jeudi 6 novembre 2008

La bibliothécaire en vadrouille - 3

Etape 3 : usage"s" du français en Inde - et déductions aléatoires...

Mon voyage en Inde n'a vraiment commencé que trois heures après mon arrivée ; au petit matin, dans une gare routière. Immergée dans la foule indienne, au milieu d'un brouhaha indéchiffrable, et désorientée par cette langue que je ne comprends pas sur tous les gigantesques panneaux d'affichage.
Voilà. J'y suis. A peine trois personnes parlent anglais... alors le français, vous pensez bien...
Et puis il va falloir trouver le bon bus...


... alors, déjà, je me dis que, peut-être, oui, peut-être, j'avais un brin trop confiance en moi... je suis perdue !

Sauf que...
- Je réussis à trouver le bus (pas vraiment du premier coup, on m'a envoyée successivement, tout au bout à gauche, fait faire demi-tour, à l'opposé à droite, et finalement, revenir sur mes pas, et grimper dans un bus... je ne saurai qu'une fois arrivée qu'il allait dans la bonne direction !)
- Une fois dans le bus, pas besoin de discuter... de toute façon, mission impossible : discuter cela suppose avoir la possibilité de se regarder, de gesticuler un peu... et là, pas la place !
- Mon bus est à destination de Pondichéry... rien que le nom rassure... et puis, avant de partir, j'ai regardé un plan, et j'ai vu qu'il y avait des rues qui portaient des noms connus : Rue Suffren, Rue de la Marine, Rue de la Caserne ; enfin, vous avez compris... quelques repères donc, dans ce pays incompréhensible...

Et en effet, à peine descendue de mon bus infernal, à peine remonté quelques mètres en direction de la mer, que déjà des panneaux m'annoncent "Pondichéry est une beauté, Pondichéry est notre fierté"...

L'usage du français en Inde n'est pas très répandu. On le comprend.
La présence française là-bas n'a jamais été bien importante ; les Français, à travers la Compagnie française des Indes, n'auront jamais occupé que cinq territoires : Pondichéry, le plus ancien, à partir de 1674 ; Chandernagor, au nord ; Yanaon et Karikal, sur la côte Est, et Mahé, sur la côte ouest.
Territoires, ou "comptoirs", qui seront rétrocédés aux Indiens le 21 mars 1955.
Aujourd'hui, il y a assez peu de touristes français qui se rendent en Inde, en comparaison avec le nombre incroyable d'anglais croisés au long du chemin, ou d'américains, de belges (oui, le belge voyage !) et d'israéliens...

Et j'ai pu, de Pondichéry à la pointe sud de l'Inde, faire quelques observations, tout à fait personnelles et aléatoires, sur les différentes manières de faire usage du français...

Dans le désordre le plus complet :

A Pondichéry, on cultive l'usage du français, et une certaine idée de la culture française... Comme on entretient les ruines du passé colonial qui donne son charme à la partie française de la ville.
Le français reste ainsi une des deux langues officielles du territoire de Pondichéry, avec le tamoul. Mais dans les faits, elle est pratiquement une langue "morte".
Au restaurant vous pouvez commander un "coq au vin", ou une "crème renversée" ; vous pouvez aussi boire un vin rouge, de Bordeaux ; ou trouver une baguette (en remontant tout de même quelques kilomètres...)

Mais, un nombre important de jeunes Indiens apprennent la langue française, notamment à l'Alliance française. Certains pour leur travail dans le tourisme, d'autres en fidélité à une culture familiale. La plus belle explication m'a été donnée par un jeune serveur du "Café de Flore", à l'Alliance : il voulait parler français pour "entendre la langue chanter par sa bouche"... et tenait à ce que je vienne parler avec lui quelques minutes tous les matins en prenant mon café (au passage, le seul endroit de Pondichéry où vous pourrez boire un très bon expresso...)

Et puis j'ai quitté Pondichéry, et je me suis enfoncée plus profondément dans le Tamil Nadu.
200 kilomètres plus bas (soit 5 heures de bus...) la ville de Trichy. Là, du tamoul et de l'anglais. Et encore, approximatif l'anglais...


Un soir, une moto me fonce dessus. Tous feux allumés, le seul motard casqué du pays m'arrête.
"Bonsoir, vous êtes française ?"
Tiens, je ne m'étais jamais posé la question de savoir si cela se voyait... Il semble que lui l'ait vu...
Lorsque je lui réponds que oui, je suis française, c'est comme si j'étais le génie de la lampe magique. J'exauçais son souhait : il allait pouvoir parler cette langue qu'il aime tant ! Un enseignant de français, perdu dans la ville de Trichy, où il se sent bien seul avec cette culture qu'il adore et qu'il ne peut pas partager.
Du coup, j'ai même eu droit aux poèmes qu'il écrit... et aussi à la petite photo, rituelle !
C'était tout de même une rencontre très drôle... le simple fait de parler ma langue me conférait une aura magique !!
C'est la seule fois que j'ai entendu ma langue en trois semaines...

J'exagère...
Une fois, une dernière fois, en remontant pour prendre mon avion à Chennai (les Français ou les Anglais disent Madras...) je me suis arrêtée dans un petit village très touristique en bord de mer : Mahabalipuram.
Là, le long de la rue de la mer (la même qu'à Ouistreham, pour vous situer l'idée), des quantités invraisemblables d'échoppes de souvenirs ; un coquillage, des chemises en coton, des sacs tibétains... et un paquet de marchands venus du Cashemire.
Quand vous arrivez avec votre gros sac, après 3 semaines de poussières et de gestes pour vous faire comprendre, l'effet est saisissant : "Bonjour mon amie, comment allez-vous aujourd'hui, jetez un oeil dans mon magasin." (tout cela dans un seul souffle...). Je m'arrête et entame la conversation. Mais du français, ces quelques marchands ne connaissent que les trois phrases qu'ils enchaînent inlassablement. Ils ont la même maîtrise de l'espagnol, de l'allemand, ou de l'italien...


Et puis, à la fin du voyage, tout à la fin, vous avez oublié que vous ne compreniez pas un mot sur trois il y a seulement un mois.
Au milieu du brouhaha des langues, anglais (avec toutes ses variantes : Ecosse, Nouvelle-Zélande, U.S., et j'en passe...), hébreu, espagnol, allemand, tamoul, flamand, même, votre langue maternelle vous quitte, et la sensation est bonne...
Puis vous êtes rappelée à la réalité par un Américain, (a bit drunk...), qui conclut la soirée par un merveilleux : "C'est la vie"... (je ne m'expliquerai jamais pourquoi cette phrase, particulièrement celle-ci, est connue dans toute les langues... j'ai croisé un Chinois... autre histoire...)

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