mardi 22 novembre 2022

Atelier d'écriture du 12 novembre 2022

Dans cet atelier, il s'agissait d'écrire des textes… à chute ! 

Voici ce que nous avons imaginé pour étonner les lecteurs.



Rose

 

« Une boîte »

 

J'ai une petite boîte.

Dans cette petite boîte il y a des trop belles....

Oh non mes petites chéries

Où elles sont passées

Mes si belles

Chaussures

 

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« Le gardien du trésor »

 

Il était une fois

Un gros trésor.

Le trésor se trouvait dans une grotte.

Mais à cette époque, personne ne savait où il était.

Sauf le dragon.

Le dragon s'appelait Lave.

Mais un jour un voyageur s'approcha du trésor.

À un moment, le voyageur poussa la pierre qui protégeait le trésor.

Le dragon brûla le voyageur et le trésor fut protégé.

Fin.

 

 

 

Hélène

 

« Je sors ce soir »

 

Je monte l'escalier quatre à quatre

J'aurais dû mettre mes baskets

Mais j'avais pas prévu

C'était pas prévisible

C'est arrivé si vite

Ça m'a fait peur

Encore un bon kilomètre

La place à traverser

Vais-je y arriver

Tourner à droite

Une longue ligne droite

Encore des marches

Et après les graviers

Sans me tordre les pieds

Heureusement

Je ne suis même pas essoufflée

Il faut que je sorte mes clés

Ploc Ploc ploc

Je les avais à l'œil

Tout en filant

Ce ciel noir

Et ce vent violent

Ploc Ploc ploc

Le temps de clancher la porte

Et la trombe d'eau

S'abat comme un rideau

Je suis sauvée

Je sors de chez le coiffeur

Ça a failli être une horreur.

 

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Nicolaï et Domino sont à la terrasse du café.

Des plans, ils en ont déjà tant fomenté.

L'excitation monte.

Lulu leur a donné jusqu'au 13, et c'est demain, pour lui livrer la marchandise.

Domino, ce matin, a trouvé un trèfle à quatre feuilles et Nicolaï est venu avec sa chevalière gravée d'une belle coccinelle.

Rester les pieds sur terre, bien tout calculer, chronométrer, chaque pas va être compté.

Tout est prêt.

OK pour y aller... après être passé à la caisse.

Direction le grand mur d'enceinte à franchir, le parc à traverser sous les grandes futées dont les ombres s'allongent, s'étirent sous cette belle lune ronde.

Les voici à la porte des

de Magny, de Goncourt, de Bellais

Dont le dernier est décédé cet été.

C'était Gaston, copain de boisson de Nicolaï, copain aussi pour les confidences, floues, mais joviales et prometteuses.

Aller, direct au placard sous l'escalier

Où, dans le secrétaire,

Le secret est délicatement ouvert.

Domino arrive à y extraire la petite boîte en bakélite, après mille précautions.

Mais Nicolaï s'impatiente, en tenant la porte entrouverte pour profiter d'un rayon de lune.

Un chat noir surgit avec un miaulement strident, entraînant avec lui tous ses copains, dans un courant d'air qui claque la porte.

Une bonne dizaine de chats hirsutes courent dans les couloirs où Nicolaï, qui siffle Domino, se met à courir lui aussi.

Domino met le coffret dans son sac à dos et ferme cette course folle, à la recherche d'une fenêtre d'où pouvoir sauter pour sortir.

Ça y est, les deux compères montent sur un vieux fauteuil et sautent ensemble.

Plouf !

Dans les douves, les crapauds et herbes folles leur font bon accueil.

Il est minuit.

Les cloches de l'église le disent.

Dégoulinants, il faut à nouveau traverser le parc, escalader le mur et prendre le temps, enfin, de s'asseoir dans un fourré pour ouvrir le coffret, où, stupéfaction,

est bien rangée, pliée en quatre, la photo d'un gros diamant tout brillant, étincelant.

Adieu...

Lulu...

C'est foutu.




Mickaël

 

Il a peur, elle aussi.

Elle se prépare à fuir, il se prépare à combattre

Sans la quitter des yeux, il attrape le manche de son arme

Sans le quitter des yeux, elle prie de toute son âme

Elle tremble, lui aussi

Il se lance à l’assaut, elle se sauve dans un sursaut

Il l’a loupée, elle s’est sauvée, bien trop agile cette araignée

 

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Une course contre le temps des boulets plein les pieds

Ça ne va pas être simple mais on va y arriver

Enfin je crois, j’espère, je n’ai pas la foi mais je prie pour ça

Il va falloir tout changer, perdre nos mauvaises habitudes

Plonger vers l’inconnu, loin de nos certitudes

Tout le monde doit s’y mettre mais beaucoup restent à convaincre

L’ignorance et la peur, c’est elles qu’il nous faut vaincre

Par-delà les frontières l’espoir doit se transmettre

Aux arbres et aux enfants, aux armes pour notre planète.

Plus de suspense, on sait où cela nous mène

A nous de combattre sans armes, sans violence et sans haine.

 

 

 

Camille

 

« Amor »

 

Nous chantions à tue-tête

Nous nous prenions dans les bras

Nous parlions à grandes voix

Nous dansions sur des airs de fête

Nous riions aux éclats

Nous succulions cette belle joie

 

Du creux de cette magie

Je profite de la nuit

Pour t’enlacer

Alors tu me souris

A ton regard je compris

Que tu allais m’embrasser

 

Ainsi notre énergique insomnie

Ne fit plus de bruit

Et les mots nous auraient embarrassés

Chut…

 

 

« A mort »

 

Aurait-on pu mieux déguster

Ces instants plein de vie ?

Qu’on aurait voulu infinis

Ce bonheur dans nos mémoires incruster

Comble le besoin d’une existence assouvie

Tandis que s’écoule toute la nuit

 

Ces élans qui s’émerveillent

Colorent l’urgence avant le grand sommeil

Chut…

 

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Les présages de la cartomancienne me restaient en tête. Sa boule de cristal avait formellement confirmé. J’avais moi-même l’impression maintenant de visualiser clairement ma destinée et ma destination. Bien sûr, si j’en parlais à ma sœur, elle rétorquerait que mes bêtises sortent tout droit d’un conte de fées. J’avais beau essayer de rationaliser, la vue du manoir étincelait dans mon imaginaire, c’était plus fort que moi. Je nourrissais mille scénarios comme pour écumer la liste des possibles et me préparer à toutes les éventualités. Finalement cette période prospère en pensées mais bien stérile en actions dura quelques temps. Comme si je succulais par avance. Comme si je redoutais au fond que la mer emporte mon château de sable avant même que je l’achève. Quand je réalisai que plusieurs semaines s’étaient écoulées, je dus me rendre à l’évidence et questionner, au fond, mes appréhensions. Cette introspection initia un tournant et fut le moteur de ma mise en mouvement. Je bouclai ma valise avec détermination, sans aucun doute. D’habitude, je prépare des listes, et mon intuition sent quand j’oublie quelque chose. Là, j’étais sûre de moi. Je ne dis rien à ma sœur. Il était hors de question qu’elle interfère, me refile son lot de préjugés, de désapprobations, me remplisse d’hésitations. Non, maintenant que je me sentais prête, je m’élancerai sans un avertir personne. J’aurai tout le loisir plus tard de lui raconter. Avec les prophéties de l’oracle de mon côté, je ne me sentais ni seule ni perdue.

J’étais en bonne route et j’avais parcouru le plus gros chemin quand je regardai en arrière, avec une montée d’anxiété irrépressible. Et si… Et si… Et si… Et si jamais… Et si cela… Et si ensuite… Et si ceci… Et si bien que, dans le train lancé à pleine vitesse, j’aurais sauté en marche au péril de ma vie si je m’étais écoutée. Mais l’angoisse qui monte me paralysait, bien plutôt. Je tremblais, les impatiences de mes jambes devenaient bruyantes et incontrôlables. Je commençais à perdre pied (… et jambe !) quand soudain la main de ma voisine se posa délicatement mais fermement sur mon genou. Silencieusement, cette dame au sourire discret et au regard tendre avait trouvé à apaiser la tension interne qui m’avait envahie. Elle n’eut rien besoin de rajouter. Elle resta là, dans ce contact inattendu de proximité physique, en tant qu’étrangère. Et… étrangement, sa présence soutenante me fit l’effet d’une mère calmant son nourrisson en proie aux sensations ingérables par lui-même. Il se sembla qu’elle venait en prolongement de ma diseuse de bonne aventure. Elle m’apparut comme une bonne fée, un ange gardien au cœur de mes tourments. Et dans ce nuage se dissipa ma peur. La scène était digne d’un tour de magie. Quand je cherche à me remémorer ce qui se passa ensuite, j’ai du mal à reconstituer le déroulement. Combien de temps me fixa-t-elle calmement ? Ai-je soutenu son regard longtemps ? Le train entra-t-il en gare rapidement après ? S’éloigna-t-elle vite ? S’ensuit l’image de l’attente sur le seuil de la porte, où je suis happée par la magnifique serre accolée à cette demeure sublime, attendant que le majordome m’ouvre et que je fasse mon premier pas dans ma nouvelle vie.

 

 

 

Laure

 

« Clic »

 

Réveil en sursaut.

Mes yeux encore embués par une nuit magique.

Je rassemble mes idées.

J’essaye de me concentrer.

Quel jour sommes-nous ?

Oh punaise. Ce n’est pas vrai. On y est !

C’est le jour J.

Un des jours les plus importants de ma vie.

Il faut que tout soit parfait.

1h pour se préparer.

Ça va être chaud.

Choisir ma tenue, make-up, me lisser les cheveux…

Ma robe bleue ?

Pff non je pense que Mathilde aura la même.

Ok je mets la verte plissée style vintage.

Mes jolies bottines. Accessoires assortis.

Chaque année c’est la même comédie.

Enfin celle-ci compte beaucoup plus encore.

C’est la dernière.

Faut dire que ce n’est pas rien.

Ça reste à vie ce moment est gravé à tout jamais dans les archives de tous.

On peut même les retrouver sur les réseaux.

Bref, je ne veux pas rater mon coup.

Dernier coup d’œil dans le miroir.

Ok validé.

A côté de qui je serai cette année ?

Episode 17.

Lycée Jean Rostand – Caen.

Dernière année de BTS.

Photo de classe du 18 septembre 2022.

 

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12 novembre 1972

Dans un silence intense la foule retient sous souffle.

Les regards intenses fixés vers l’horizon.

Des regards parfaits embués de larmes prêtes à glisser sur les joues rouges du matin glacé de cette journée particulière.

Des regards plissés pour ne rien rater.

Des regards dans le vide histoire de ne pas imaginer ce qui va se passer.

Des regards perdus dans l’horizon profond, fixés vers ces lumières de l’autre côté de cette étendue aqueuse si imprévisible.

Je suis comme les autres à cet instant, unis avec eux dans l’attente de ce moment particulier.

Mon cœur battant parfois un peu plus fort qu’un élan commun fait que l’on imagine que ça y est.

Qui recevra en premier le message, l’information que nous serons à ce moment, cet instant, ce rendez-vous et que cela engendrera un unisson collectif.

Je sens mes orteils gelés se crisper et s’ancrer dans le sol pavé de cette esplanade.

Mes muscles se tendent et figent et le froid glacé a envahi tout mon corps. Mes yeux figés vers là-bas.

Je me sens seule dans cette douleur atroce que mon esprit provoque à mon corps.

J’aimerais attraper la main de mon voisin, le serrer fort dans mes bras pour lui partager mon angoisse mais je n’y arrive pas.

Cette attente est si grande.

Déjà six mois que nous avons vu notre existence bouleversée.

Des chuchotements arrivent à mon oreille et mon cœur s’accélère, je regarde autour de moi ne comprenant pas ce qui se passe. Les chuchotements s’intensifient mais je ne vois pas de signal.

Est-ce que ça y est ?

Mon regard se pose dans celui de mon voisin.

Mon interrogation est la même que lui, et que celle de tous.

Y est-on ? Est-ce le moment ?

Je saisis mon bagage posé au sol. Mon ombrelle à l’autre main. Cela fait déjà 4h que nous y sommes et je m’impatiente.

Le froid a laissé place à la chaleur d’un soleil éclatant.

Et si le signal ne venait pas à nous ?

Et si on nous avait oubliés ?

Et si de l’autre côté tout était comme avant ?

Etait-ce une chance d’avoir été débarqués de ce côté-ci et mis dans cette prison dorée ?

Je ne m’étais jamais sentie aussi seule que ces derniers mois, aussi isolée.

J’avance pas à pas parmi cette foule immobile.

Mon instinct désireux de mettre mon corps en mouvement.

Est-ce que je perds la tête ? Le contrôle de moi-même ?

Ou est-ce la bonne décision ?

Vivre et être libre même si ce n’est que quelques instants.

Au début je suis perdue et me heurte dans mon parcours.

Je sens que la foule figée se dresse dans ses battements de cœur, contre moi, contre ma décision de me mettre en mouvement.

Le silence est de mise. Le silence est de mise depuis six mois déjà. Depuis que l’on est venu nous chercher pour nous parquer là.

Ah oui nous n’avons manqué de rien mais interdit le plus important : l’information, la pensée et la parole.

Ça suffit même si c’est pour la dernière fois je veux savoir ce qui m’attend de l’autre côté et même si cela m’en coûte.

Je sors de cette foule et me retrouve au pied de ce magnifique pont et je passe la barrière interdite.

Mon cerveau ne réfléchit pas et je suis déterminée.

Ne pas se retourner et avancer.

Au milieu du pont je prends une grande respiration et finis de le traverser.

Personne à la seconde barrière.

Je me retourne. Je suis seule.

Personne ne m’a suivie.

Je passe cette seconde barrière et quitte cette bulle qui ne m’est plus supportable.

12 novembre 2022.

M’y revoilà, tout est chaos, détruit et anéanti. Mon cœur se serre. Si j’avais su.

 

 


Marie

 

La neige, la neige sur le prunier

en avril ?

Non un duvet d’oiseau

Comme un espoir sur l’avenir

 

Un anneau d’or au doigt

La mariée sort de l’église

 

Le soleil baigne son front

Trop chaud dans l’étang et

Ressort avec à son cou

Un collier de poissons rouges

 

Mon cœur, mon cœur bat trop vite

Comme un oiseau qui veut sortir de sa coquille

Suspendue sur le fil barbelé

L’araignée comme une note de musique. Alléluia

 

Coccinelle sur mon doigt vole

Envole-toi vers ailleurs

Son du cor de chasse au fond des bois

Cachez-vous, biches et renards

 

La lune me sourit cette nuit

Derrière les nuages où vas-tu avec

Ton voile en dentelle ?

Ça ne te regarde pas

 

Le lézard aux yeux d’or grimpe sur le

Lierre du mur d’en face

 

Hirondelles sur mon balcon

Pépiements battements d’ailes

Retour du printemps

 

Il pleut il pleut mais le soleil essuie

Les cheveux et les pieds de sa

Sœur la pluie

 

Mignone bouille rouge du bébé endormi

Sous le tilleul trop tôt parti

 

Une trompette dans la nuit

Les voisins : chasse aux canards

Cerisier avec ses beaux fruits rouges

Quelle chance plein de boucles d’oreille


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Jour de Pâques 2018 – 1er avril

Fête de la résurrection explique notre Pasteur. Poisson dans le dos, les enfants les petits mais aussi les grands trouvent les œufs dans le jardin fleuri dans les haies et au pieds des arbres.

Réunion à 13h repas pris en commun, 13 à table.

Non pas possible. Au dernier moment un voisin bienvenu apporte d’autres boîtes de chocolats.

Super restez avec nous, partagez les œufs et le pain.

Et puis à 16h tous les invités et la famille partent.

Pierre sort : il y a une fuite d’eau au compteur dans les champs.

Pourquoi tu t’inquiètes à cette heure-ci.

Une heure passe. La fuite doit être importante.

Je sors, j’appelle, personne ne répond.

Je cours, j’attends, je reprends ma course.

Je perds mes chaussures dans la boue je m’en fous.

Un corps étendu. J’appelle, pas de réponse.

Pompiers Samu, poussez-vous, poussez-vous.

C’est un joli jour pour partir

Le jour de Pâques.

Tu parles d’un poisson !

 

13.11.2015

Ça commence, ça recommence

Encore.

J’attends trop longtemps.

 

 

 

Maïlys

 

Depuis que je la connais, elle se tient souvent là près de moi

Elle ne se laisse pas trop approcher, c’est comme ça

Mais elle m’écoute sans broncher, sans langue de bois

Si elle fait une bêtise éhontée, je lui pardonne ce trépas

Je suis très attachée, m’en passer je ne pourrais pas

Oui elle est très aimée, en même temps c’est mon chat

 

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Je me suis réveillée ce matin, un bruit inhabituel imprimé dans les oreilles. Comme une petite mélodie très ténue, qui ne me quitte plus. Ça me dit quelque chose, mais où l’ai-je entendue ? Cette nuit j’ai fait des rêves étranges, je voyais des poupées me sourire, de grandes tasses à la main. Elles étaient un peu flippantes, ces marionnettes aux grandes dents. Mais que m’arrive-t-il enfin ? A midi je retrouve ma sœur pour manger. Alors, prête pour l’aventure ? L’aventure ? Ne me dis pas que tu as oublié ?! Je n’ose pas lui dire que je ne vois pas de quoi elle peut bien parler. Vivement que se termine cette si étrange journée.

Sur le trajet du retour, les oiseaux pépient dans les arbres. La mélodie dans mes oreilles revient plus forte encore. Et si j’allais m’acheter une belle robe bleue pour la soirée de samedi ? Ça au moins, je m’en souviens, je m’offre même la permission de minuit. Le magasin est éclairé de fausses chandelles, d’autres rêves de la nuit me reviennent. Des chandelles qui parlent, qui chantent cette mélodie qui ne me quitte toujours pas. Mais pourquoi donc s’accroche-t-elle comme cela ? Non ce n’est pas possible, je deviens folle ! Qu’est-ce que j’ai bien pu oublier ? Mon téléphone sonne. Un sms de ma nièce adorée. J’ai trop hâte pour demain ! Demain ? je lui fais. Ben oui, c’est demain qu’on va à Disney !!! La mélodie se fait soudain plus claire. Nanananana nanananana… C’était donc ça, les poupées, les tasses, les chandelles… Ce soir je pourrai m’endormir sur mes deux oreilles, maintenant je sais que demain, en compagnie de ma nièce, je vais passer la plus magique des journées.

mercredi 5 octobre 2022

Atelier d'écriture du 24 septembre 2022

Cet atelier avait lieu dans le cadre de la Semaine Bleue, une semaine dédiée aux personnes âgées. Cette année l'édition a lieu du 3 au 9 octobre. Nous avons donc écrit avant tout avec l'idée de « changer notre regard sur les aînés, de briser les idées reçues ». 

Pour le premier texte, nous avons chacun choisi une photo parmi un ensemble de portraits de personnes âgées, afin d'adresser une lettre à cette personne, à la manière du texte de la philosophe Simone Weil « Il restera de toi ».

Le deuxième texte était l'occasion de s'adresser à une de nos « fées », comme le décrit la chanteuse Petite gueule dans sa chanson « Moi j'crois aux fées ».

Enfin le troisième exercice était d'écrire une ode à un objet, soit le sien, soit celui d'un proche.



Marie

 


Aboubakar

 

Niger, 1991

 

Rencontré sur un trottoir à Niamey

Je n’ai jamais oublié ton visage

Ton sourire ta main tendue

Je me suis assise à côté de toi

J’ai posé ma tête sur ton épaule

Tu as dit ces simples mots

Viens tu es ma fille

Retour peut-être d’une autre vie, j’y crois.

Tu restes pour toujours dans mon cœur

Ton visage vient souvent dans mes rêves

Je te retrouverai, je te vois.

A bientôt. Je le sais.


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Le piano bar

Le son de l’orgue

Odeur d’un parfum

Le sommeil

Sourire d’un passant

Le rêve éveillé

Pas léger du chat noir

Ame sœur

Pluie le long des branches

Flamme jumelle

Soleil couchant sur la mer

Un souvenir d’instant de grâce

Fraternité

Les feuilles d’automne

Le feu

Réconfort d’une amitié

Je ne sais pas décrire 

Ni ce qu’est une fée



Camille

 

Il restera de toi

 

Il restera de toi ce que tu as partagé

Au lieu de les garder dans nos mémoires rouillées

Il restera de toi quelques senteurs de ton jardin secret

Toi fleur inoubliable qui n’a jamais fané

Ce que tu as semé en d’autres longtemps se récoltera

Toi qui arrives au bout de ta vie

Chaque jour encore et toujours tu la succuleras

Il restera de toi ce que tu as offert

De ton esprit ouvert traversant le siècle en avance

Il restera de toi ce que tu as laissé

Que tu as su refuser loin des dogmes stériles

Tous ceux que tu as aidés

De ton âme feront une statue

Toi qui rejoins le terme de ton existence

Pour toujours à nos yeux tu brilleras

Il restera pour toi nos larmes heureuses

D’avoir connu tes yeux rieurs

La douceur de ton cœur

Il restera de toi ce que tu as planté

Les récoltes d’une vie de labeur

Redistribuées aux mendiants de la paix

Ce que tu as implanté pour l’art, la culture,

Et la beauté a pu germer pour toi

A celle qui voua sa vie

Aux enfants, aux artistes, aux opprimés

A tous ceux en qui tu survivras

 

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Les méfaits de mes fées

(à la manière emphatique des Champions du XIIème siècle)

 

J’ignore combien de fées

Sur mon berceau se penchèrent

Il dut y en avoir une nuée

J’imagine comme elles s’épanchèrent

 

Ce jour-là elles furent généreuses

Pardonnez que je m’en réjouisse

Mais comprenez que j’en sois bien heureuse

Elles m’offrirent trop de dons pour que de tous je jouisse

 

J’ai déjà du mal à tous les ranger dans ma yourte

Ils se bousculent pour se rappeler à mon bon souvenir

C’est que la vie si longue soit-elle sera bien sûr trop courte

Pour œuvrer à la hauteur de ce legs dans mon court devenir

 

Quelle responsabilité s’impose

De chaque jour affûter mes outils

Danse, théâtre, chant, poésie, prose

Pour en user de manière aboutie

 

Et si demain la mort m’emporte

J’aurais honte d’avoir profité trop peu

De tous ces beaux desseins auxquels m’exhortent

Les cadeaux de mes marraines si précieux

 

Même si je feignais de ne le point savoir

Mes lutines se cachent dans les belles rencontres

Et quand j’avance dans le noir

Silencieusement la lumière elles me montrent

 

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Je le nomme Léon,

Je l’ai affublé de ce petit nom.

Quand il arrive à Léon de trépasser

Je baptise sans nullement ressasser

Le suivant du même prénom.

Je les appelle tous Léon.

Léon se plient à tous mes désirs

Sans rechigner du moindre soupir

Eux et moi ensemble formons

En duos de choc un Cam et Léon

S’adaptant à du tout terrain

Léon me suivent au bout du monde en meilleurs copains

Jamais ne se montrent grognons

De loin mes plus fidèles compagnons

Leur toujours agréable compagnie

Partage plus près que quiconque les plus extraordinaires épisodes de ma vie

Suivant mes pas dans les sinueux sillons

Quand du reste du monde nous nous éloignons

Paysages, flore, faune, architecture

Couchers de soleil, insolites textures

Depuis le temps que nous nous fréquentons

D’un même souffle nous nous émerveillons

En meilleurs amis

Dans un bonheur partagé infini

Le monde entier nous arpentons

Jamais l’un de l’autre nous ne nous lasserons

Léon sont mes préférés

Parmi tous mes objets

Avec ses incroyables options

Léon restent l'inégalé champion

Dans le top de mes priorités mon appareil photo

Sur la liste de mes bagages figure tout en haut !


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A Michèle Jamet

De son vivant… toujours vivante ! Vivante à Jamet !


« Ma Chou »


Les belles rides

Des joies gravées en ton âme

Tes yeux nous dérident

Ils chantent ta flamme

Une grande vague à l’âme

Je me sens apatride


Ta perte

Nous déserte

Mais en rien ne nous déshérite

Louons ton mérite

D’avoir fécondé la suite


Les pages de ta vie

Par ton aura n’ont jamet flétri

Jamet connu l’ennui

Cette force qui te construit


Une larme perle dans un cri de merle

Belle comme toi unique éphémère

Belle comme la nuit

Belle à l’envi

Aimant tellement la vie


Flots de larmes muettes

Phrases rendues désuètes

Bal d’images tant d’hommages tes dons, en mage

Depuis les nuages, à vous tous grands sages dans nos vies de passage

Larmes obsolètes

Culture du vivant jamais à la retraite


Ta malice et ton front plissé

Toujours complices et

Un grand récépissé

A tout ce que tu as tissé,

Au creux de nous métissé


Une larme de plus

Rappel du statut de minus

Face au grand tout

Aux hauts marabouts

A tous les nous

En qui ça bout !


Une larme bloque

Encore en proie à ton onde de choc

Qui nous fait mal

Il paraît que c’est normal

Dans mon rôle

Se soigne mon moral


Une larme au bord du cœur

De calme se maquille aussi la douleur

Ton indéfectible chaleur

Telle une quotidienne ferveur

En attrape-bonheur

Toi emplie de lueur


Une, deux, trois larmes

Sans jamet délaisser nos armes

Car l’éthique

Antithétique

Si trop étique

N’applique en pratique


Une larme encore

Il faut pourtant bien la mort

Précieux fut le trésor

D’avoir apprécié tout l’or

Que tu as fait éclore

Pour les tiens, les autres, jusqu’aux derniers pécores


Une larme bleue

S’évaporant avec toi dans les cieux

Humains douloureux

Humains bienheureux

Espoirs du mieux

Qu’on peut



Alain

 

Bienveillant à notre curiosité

Porteur de souvenirs

Agaçant, telles les chaussettes de notre moitié

Porteur de messages à venir

De son chat qu’elle a relégué

Aude, à jamais sans son portable

Elle ne peut l’imaginer

La vie sans lui, c’est une fable



Léonie

 

   

Que restera-t-il ?

Que restera-t-il de vous quand mon cœur d’enfant sera dans un corps d’adulte ?

Il restera la douceur du coton et l’odeur de la lessive.

Il restera le gout du saucisson mais aucun ne sera aussi bon que le tien.

Il restera la sieste réparatrice pour laquelle je trouverai toujours le temps malgré le rythme effréné de la vie.

Il restera le pain bien serré, bien dense, difficile à mâcher mais tellement meilleur que la baguette aérienne.

Il restera la longueur de ta tresse que malgré mes efforts je ne pourrai jamais égaler.

Il restera la chaleur de vos bras si douce et constante.

Il restera un être humain que vous avez aidé à façonner et qui connaitra les petits bonheurs de la vie. Il restera moi.

 

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Moi, les fées, j’y crois pas. Moi, je crois aux anges. Chérubins, dominations, archanges … ce sont les noms savants que donne la Bible. Moi, j’ai mes anges. Mon ange parisien qui m’aide à trouver une place de parking ; mon ange infirmier qui me seconde dans mon métier ; mon ange gardien qui doit être à mes côté en permanence mais je n’en suis pas sure : je ne l’ai jamais rencontré.

Et il y a les nages de passage. Ceux qui se déguisent en M. et Mme Toulemonde mais qui font mouche dans mon cœur.

Les yeux pétillants et les mains ridées de cette vieille palestinienne. 

Le sourire charmant (charmeur ?) et les magouilles de ce directeur

La disponibilité et l’écoute de ce médecin 

L’enthousiasme de cette jeune femme

Le bisou-câlin de cet enfant

Et tant d’autres dont je dois avoir humblement qu’ils ont été si importants pour moi à un moment qui est passé mais que j’ai oublié. Et par-dessus tout il y a toi. Toi qui es là à chaque fois que j’en ai besoin. Toi qui es là même avant que je sache que j’en ai besoin. Toi qui es là gratuitement. Toi qui sembles avoir plaisir à être là pour moi. Toi qui ne dois jamais disparaitre ; mais si tu es un ange tu ne disparaitras jamais. Toi à qui je ne sais pas dire ma reconnaissance mais dont je ne saurai me passer.

Toi, l’ange de ma vie.


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Par dizaines, par douzaines,
mais toujours par paires

Bleues, vertes, jaunes,
multicolores mais toujours par paires

Une à droite, une à gauche,
séparées par tes yeux mais toujours par paires

Quand tu es partie
nous avons découvert ton trésor

Par dizaines, par douzaines,
par centaines même mais toujours par paires

Nous ne t’avons jamais vue sans
tes boucles d’oreille, maman


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Dans ton sac
Dans ta poche
Dans un placard
Dans un gâteau

Le matin tôt
Le midi au café
Au goûter, obligé
Le soir devant la télé

Pour le magnésium
Pour éviter la déprime
Pour le plaisir
Mais surtout par gourmandise

Jamais, jamais
Je ne t’ai vue sans,
Même quand je te retrouve
Après une longue absence

En tablette, en carrés
Noir ou au lait
Le chocolat
Est ton meilleur allié.



Anne-Marie

 


Vieille femme au sandwich.

Tu es vieille et tu ne l’es pas. Ton regard concentré vers quoi je ne le sais pas. Ton chignon tressé, rempli de cheveux blancs te fait ressembler à une petite fille. Mais tu ne l’es pas. Ton alliance toute simple témoigne d’une vie engagée. Mains amoureuses, laborieuses, fortes. Ce sandwich que tu tiens fermement témoigne de ton élan vital qui nous fait penser que la vie tu vas la déguster jusqu'à la dernière miette.

 

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Fée

La mienne s’appelait Juliette. Penchée au-dessus de mon berceau car c’était ma grand-mère.

Elle avait une conception de la vie que je ne partageais pas : la vie est une tartine de m….e, il faut en manger un morceau tous les jours. En dehors de l’image peu ragoûtante de ce cliché cette affirmation me faisait réfléchir. Non je n’en voulais pas de sa vie pleine de malheurs qui se répétaient de génération en génération. A force de l’entendre je savais au moins ce que je ne voulais pas. Au travers de son exemple de femme soumise et surtout très malheureuse je me suis construite. Au travers de son discours je découvrais les écueils à éviter, les efforts et les sursauts qu’il faudrait fournir. Elle m’a fait prendre conscience qu’être acteur de sa vie était possible et que la soumission n’est pas la bonne stratégie. Grâce à elle j’ai un côté rebelle, exigeant qui ne cède pas à la pression du qu’en dira-t-on et aux préjugés hostiles. Merci à toi qui m’a éclairée, toi qui avais subi ton destin sans révolte.

 

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Ode au lave-linge.

Fini le temps des lavandières, des lessiveuses et de la brosse à poils en chiendent.

Ma petite vedette, vraie star de l’entretien du linge tu m’as été fidèle pendant treize ans. Aucune panne, avarie ou dysfonctionnement pendant ces années de fidélité. A nous la couette crasseuse qui prenait toute la place dans le tambour étroit. A nous les torchons coton maculés de taches graisseuses. A nous les programmes les plus utilisés : tous les jours, pendulaires, coton éco, 30, 60, 90 degrés, essorage variable. Tu me faisais des promesses d’efficacité et de qualité de travail. J’avais un rapport fusionnel avec cette machine. L’homme ne savait pas s’en servir Pourtant qui a dit « que le linge sale se lavait en famille » ?

 


Maïlys

 


Il restera de toi ton sourire malicieux

Tes éternelles lunettes sous lesquelles on devine

Les larmes de rire au coin de tes yeux

 

Il restera de toi ta merveilleuse bonne humeur

Tes périodes de « moyen moins » aussi

Tes moments de doute et de douceur

 

Il restera de toi ton goût pour la natation

Pour les lettres, pour les bretelles

Et les graines que tu sèmes par la transmission

 

Il restera de toi l’amour que tu nous donnes

Et qui continuera de grandir

Dans le cœur des générations à venir

 

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Petit frère. Pas en vrai mais presque.

On se connaît depuis toujours, merci au hasard qui a mis nos mamans sur la même route, qui m’a fait naître en mai et toi en mai un an plus tard.

On a un peu grandi ensemble, mais seulement pour les meilleurs moments.

Pour les vacances, pour le soleil, pour les chansons, les rires, les trampolines.

Deux enfants uniques heureux de se retrouver, d’avoir ces moments à partager avec un autre enfant.

D’avoir un peu un frère, d’avoir un peu une sœur.

La vie a fait qu’on s’est un peu éloignés.

Comme le font les vraies fratries peut-être, ou peut-être pas.

Tu es parti faire ta vie à Dublin, à Bruxelles, à Prague.

Je suis partie moins loin, près de la mer et de son calme.

Mais on revient toujours au berceau, de temps en temps.

Et je sais que quand on se retrouve tous les deux, c’est toujours comme avant.

Un frère et une sœur. Pas en vrai mais presque.

 

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Sur ta cheminée plein de photos

Toute la famille réunie dans des cadres colorés

Les mariages, les sourires des petiots

J’aimais m’arrêter pour les observer

 

La plus grande d’entre elles, ton fils sur sa moto

Qui occupe la place centrale de l’enfant parti trop tôt

 

Tu es partie aussi désormais

Tu l’as rejoint là-haut

 

Mais les photos de la cheminée

Dans la famille éparpillées

Nous aident à recoller les morceaux