mercredi 10 février 2010


Amos Daragon : porteur de masques de Bryan Perro

Qu'est-ce qui peut passer par dessus une maison une fois et pas deux ?
Quelle bête peut passer par-dessus une maison et ne peut pas franchir une rigole d'eau ?
Qu'est-ce qui fait le tour du bois sans jamais y pénétrer ?
Qui est ce qui fait de l'ombre dans les bois sans jamais y être ?
Plus on en met et moins ça pèse : qu'est-ce que c'est ?


Les réponses, vous les trouverez dans ce livre où se côtoient les gorgones au regard de pierre, les druides, les sirènes, les chats aveugles qui voient, les hommanimaux, les tyrans cruels qu'Amos arrive à duper, avec son célèbre bâton qui fait bouillir et son âne à pièces d'or.
De l'humour, du fantastique, de l'astuce et cela donne un bon moment de lecture et une envie irrépressible de continuer avec les autres tomes...

mardi 9 février 2010

La Sape

Encore une belle exposition à visiter jusqu'au 11 juillet au Musée Dapper, à Paris : L'Art d'être un homme (Afrique - Océanie), dont un volet est consacré à l'Univers de la Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes) à travers la présentation des reportages photographiques de Baudouin Mouanda et d'Héctor Mediavilla... Riche et passionnant. Très beau catalogue que la Médiathèque devrait acquérir prochainement.


samedi 6 février 2010

Jan Karski, un témoin disputé



Voici Jan Karski (1914-2000). En 1939, ce jeune Polonais catholique entre dans la Résistance de son pays, puis est choisi par des leaders juifs en 1942 pour alerter les Alliés de l'extermination des Juifs d'Europe en cours.
Pour être plus qu'un messager, Jan Karski devint également témoin de ce qu'il se devait de rapporter en pénétrant par deux fois dans le ghetto de Varsovie et dans un camp d'extermination.
En vain. L'échec de sa mission, qui fut aussi l'échec de sa vie, pourrait être contenu dans la réaction, en 1943 d'un haut dignitaire américain : "Je ne dis pas que vous êtes un menteur, je dis que je ne vous crois pas ".

Jan Karski, c'est aussi le titre du très beau roman de Yannick Haenel,
couronné par le prix Interallié et le prix du Roman Fnac 2009.
Ce livre court (187 pages) est construit en trois parties distinctes, démarrant sur une description minutieuse de la bouleversante intervention de Karski dans le film Shoah de Claude Lanzmann, sorti en 1985.
Haenel concentre sa plume sur le visage de ce témoin-clé, ses expressions - tics nerveux, regard bleu plombé par le souvenir, larmes naissantes- et son discours minimaliste, ses phrases laconiques : "Ce n'était pas l'humanité" ("This was not humanity"), murmure-t-il en évoquant son passage dans le ghetto.

Le livre glisse ensuite, toujours dans une veine documentaire, sur un condensé du livre de Jan Karski paru en 1944 aux Etats-Unis : Mon témoignage devant le monde. Partant de la réception insouciante de son ordre de démobilisation en 1939 jusqu'à son entrevue avec le président Roosevelt en 1943, il y raconte les drames et les épisodes tragiques qui ont bouleversé sa vie.

C'est après avoir pris appui sur ces sources audiovisuelles et écrites que, dans le dernier chapitre, Yannick Haenel laisse éclater son talent d'écrivain.
Son imagination, nourrie de faits réels et combinée à la liberté qui lui est offerte par la littérature, lui permet de continuer à faire vivre cet homme et de porter son témoignage jusqu'à nos jours, comblant ainsi le silence sur la vie du Juste Karski depuis 1945, et répondant à la phrase de Paul Celan mise en exergue : "Qui témoigne pour le témoin ?"

Apparemment, il semble que les places soient bien chères dans le monde éditorial !
Car une querelle agite encore aujourd'hui la sphère littéraire suite à la virulente attaque de Lanzmann, rejoint par l'historienne Annette Wieviorka spécialiste du génocide juif, contre le romancier, l'accusant de plagiat et de falsification de l'Histoire, lui reprochant en réalité d'avoir joui de sa liberté d'écriture.

N'en déplaise à monsieur Lanzmann, ce livre est une formidable occasion pour de simples lecteurs peu capés en histoire de (re)découvrir ce personnage, de nous interroger sur la valeur d'un témoignage forcément lacunaire (le témoin intégral étant celui qui ne peut témoigner, cf. Primo Levi) et n'en demeure pas moins un pur moment d'émotion.

Ce témoin de l'abandon des Juifs par les puissances occidentales a également inspiré Les Sentinelles de Bruno Tessarech.
Voici un second roman le mettant en scène, lui parmi d'autres personnages réels et fictifs, avec la (prudente ?) précision à la fin de l'ouvrage de l'authenticité historique des dialogues y figurant.
Ces sentinelles, campées dans des capitales européennes dans une fresque s'étalant de 1938 à 2000, se nomment Jan Karski, de Gaulle, Alfred Eichmann, Werner von Braun, ... ; elles furent des témoins impuissants, parfaitement conscients ou minablement aveugles.

Le récit commence de telle sorte que l'on comprend vite que, lors de la conférence d'Evian de 1938, tout est déjà joué, il ne reste plus aucun espoir d'éviter l'inéluctable. Les Juifs menacés fuient l'Allemagne, les démocraties doivent éviter la guerre et pour ne pas déplaire aux nazis elles refouleront ces Juifs.
On est plongé, ballotté dans le drame de ceux qui ont crié au secours, on est atterré face au zèle minutieux d'un Eichmann en quête de reconnaissance, effaré devant la stratégie des services secrets anglais qui ont dissimulé la vérité à Churchill, grand gaffeur, choqué de l'accueil réservé aux savants nazis par les Etats-Unis devenus, soudain !, peu soucieux de leur quota d'immigrés, perplexe d'apprendre par de Gaulle qu'il fallait d'abord gagner la guerre avant de s'occuper du sort des Juifs d'Europe. Il est difficile alors de ne pas croire à leur abandon !

Sur l'événement le plus marquant du XXe siècle, le philosophe Raymond Aron reconnaîtra : "Les chambres à gaz, l'assassinat industriel d'êtres humains, non, je l'avoue, je ne les ai pas imaginés, et parce que je ne pouvais pas les imaginer, je ne les ai pas sus".

A la médiathèque, vous pourrez butiner dans l'espace adultes
Jan Karski de Yannick Haenel
Ce qui reste d'Auschwitz de Giorgio Agamben
Si c'est un homme de Primo Levi
Shoah de Claude Lanzmann
Le lièvre de Patagonie, mémoires de Cl. Lanzmann
Les Sentinelles de Bruno Tessarech (à venir, forcément !)

Et dans l'espace multimédia
Shoah de Claude Lanzmann (sur DVD)

vendredi 5 février 2010

Sortir de l'hiver

Pour combattre la grisaille hivernale ou au contraire se laisser cocooner chaudement, 2 méthodes.
Première option, la version charme et fraîcheur scandinave.
Bref, se fondre moelleusement dans la pop norvégienne de Sondre Lerche.
A prononcer SON-dray LUR-kay en phonétique internationale.



Avec ce 3e album, on retrouve avec plaisir une douceur ambiance savamment orchestrée dans les ballades pop acoustiques ou les chansons jazzy façon crooner des 60's. Une bonne surprise car le précédent opus ne m'avait pas vraiment fait frémir les orteils.
Toujours ce petit truc dans sa voix légère ou à dessein basse, mi-nostalgique mi-nonchalante qui fait merveille dans 'I cannot let you go' ; des nappes de cordes et cuivres et un zeste de choeurs féminins ; et quelques curiosités musicales dans 'Pioneer', bref une belle oeuvre sonore composée de belle main.
Quoi qu'il en soit, un garçon qui a écouté et adoré en 2009 : Animal Collective, Volcano Choir, M.Ward, Phoenix, Grizzly Bear, Melody Gardot et Regina Spektor... mérite un arrêt sur musique.

Deuxième option, descendre vers la chaleur jusqu'en Colombie et vibrer au son de la cumbia au son de l'album 'No me busques' de Cumbia Ya.
Vous ne pourrez que vous réchauffer en dansant - la cumbia est aussi une danse.


Des percussions qui trahissent l'origine africaine de cette musique importée par les esclaves, des flûtes, des maracas, les ajouts indiens et sud américains des populations ayant mixé et fondu la cumbia tout au long de l'Amérique du sud et de Cuba à Panama.



Cumbia ya
!, c'est une joyeuse formation de 11 musiciens-chanteurs/chanteuses franco-latinos jouant de leurs accents suaves et surtout de leurs cuivres étincelants : saxo, trompette, trombone et... même une clarinette. Pour atteindre les 30°C même par froidure de février, je vous recommande 'Pepe' ou 'Navidad negra'.


Et pour ceux que ces 2 extrêmes ne séduisent pas, je préconise une halte au coeur de l'Hélvétie. Oui, c'est de là que vient l'accent guttural d'Hemlock Smith alias le projet musical de Michael Frei, songwriter helvétique romand, petit cousin de Nick Cave et Dick Annegarn.



Ici accompagné de 3 autres comparses, il greffe piano, violon, banjo, accordéon, contrebasse, un Wurlitzer et quelques cuivres autour de mélodies langoureuses et de textes mélodramatiques, écoutez 'Queen of the spring ball'.



Et surtout une voix tantôt murmure tantôt acérée, on lorgne vers le jazz, le folk acoustique mais les mots sont toujours savamment mis en avant et on a une seule envie, c'est de tendre l'oreille pour comprendre la gravité de ses histoires, 'Dundirk/Jerusalem' par exemple.



Si vous cliquez sur la pochette de l'album 'Hearbeat radio', vous accéderez à la liste de nouveautés 'Musique' de janvier.



Si vous choisissez la superbe pochette de l'album 'Keep the devil out of Hillsboro' vous accéderez à la liste de nouveautés 'Cinéma' de janvier.
Bonne hibernation à tous.

jeudi 4 février 2010

Internet, oublie-moi !

Les sénateurs et la secrétaire d’Etat à la prospective et au développement de l’économie numérique Nathalie Kosciusko-Morizet se penchent sur une nouveau problème lié à Internet : le droit à l’oubli. Des Internautes s’inquiètent que plusieurs sites conservent sur le long terme des informations relevant de leur vie privée. Leur e-réputation est en jeu.

Après le temps des interdictions (symbolisé par la loi HADOPI), vient le temps des droits. Oui, l’internaute a aussi des droits sur Internet ! Sauf qu’il faut parfois les revendiquer. C’est le cas du droit à l’oubli. Il existe déjà dans le monde réel. Nous connaissons la prescription, une sorte d’amnistie qui efface les crimes ou délits d’un individu commis il y a plus de trente ans. Nous connaissons aussi les repentis, ces ex-mafieux qui balancent à condition qu’on oublie leur vie antérieure. Deux sénateurs ont déposé en novembre 2009 un projet de loi pour étendre le droit à l’oubli au monde de l’Internet, sujet dont s’est ensuite emparée Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d’Etat à la prospective et au développement de l’économie numérique.

Diantre, qu’est-ce qui vaut la peine d’être oublié sur le web ? De plus en plus d’Internautes se livrent sur la Toile … sans avoir d’ailleurs toujours conscience de leur indiscrétion. Leur vie privée s’étale sur FaceBook, sur MySpace, sur Skyblog, sur Flickr... Leurs photos, leurs vidéos, leurs commentaires, leurs opinions se montrent aux yeux de tous. Je vous renvoie à l’excellentissime article du Tigre repéré par mon collègue Vivian. Dans ce papier, le journaliste s’était donné pour tâche de reconstituer la vie d’un individu à partir des traces qu’il avait laissées sur Internet. Le résultat de son enquête était édifiant. En croisant les renseignements glanées sur plusieurs sites, le journaliste parvenait à savoir son métier, son parcours professionnel mais aussi ses lieux de vacances, ses petites amies... Bref un inconnu devenu illustre si on se donnait la peine de parcourir le web. Dans plusieurs années, assumera-t-on nos écrits et nos clichés ? Vous aimerez peut-être cacher cette photo où vous étiez déguisé en travesti ? Vous regretterez peut-être ce discours que vous avez jadis tenu sur les vertus de l’anarchisme. Autant de casseroles et de boulets qui pourraient vous coûter cher avant un entretien d’embauche ou lors d’une candidature à une élection.

Internet ne souffre pas de la maladie d’Alzheimer : il se souvient de tout. A la différence du cerveau humain, il n’a pas une mémoire sélective qui se dégrade au fil des années. Il garde tout, le meilleur comme le pire, et pour longtemps. Qui plus est, on retrouve facilement ce vous avez dit ou fait sur le web. Grâce à Google, l’aiguille s’extrait facilement de la botte de foin. Un nom inscrit dans le moteur de recherche, une pression sur la touche Entrée et voilà l’identité numérique de la personne qui s’affiche.

Quelle solution face à ce problème ? C’est le travail de Nathalie Kosciusko-Morizet. Il faudrait offrir aux Internautes la possibilité d’effacer eux-mêmes les informations qu’ils ont laissées sur Internet. Les sites web le proposent parfois mais c’est souvent si discret et si compliqué que peu savent le faire. Par exemple, pour supprimer son compte Facebook, savez-vous qu’il faut passer par le menu « Aide », puis « Paramètres de connexion » puis envoyer à Facebook un message de demande de suppression ? En anglais, qui plus est. Evident non ? Une loi pourrait contraindre les sites à offrir des solutions systématiques et faciles. Mais sur un réseau mondialisé comme Internet, les mesures nationales n’ont malheureusement pas beaucoup d’effets. D’autant plus que les sites concernés par le droit à l’oubli sont essentiellement américains. Spécialiste du sujet, le professeur Viktor Mayer-Schönberger imagine de fixer des dates d’expiration pour les informations que nous laissons sur Internet. Une fois la date atteinte, l’information est automatiquement supprimée. Techniquement, est-ce facilement réalisable ?

La meilleure solution ne serait-elle pas une auto-censure. Il suffit de se rappeler qu’Internet est un espace public et qu’en conséquence certaines informations intimes, privées ou confidentielles ne méritent pas d’y figurer.

A lire : l'article de Viktor Mayer-Schönberger sur Ecrans, le site consacré au multimédia sur Libération.fr

Photo : montage personnel à partir de la photo d'ia7mad sous licence Creative Commons

mercredi 3 février 2010

Bibliothèque (le meuble)

Une belle idée de bibliothèque, n'est-il pas ?
Cela s'appelle le Round Sofa
Imaginé par Irina Zhdanova
Ce meuble original est-il déjà commercialisé ?
Ma langue au chat !

lundi 1 février 2010

Ciné champêtre au Rexy de Saint Pierre sur Dives

Le festival s'appelle
"Ciné Champêtre - découvrir ou redécouvrir le monde rural".
Il se termine aujourd'hui,
mardi 2 février avec la projection du documentaire "L'herbe" de M. Levain et O.Porte.

C'est à Saint Pierre sur Dives , au cinéma Le Rexy, juste à coté de l'abbaye.

La salle est petite, mais comble. L'évênement est convivial, on se connait.

Le choix des films est courageux et les débats sont parfois houleux autour des projections, mais les agriculteurs présents préfèrent quitter la salle que de briser l'ambiance.

Un vrai évênement à ne pas manquer, même s'il faut braver le froid pour s'y rendre.

Au retour, samedi soir, nous avons croisé sur la route enneigée un lièvre, un putois, une biche, un renard, deux sangliers, trois garennes, aucun raton-laveur. Avouez que le périple était champêtre jusqu'au bout.

Nous ne manquerons pas d'annoncer la troisième édition.

http://www.mairie-saint-pierre-sur-dives.fr/pageLibre000102cb.html