il n’était pas terreux comme ses voisins mais régulièrement soigné et récuré.
Légèrement craquelé, je voyais les fils se coincer dans ses gerçures.
Coiffe souveraine, ce hasard en rajoutait à sa superbe.
Il venait parfois à se briser, me plongeant dans le deuil de cette excroissance épidermique.
Le cœur fendu, je le rangeais pour ne pas oublier.
Il rejoignait d’autres trésors, d’autres croutes et ongles en tous genres.
FABLE
Une fois.
Un rat,
Pêcha,
Au fond de la pampa,
Du calva.
Il chanta, chanta, chanta, ta, ta,
Tellement
Qu’une ratte vint par là.
Drôle de tubercule,
Elle se pencha sur le rat
Et l’embrassa.
Un chat passa
Et s’étonna de ce drôle de cas.
Mais séduit, il siffla :
L’amour est parfois au coin du bois,
Là où on ne l’attend pas.
A

Elle a 5 ou 6 ans. Elle est assise là , à même le sol. Elle effeuille précautionneusement des boutons de rose qu’elle a ramassés dans le jardin ; Un joli flacon emprunté frauduleusement à la cuisine est empli d’eau. Elle jette les pétales dans l’eau, rebouche le flacon et savoure déjà le moment où elle offrira son eau de rose à maman.
Plus tard, bien plus tard, peut-être parce que l’eau de rose n’a jamais senti la rose, elle prélève un bouton dans le bouquet fraîchement apporté et le pose délicatement entre deux pages d’un livre. Ce bouquet, c’est le premier qui lui a été offert. Aujourd’hui elle a 11 ans et pour la première fois ce n’est pas à maman que l’on apporte des fleurs, mais à elle. 11 roses roses qui la font se sentir grande. La fête en son honneur, les cadeaux, la famille et les amis qui se sont déplacés, tout ça la rend heureuse mais elle s’y attendait. Tous les ans, à la même date, on fait la fête pour son anniversaire, sous les arbres du jardin, comme on le fera aussi dans quelques mois pour l’anniversaire de son frère. Elle aime ces moments où la famille se réunit autour d’un bon repas, apportant les nouvelles de ces dernières semaines, se souvenant des événements des dernières années, racontant ce temps où elle n’était pas née… Mais aujourd’hui, c’est différent.
Dans quelques jours, elle déposera ce petit bouton sans odeur, sans couleur au fond d’un tiroir où il sera rejoint, sans qu’elle le sache encore, par d’autres boutons et pétales qui raconteront sa modeste histoire.
Ce que j’écris est absurde la plupart du temps et lorsque la commande est d’écrire une histoire absurde je sèche. Qu’est-ce que l’absurdité ? Simplement quelque chose qui me parle à moi mais ne dit rien aux autres. Et alors, quel est l’intérêt de se parler à soi-même si ce n’est de chercher comment convaincre les autres ? Il est totalement absurde de parler pour ne pas être entendu mais lorsque j’entends ce qui sort de ma plume, je trouve cela absurde.
C
Inventaire d’objets sortis d’une valise, et qui ont pour nous une importance
Stylo, cahier, papier
Insigne de jacquaire
Enfumoir
Parmi tant d’autres :
Cet insigne, rouge, en forme de croix, ou d’épée allongée, est le témoin de mon chemin vers Saint Jacques de Compostelle, mais il ne sort pas souvent de son tiroir, peut-être la prochaine fois où je repartirais…
L’enfumoir, le lève-cadre sont très présents, et d’un usage presque quotidien. Ils sont un lien avec mes colonies d’abeilles, actuellement on dirait « un interface »…
Des feuilles de papier, sur lesquelles la main glisse, le stylo trouve sa place, la connivence des deux est essentielle : quoi de plus désagréable que d’écrire sur un papier rêche, qui ne se prête pas au coucher des mots, qui à la limite refuse l’encre, qui donne l’impression de devoir crocher, que l’écriture devrait être seulement laborieuse. Je préfère qu’elle soit douce, plaisir de plusieurs sens, dont le toucher.
Et tant d’autres qui attendent de sortir à leur tour…
Avec un de ces objets, écrire une nouvelle
Quelques jours ont passé, où nous avions cheminé séparément. Avec le recul, je me demande encore pourquoi alors que nous échangions si aisément.
La pluie incessante a accompagné les derniers jours de marche vers Saint Jacques, en Galice. Lancinante, obstinée, obligeant à baisser la tête et les yeux, le regard tourné vers le sol, car elle est portée par un grand vent d’ouest venant du fond de l’océan, et nous rappelle d’où nous venons.
Enfin arrivés. Nous nous retrouvons sur le parvis de la cathédrale, heureux de ne pas s’être loupés au milieu de la foule. Et tout en discutant, nous allons faire enregistrer notre arrivée, et là, à côté de nombreuses coquilles, ces petits insignes nous font signe : discrets, ils conviennent mieux à notre façon d’appréhender ce chemin. Après s’en être munis, et les avoir clipsés sur les bretelles de nos sacs, nous nous sommes mis en quête d’un restaurant, où satisfaire notre envie d’un bon plat, accompagné de vin et de nombreux échanges de souvenirs et d’anecdotes.
Plus tard, une fois rentrés dans nos foyers respectifs, cet insigne est resté un lien, comme un fil conducteur, symbolique d’une démarche de réflexion sur soi, sur le monde, symbolique des multiples échanges, rencontres, observations faites tous au long de cette marche.
Il attend dans un tiroir, avec la crédenciale, mon carnet de route et quelques feuilles d’eucalyptus, le jour où je repartirais sur le chemin.


Ecrire une fable absurde, ou une petite histoire
Tout va bien…
Le chômage progresse encore et encore
La xénophobie prend le dessus
Tout va bien…
Les banques sont en alerte
L’agriculture et l’industrie seront bientôt transparentes
Tout va bien…
Le CAC 4O remonte
L’illettrisme augmente aussi
Tout va bien…
B

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