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jeudi 30 mars 2017


Printemps des poètes 2017 à la médiathèque: Afrique[s]

Ateliers poétiques des 4, 11 et 18 mars animés par Sabine

Merci aux participants dont vous pouvez lire les contributions ci-dessous :

 Texte de Léonie Chaveton d'après l'exercice suivant : choisir des mots à l’écoute de poèmes divers (Anthologies de la poésie africaine ; recueil de L.G. Damas ; œuvre poétique de Senghor ;  poèmes de Glissant ; de Tchicaya U Tam'si ; etc.) les mélanger puis constituer un poème avec ces mêmes mots dans l’ordre de leur tirage.
 
Calebasses de miséricorde

Le souffle tiède de la Terre
Me fait choisir l’hospitalité de la Vie.

La Miséricorde de la Vie,
En calebasses débordantes,
Allège le surpoids de ma vie
Et calme le feu dévorant de l’envie.

Les doigts de la Terre,
Recouverts du miel de la douceur,
Changent le sentier brûlant de l’enfer
En chemin de paradis
Protégé du cocon de la nuit.

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Réflexion sur l'inspiration, les techniques et les conditions d'écriture et la forme définitive.

3 poèmes sur le thème imposés de l’Afrique de Sylvie Pelcat


Ô toi si belle terre

Ô toi si belle terre
Terre des ancêtres
Terre de vivants
Ce doux chant que tu entends
Amour reviens avant que tu n’enterres

Tes fléaux avec si peu d’eau
Tes animaux si beaux si chers
Tes hommes tes rivaux
Protégeons mais ne laissons
Ces vautours te détruire

Ce doux chant que tu entends
Vole dans le souffle du vent
L’oreille que tu tends
Vers l’horizon de tes déserts
Se promène sur ces terres
Dans tes brousses, tes villages, tes villes

Savane sauvage
Saccage urbain
La nature de pleins droits
Le commerce des lois
L’homme sage
Constate, son appel est divin

Des remèdes coulent sur vos terres
Pauvre de moi, qui te possède ?
Quel esprit maléfique sous son masque
T’empêche de voir clair
L’horizon qui s’efface
Ces sorts vaudous qui t’encrassent
Te laissent des traces
Des épidémies
La magie des marabouts ne suffit
Protège tes esprits, suffit-toi !

 La nuit serait douce
(d'après le souvenir d'une conversation téléphonique avec une amie en Côte d'Ivoire)

La lune de son éclat
Elle éclaire ma nuit
Les étoiles scintillent
Je les regarde de mon lit
La fenêtre ouverte
Une chaleur étouffante
Dans l’attente

Au loin, ils bombardent
Je regarde ceux qui ce soir
Peut-être sera leur dernier
Vient une main sur eux
Rassurante, confiante
Elle se pose comme l’espérance
Qui vient recouvrir nos nuits

Le ciel au loin comme un tonnerre
Sa foudre et ses éclairs
 Surveille mes lendemains
Le massacre sur la ville avoisinante
Se rapproche lentement
Je le sens si proche
Venir vers moi comme un cauchemar

Ce cauchemar que même endormie
Se rapproche
Les combats, ce sanglant ménage
Tombe sur ma maison
Auront-ils gagné ?
Sinon, demain c’est sur moi
Ma famille que cette pluie de balles
Viendra déferler

Une prière Seigneur
Donne-moi encore cette nuit
Une nuit encore, un jour
Une victoire
Chaque jour une victoire
Quand la guerre rode alentour
Vivante, rester en vie
Ce combat est mien, nôtre
Que veulent-ils ? Un territoire
Désert de cadavres.
  
 Afrique


Les mots me prennent
Se déroulent sous mes pensées
Un tapis se déplie
On s’assoit dessus
Un plat pour seul appui
Un repas des amis
Des regards profonds du soutien
Solennel mais cruel
Quand on pense aux siens

Je suis ici eux sont là-bas
Dans la misère on s’unit
On bâtit des liens
Dans ce village danse
Rituel pas de duel
Un semblable émerveille
Se met en transe
Un soir de longue veillée
Il m’ensorcèle
Son regard est plus dense
Que la Savane environnante

Quelle part me manque
Quelque part elle m’attend
Bien des espérances
Une paix sous ma peau brûlante
Traverse mon continent ses habitants
Mon identité me guide
Mes pieds sur son sol
Ma tête sous son soleil
Mes plaies sous son eau
Me recouvre d’un lambeau
Comme cette terre qui est mienne.
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1 poème sur le thème imposé de l'Afrique de Michel Moreno (hommage à Nelson Mandela)

 Noir en Afrique du Sud,

Mais enfin Libre

Cette peau martyrisée,
Par les temps de l’esclavage
A flétri ta noirceur
Regarde-la briller, enfin
De ses charbons ardents,
Attisés au Vent de la liberté,
Sur ta peau lustrée,
Réverbérant toute lumière,
Tel un lambeau de cuir,
Ravivant chez nous
La chaleur de la fraternité retrouvée,
Animée par une flamme africaine,
Qui naît et renait,
Chaque jour en toi,
Dans un Oasis de paix.
Enfin ravivée,
Cette flamme de paix,
Source de fraîcheur,
Source de la joie retrouvée,
Rayonnant pour nous tous,
Dans un Monde,
Palpitant de bonheur,
Pour ton Peuple
Qui dans ses rêveries anciennes,
Annonçait, sous la pulsion
D’un tam-tam battant la chamade,
A vouloir te faire chavirer
Toutes nos Nations
Dans l’axe de ton Soleil
Cette paix s’est enfin révélée
Au sommet de ta Puissance
De Paix et de fraternité.

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1 texte sur le thème imposé de l'Afrique de Céline Hardy et sa fascination des félins et des merveilles de la nature.
 

Rêves dans un écrin

Je ferme les yeux. Parmi le bruissement des feuilles taquines,
La nuit rauque, de sa voix de contralto, féline,
Me frôle, avec sa fourrure d’ébonite, et tiède,
La panthère allume ses iris flavescentes qui m’obsèdent.

Mon rêve, en cet instant, labile, mes mots insomnieux,
Où le Nil rampe, fascié de cuir et de lanières,
Entre les roseaux hoquetant, qui couvaient, parcimonieux,
Ses caïmans homochromes, dans l’expectation des eaux aurifères.

La récession des nues Girondes, aux panses replètes,
Gravides, brimbalaient, dolentes et anémiques,
Telles des parturientes, accouchant, qui allaitent,
Leur ouvrage poupin dans l’alaise ponantaise et balsamique.

Dans l’infinitude du ciel céruléen, sans prologue,
S’ébattaient, là, des balafons, allaires et vaporeuses,
Sous les fragrances liquoreuses des hibiscus, que lapent les pirogues,
Et qui venaient emplir les vasques ouvertes de l’horizon aux coulures rubigineuses.

Parmi les nebkas qui chaussaient de leurs pièges arénacéens,
Leur prise ingénue et haletante, le vent vermillait perfide,
Les vieux sillons qui désavouaient les secrets ammophiles et spumescents,
Sous les claquantes chélicères des scorpions et arachnides.

La pluie piquetait avec véhémence, la vertèbre fragile des palmeraies,
Où les fanges de banco roulottaient les troncs toussotant,
Sous ce chromatisme immensurable et immodéré,
Qui coulait dans les grandeurs spasmophiles, d’or cuivré et de sang.

La panthère aérienne, avec les accorts du polatouche,
Mimait le jeu d’occultation, parmi les fourrages spéculaires.
A aller, venir, s’évanouir, intemporel et farouche,
Avec la même grâce augustinienne, d’un funambule des airs.

Sous les soulanes flatteuses, s’enorgueillit sa silhouette mirifique,
Qui dansait avec les blondices d’une almée, délictueuse,
Aux élans zéphyriens, et effleura les hibiscus narcotiques,
En s’emparant des joailleries ivoiriennes sur ses courbes nerveuses.

Les informes chameaux se trainaient, au bas nonchaloir
Sous l’infamie de leurs bosses symptomatiques,
Et amusaient le malandrin, ce fauve sur son séant de cuistre noir,
Qui, extatique, ruminait son art apollinien, en cet instant sabbatique.

Cette danseuse Venda, de son torse ondulant et d’alabandine,
Semblait s’accordait aux sons polyphoniques et voluptueux,
En silhouettant son corps de bronze, sous son masque d’arlequine,
Parmi les espaces vivriers, sourds et soucieux.
 
Dans le soir aurifère, les girafes assombries en noirs pantins,
Se désarticulaient, le cou pantelant et accablé,
La tête dodelinante et incurieuse, au vent sanguin,
Laissant choir leur ombre infidèle sur le fleuve troublé.

Au ponant, les rivières crissaient sous l’or fondu,
Du soleil veuf et hémogène qui venait y confier,
Ses opimes, sur les lisières coralliennes et prétendues,
Que venait pourlécher les eaux miellées et assoiffées.













mardi 22 mars 2016

Printemps des poètes : point d'orgue et ultimes délices

           
Qu'est-ce qui peut me faire revenir en arrière ?
Une histoire d'avant.

 
  La non parjure

T'aimer n'est point parjure.
C'est comme franchir le seuil d'une église
C'est comme goûter les premières cerises
C'est comme découvrir le premier matin du monde,
C'est comme oublier sa honte.

T'aimer n'est point parjure.
C'est comme ouvrir un nouveau roman,
C'est l'automne au goût du printemps,
C'est la conjugaison du temps de l'avenir,
C'est la peau brillante de plaisir.

T'aimer n'est point parjure.
C'est écouter l'Adagio d'Albinoni,
C'est boire la même eau que la vie,
C'est clapoter dans les flaques d'eau
C'est ton rire qui cascade en ruisseau.

T'aimer n'est point parjure.
C'est nos corps ivres de la même chaleur,
C'est nos regards qui se dévoilent sans pudeur,
C'est nos petits matins câlins,
C'est savourer la même coupe de vin.

T'aimer n'est point parjure.
C'est absoudre nos péchés du passé,
C'est graver notre futur dans les draps froissés,
C'est tutoyer les étoiles,
C'est l'orgue qui joue un Te Deum de joie.
                                                                Gigi


                                                                              Je suis hors de moi !
                                                                                      Vais-je rentrer ?


                   Soir

Comme un offertoire, étoile du matin,
Tout le jour ton exigence nourrie
Des parfums de la glèbe pétrie
Et pour chacun de ton amour le pain.

Les heures s’ajoutent aux heures, et pressantes elles te guettent,
Toi tu vas ton chemin sans détourner la tête
Car la route est sans fin, ton effort sans partage
Qui t’entraîne jusqu’au soir et te laisse au rivage
Alors, pour toi, tout n’est qu’harmonie ;
Ta lassitude celée,
Ton droit sillon tracé,
Ta vie en mille éclats vannée
Et ta mystérieuse joie
                   Comme une symphonie.
                                                        Bernard


     Un joli petit cochon
Qui regarde par la fenêtre
du camion...
grillagée.
                                                                                                     C'est bon le cochon !   


Vient la nuit
Sur le chemin fabuleux
Vient la nuit
Sur ces étranges amoureux

Il tend une main
Pour l'emmener vers lui
Il dessert un dessein
Un fidèle avantageux ennui
Celui qui la tient
Ne tient pas à la perdre
Quand vient la nuit
Il la reconquit

Il croit au couple aimant
Elle avec un amant
Devient femme double
Une position bien trouble     

Quant au choix qu'elle en fait
Inquiète sur le sujet
Il la terrasse d'une audace
La trompe dans son impasse
Confondue dans les abîmes
Entre eux deux chahutant
La passion, le dévouement
L'intime estime.
                                                       Sylvie






 Ami

Ami n'aie plus de chagrin

Je suis près de toi ce matin.
Regarde je suis Merlin l'Enchanteur,
Tour à tour magicien et farceur.
La fleur à la boutonnière
Je t'invite sans manières
A nous éblouir de la fête
Comme deux gamins en goguette.

Sors ta cape et ton chapeau.
Comme avant, tu seras le plus beau.
Te souviens-tu de nos folies ?
Nous faisions des pieds-de-nez à la vie
En regardant les milliers d'étoiles
En rêvant de grands bateaux à voiles,
Qui lacéraient les océans
Rougeoyant sous le soleil couchant.

Aujourd'hui je n'ai rien oublié.
Je ne veux plus te voir pleurer
Les autres sont des idiots
N'écoute plus leurs vilains mots
Essuie la brume de tes yeux
Souris-moi comme aux jours heureux.
Je t'ai promis des paillettes, des confetti
Ce sera le plus beau jour de notre vie.
                                                                                 Gigi


Je suis envie
Je mens, songe...




Les marées au cœur des Marins

Flotte loin Navire
Près de l’horizon en équilibre
Où des formes s’estompent
Dans les âmes lointaines des Cyclades
Où elles évitent les récifs antiques
Gonflée par des souffles divins et marins
Sur des côtes grecques où des cohortes
De goélands rapportent des paysages réconfortants
Dans leurs yeux espiègles comme aigles
Montant vers des cieux bleus
Que les marées accompagnent
Dans un Éternel Voyage maritime
Délivrant un message de liberté
Que l’homme marin insuffle à satiété. 

Se pointent au bout de la Pointe du Hoc
Des rocs dans des visions marines ad hoc
Dessinant des ondes de choc
Provoquant des embruns certains matins
Sur des grèves de sable fin
Que les marées déciment et disséminent
Imprimant des rythmes vibrionnants
Sur des remparts de fortune.

Flottent dans l’air les goélands
Sous des nuages gris entachant leur soleil
De leurs rayons de filaments d’or
Où des formes prennent place vermeilles
Comme des cataplasmes sur des plaies béantes
Des gouffres dans des mers opaques
Des écumes couleur cierge de Pâques.
                                                            Michel


J'étais debout,
Assis à ma table de dessin.
Un assassin surgit,
Mit en joue,
Tira...
Abo-Minable

La disgrâce

J'ai pleuré mes belles années
Sous des draps inconnus
Où des mains étrangères et pressées
Jouaient à humilier mon corps nu.
J'étais le cinq-à-sept grisant,
Le fantasme innocent ou immoral,
Celle que l'on cache honteusement
Pour préserver sa bonne morale.

Mon cœur a froid sur le trottoir.
Sous le réverbère scintille ma cigarette.
Messieurs venez oublier votre cafard
Je suis fardée pour faire la fête.
Entre vos mains je serai soumise
Comme un animal effarouché,
Je suis la femme tentatrice,
La Marie-Madeleine de vos péchés.

J'ai usé mes sentiments
Tout au long des boulevards.
Je n'y rencontrais pas d'amants
Mais que de simples histoires
Où l'amour n'avait pas sa place.
On n'y fêtait pas la Saint-Valentin.
De chambres minables en palaces
J'ai vécu les mêmes lendemains.

Puis un jour tu es venu vers moi.
Tu as déchiré mon voile d'impure,
Dans tes yeux j'ai lavé mon âme.
Ton univers ne cachait pas de murs,
Alchimiste de notre bonheur,
Vengeant la laideur du passé,
Tu m'as réchauffé de douceur
Et j'ai découvert le verbe aimer.


Gigi

samedi 19 mars 2016

Printemps des poètes : un atelier d'écriture à la Médiathèque

Crier sur les ruines

Crier sur les ruines
Sans jamais oublier
Toutes ces vies sacrifiées
Et apprendre à rêver
Sans jamais s'affronter.
                                    Bérénice

Crier sur les ruines
Avant qu'elles ne s'abîment.
Non, je ne regrette rien
Car arrivé au bout du bout
Vais-je tenir encore debout.
Comment ne pas crier sa révolte
Au fond du trou avant qu'il ne t'emporte
Ce fleuve chaviré et surpeuplé
Te fera vivre cher étranger.
                                   Anne-Marie

Crier, slamer, scander
Sur les ruines, les terrains
Les guerres d'hier et d'aujourd'hui
Crier, slamer, scander
Dire non à l'indifférence
Faire entendre ses droits
Crier, slamer, scander
la France, l'Europe, des villes détruites,
Non, ... reconstruites
Crier, slamer, scander
Des terrains de vie, des camps de réfugiés où
toutes les composantes de la vie sont reproduites,
Écoles, lieux de culte, distribution alimentaire
C'est comme la vraie vie mais artificielle
On apprend, on se reconstruit autrement.
Crier, slamer, scander
Croatie, Bosnie, des tombes avec des dates
Si proches de nous
Comment s'imaginer que dans le pays d'à côté
Il y avait de telles atrocités.
Crier, slamer, scander
La Syrie, les Syriens, la population est divisée
Pourquoi viennent-ils nous envahir ?
Pourquoi ne pas s'unir et investir ?
Crier, slamer, scander
Les ruines
Ce n'est pas seulement les stigmates de la guerre
mais aussi un raz-de-marée sur la terre
Une vague venant de la mer
Ce tsunami qui réduit la vie en poussière

Je me souviens

Je me souviens d'avoir dit à ma sœur :
- Prends le cheval ferré !
Elle me dit :
- Il en manque un...
Je dis :
- Lequel ?
Elle me dit :
- Le fer !
Je dis :
- Ce n'est pas grave si c'est celui d'avant, c'est une chance.
Attelle la calèche !
Elle dit :
- Bonne idée, filons vers ces récifs !
Mon intuition me dit qu'ils sont encore là.
                                          Bernard

Je me souviens de l'obstination pour réussir, pour avancer
Je me souviens de ces bourgeons
Je me souviens du début des histoires, toujours magique
Je me souviens du bruit du silence
Je me souviens d'une rupture, de ruptures, chacune douloureuse, chacune différente
Je me souviens de la Grèce et de ces îles invitant à la tolérance
Je me souviens de cet embrasement, de ce baiser fougueux évocateur des débuts d'une histoire.
                                         Déborah

Je me souviens de tes éclats de voix. Tu m'abrutissais complètement et j'avais l'impression
d'avoir la tête dans le brouillard. Mais avec un peu de dialogue, nous retrouvions notre
modus vivendi. Alors le bonheur renaissait, le soleil brillait et je retrouvais l'espoir.
Nul besoin de publicité.
                                          Anne-Marie

Procrastination

La procrastination a pour moi le goût de la fainéantise
La procrastination c'est l'opportunité de toucher du doigt son but, mais de le reporter
La procrastination se fera entendre quotidiennement et sans cesse tant qu'on ne s'occupera pas d'elle
La procrastination n'est pas visible mais tout de même nuisible
La procrastination a une odeur alléchante, toutefois écoeurante, étouffante.
                                          Déborah


Transhumance : cinq sens, cinq émotions

La transhumance a le goût de l'aventure
Quelle péripétie rencontrerons-nous sur le parcours,
La transhumance a le toucher de la découverte
Le sable brûle nos pieds
Le vent de sable me pique le visage
La transhumance rend l'oreille attentive
j'entends le silence
Et le hennissement lointain d'un âne
La transhumance voit les yeux s'écarquiller
Et les étoiles filantes m'amènent à rêver
La transhumance en remplissant mes poumons de cet air neuf et différent
Me fait voir les choses différemment.

La joie d'imaginer cette transhumance
La tristesse que ça s'arrête
La colère qu'elle soit interrompue par la tempête
Le dégoût que ce soit parfois  artificiel, dicté
La peur de na pas pouvoir la reproduire, la revivre, ni poursuivre l'aventure.
                                         Déborah


Édredon

             Édredon chez les fous
Eh ! Dredon !
Môssieur, vous n'êtes qu'un vil broquin,
Et même un farfadet le dimanche.

L'avachie : suis-je une couverture ou un coussin ?
                                         Bernard


L'édredon doux,
Comme les plumes d'un dindon.
Rêve sucré, voluptueux
Douceur, comme une main caressant le visage.
Lâcher prise,
Dans le ciel, sur un petit nuage
Coton, moëlleux, enveloppant,
Dans les bras protecteurs,
Bienveillants,
De l'être aimé.
                                          Alice


vendredi 18 mars 2016

Printemps des poètes : poèmes écrits en atelier à la Médiathèque

C'est aujourd'hui

C'est aujourd'hui... lundi matin, l'empereur, sa femme et le petit prince, ne sont pas venus
chez moi pour me serrer la pince.
Car cette dernière s'est détachée de mon corps. J'attends la greffe salvatrice qui me rendra
mon intégrité. Mais le chirurgien est en grève. Jusqu'à mardi.
Mardi matin ...
                                                     Anne-Marie

C'est aujourd'hui que le soleil nous éclaire
Brille de sa lumière perçante et chaleureuse.
C'est aujourd'hui que tout s'éclaircit,
S'intensifie,
Se purifie, s'embellit...
C'est aujourd'hui qu'il faut vivre,
Et non demain !
C'est aujourd'hui  qu'il faut vivre
Intensément, en profitant de chaque instant,
Ne pas avoir de regrets.
C'est aujourd'hui  qu'il faut aimer
Et non demain !
C'est aujourd'hui  qu'il faut aimer
Passionnément.
Afin de rendre le monde de demain
Meilleur...
                                                   Alice


La lune éclaire une lagune
De son ombre brune
Elle enrobe l'aura d'un homme minuscule
Marchant sur cet îlot inculte

Les saisons traversent
Un espace temps
Mon jardin Minuscule
Où les fleurs et leurs racines
Érigent leur Pistil étincelant
Décorent mon cœur d'Homme enfant

Le soleil fait sa nuit
La lune brune pâlit
À travers le Corridor
D'un Bois ciselé Or
Elle éclaire la lisière

La lune se mire dans ce lac clair
Son Croissant aux pointes argentées
S'aiguise ébranlant la pénombre
D'une Nuit, entamant
Un ballet autour de la Terre
                                                Michel

Escogriffe, etc

Escogriffe ! Mieux : Grand escogriffe !
Escrocgriffe . Es-tu un chat, un humain ?
Couché tel un pacha sur ton édredon confortable, fais-tu l'éloge de la procrastination ?
Remettre à demain, toujours à demain, qui vient toujours un peu trop vite.
J'ai mieux : pourquoi faire aujourd'hui ce que je ne ferai pas demain.
Ne plus bouger, ne rien faire.
Et ne me parlez pas de transhumance.
                                              Anne-Marie

Brouillard

Nuit et brouillard
Quand le brouillard se lève, ma bouilloire chante. Est-il trop tard pour un départ ?
Sur le boulevard, les autos dansent.
Danse aussi le trafic des nénuphars,
Qui vont et viennent sur la mare.
Pourquoi faut-il que quelque part
Au détour de la rue, je me retrouve nulle part ?
J'avance dans le brouillard et je ne vois plus rien
Son cotonneux et je n'entends plus rien
Je tends la main, et je ne ressens plus rien
Tu ressembles à une barbe à papa, est-ce que je peux goûter ?
Je te suis mais ne te sens pas
Est-ce que je suis mort ? Non !
J'ai dû prendre un sens interdit.
                                            Anne-Marie

jeudi 17 mars 2016

Un roman poème du pays d'Auge en musique

Samedi 19 mars - 15h
Auditorium de la Médiathèque
Le roman poème
de Berthe et
Emma
morceaux choisis et lus par Isabelle POUCHIN, l'auteure,
 et accompagnés au piano par Antonella BOUBCHIR
Dans le pays normand à l'aube du XXe siècle, Berthe et Emma, deux femmes que tout oppose, vont se lier d'amitié, chacune propre à combler l'inconnu de l'autre.
...
Quand Berthe rentre chez sa mère la  première fois
cela fait bien trois mois qu'elle ne l'a vue
sur le chemin de Rocques à Ouilly, c'est dire un jet
d'arbalète
elle saute de contentement
comme Perrette et son pot au lait, Berthe trotte-
menu
pourtant elle est assez lourdement chargée : elle
rapporte un pâté de cochon, une bouteille de goutte,
un pain brié de dix livres
Berthe saute, saute sur le chemin
pissenlits partout partout font des lampes
la charmille, les aubépines en fleurs festonnent
l'herbe fait du gras
Berthe voit sa mère lui tendre les bras
la mère ne s'exclamera pas "Mais tu es maigriotte
comme un chat de mai !"
la mère serrera dans le bahut le bon manger
Berthe sautille Berthe
...

vendredi 12 juin 2015

"La Renverse" fait sa sortie


Une nouvelle maison d’édition bas-normande est arrivée.

Après son premier salon du livre de Paris en 2015, La Renverse est à découvrir aussi à la médiathèque, Fonds normand, au rayon Poésie contemporaine.
On y dénichera deux recueils, repérables aux couvertures à motifs très dorés un brin psychédéliques et à l'icône d'un saltimbanque à l’acmé de sa pirouette (j'adore).
La partie inférieure d’ouvrage est taillée en biseau, l'image en est très soignée ; un bémol, la couleur blanche des mots sur la 4e de couv. rend le texte quasiment illisible !)


Territoire des tâtonnements, textes de Manuelle CAMPOS et photos de Carine MASSERON.

Il s'agit du premier titre de la collection au titre onirique "Deux choses lune", qui propose la rencontre de deux artistes -ici, deux poétesses- par le seul lien de l’art : les textes de prose et poésie et/ou les images se répondent, se complètent, s’opposent.


Cote N 841.92 CAM


A l’aube du dernier jour artificiel, premier recueil de poésies  de Christophe MARY, imprimé en vert.


Elle rêvait d’un magicien de passage
Elle rêvait de chaussures jamaïcaines
Elle rêvait tournoyant dans la valse de ses désirs
Elle rêvait de voir Rome Madrid
Sous la pluie de préférence

Elle rêvait d’un chien d’un enfant
Puis d’un amant en récompense
Je la vois le mardi le vendredi et le jeudi
Quand elle en a le temps

Si elle ne vient pas jusqu’aux dernières heures je l’attends
Et je me mets à rêver moi aussi

Cote N 841.92 MAR

vendredi 7 janvier 2011

La chasse à l'enfant


Août 1934, une mutinerie a lieu dans une maison de correction, à Belle-Ile-en-Mer, 30 enfants s’en échappent, fuyant les mauvais traitements. Une prime de 20 francs est offerte à qui attrape un fuyard. Choqué, Jacques Prévert écrit alors son poème « la chasse à l’enfant ».


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Qu'est-ce que c'est que ces hurlements ?

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant

Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant

Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !

Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent ?

Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.


A partir de ce poème, Gisèle Bienne a construit un roman :

Longtemps, Jack a fui. Il ne s’est pas présenté à un examen, il est descendu d’un train, il a quitté sa famille de gens bien, il s’est évadé d’un internat, d’une maison de correction, d’une caserne, il a passé une frontière.
Il a fui les questions, les étiquettes, les brimades et les embrigadements.
Il a fini par trouver refuge au cœur de la nature.
Il est devenu berger. Taiseux, solitaire et attentif comme les bergers. Respectable comme eux. Il a rebâti une maison, construit ses meubles. Il élève des abeilles. Il veille sur le petit garçon de ses voisins. Il aime les fleurs, les livres et Natacha, une femme douce et rieuse.
Tout est bien qui finit bien.
Mais les voilà qui le rattrapent. Ils ont lancé un détective privé à ses trousses.


Un texte magnifique, qui nous rappelle comme il est violent pour un enfant de ne pas être libre, sans cesse soumis à l'autorité.
Et aussi un long cri de joie face à la liberté.

La chasse à l’enfant de Jacques Prévert, extrait de « Paroles » Éditions Gallimard
La chasse à l’enfant de Gisèle Bienne, collection Médium de l’Ecole des Loisirs

samedi 18 décembre 2010

Aguignettes et croustillons

Aujourd'hui 18 décembre, c'est la fête foraine qui arrive à Lisieux (sous la neige). Comme tous les ans, à la période la plus maussade de l'année pour la fréquenter, elle est d'abord passée par Honfleur et reste en centre ville un long mois, d'autant plus long qu'elle envahit des places de parking précieuses (gratuites).
Si cette installation suscite critiques bougonnes et protestations vaines chez les adultes n'ayant pas ou plus d'enfant à y mener, j'ai remarqué qu'un sujet récurrent fédérait un nombre certain d'entre eux : les croustillons.
A se demander si ce ne sont pas eux les rois de la fête. Et même si c'est trop gras et forcément indigeste, même si ça sent la vieille huile brûlée, les croustillons, c'est bon !

En Normandie, je découvre l'aguignette (dérivation de "au gui l'an neuf !"), petit gâteau en pâte feuilletée traditionnel qui se déguste en décembre.
Je m'aventure dans le Robert en cinq volumes et elle y figure :
"Folklore. Rite social par lequel les enfants, avant le Nouvel An, vont solliciter des cadeaux, de l'argent en chantant des chansons appropriées de porte en porte."
Et gare à ceux qui ne donnent pas ! Ca ne ressemblerait pas un peu à Halloween, par hasard ?


Aguignettes, c'est le titre gourmand d'un recueil de poésies de René Girardeau, tout juste arrivé dans notre fonds (Norm 1645), dont je vous livre certaines Strophes pour un manège, qui bercent le poème : C'est la fête place Saint-Marc.

C'est la fête place Saint-Marc,
La fête foraine qui tangue.
Les femmes au teint de homard,
Les gosses aux visages exsangues,

La fête foraine qui tangue
Les a prises dans ses remous,
Les gosses aux visages exsangues,
Les grosses femmes aux seins mous ;
...

C'est un manège minuscule
Qui rassemble tous les mignards
Et l'orgue grince, ridicule,
Des vieux airs aux refrains criards.

Qui rassemble tous les mignards,
Ceux de Saint-Maclou qui rigolent
Des vieux airs aux refrains criards
Lorsque les dadas caracolent.

Ceux de Saint-Maclou qui rigolent
En tournoyant pour leurs dix sous
Lorsque les dadas caracolent
"Aïe ! Hue !" on croirait qu'ils sont saouls.

En tournoyant pour leurs dix sous
Les mômes appellent les filles.
"Aïe ! Hue !" on croirait qu'ils sont saouls,
Ils poussent des cris de gorilles.

Les mômes appellent les filles,
Les mots partent, inattendus,
Ils poussent des cris de gorilles
Afin d'être mieux entendus.

Les mots partent, inattendus.
Pas un d'eux qui ne rebondisse !
Afin d'être mieux entendus
Les mots vont narguer la police.
...

Mais il n'est jour qui ne s'achève,
Comme il est de règle, au bistro.
Dans le corps on n'a plus de sève
Alors qu'on n'en a jamais trop.

Comme il est de règle, au bistro !
Faut que le commerce profite
Et comme il n'en a jamais trop
On se rassemble et l'on s'invite.

Faut que le commerce profite !
Avant de se rendre au plumart
On se rassemble et l'on s'invite.
C'est la fête place Saint-Marc.

Un sachet de croustillons offert à celui/celle qui dégottera le nom de la figure de style consistant à reprendre les deuxième et quatrième vers d'un quatrain pour les placer en première et troisième places du suivant !


Illustration : La fête foraine de Jean Montemont - Gouache sur papier. 1946




jeudi 6 mai 2010

Sans titre

Un morceau de soleil
Vient me frapper la tempe
Et je tombe inconsciente
Dans une rêverie profonde
Qui finit lorsque l'ombre
D'un nuage me détruit.

vendredi 19 mars 2010

Double rencontre poétique

Il y a deux jours, nous vous annoncions une lecture publique organisée par l'association des "Puces gourmandes" le samedi 20 mars à 15h00.

La comédienne Claude Alexis proposera non seulement d'aller à la rencontre d'Andrée Chedid à travers ses poèmes mais ce sera aussi l'occasion d'une autre rencontre événement puisqu'elle sera accompagnée de la poétesse Françoise Coulmin en personne !



Françoise Coulmin a déjà publié plusieurs recueils : - Pour durer, Le Dé Bleu / les écrits des forges, France et Québec, 1993 - Entrer rebelle en ère de deuil, La Bartavelle, France, 1997 - Une pâleur d'acharnement, 21/3, l'éclaireur, France, 1998 - Mais de ce qui se perd, L'arbre à paroles, Belgique, 1998 - Tous les hommes sont des poètes, Le temps des cerises, France, 2002 - Le monde saigne devant toi, Le temps des cerises, 2005 - La rue, Poésie 2005 du Théâtre Molière/ Maison de la poésie

C'est une poésie engagée, lucide et sensible ouverte sur l'actualité du monde et nos civilisations. Le poème qui suit, extrait de Le monde saigne devant toi, en est un bel exemple :

FEMMES INDIENNES

Elles ne lèvent pas les yeux
pas encore
gracile jeunesse

mères fatiguées ou maturités lourdes
elles avancent absorbées silencieuses penchées
Et leur songe intérieur sait bien depuis toujours
que les temps du savoir
de la reconnaissance du partage et de la décision
v
iendront
pour les filles et leurs filles
Déjà elles s'organisent
avant d'apprendre à lire avec leurs sœurs des privilèges
superbes de couleurs et de charme
longs doigts de cire brune
paroles de longue conviction

Dire ce que elles seules ont voulu voir en face
douleur du lendemain
humiliation abandon domination soumission
vitalité la mort la patience
la force d'être
Elles se lèvent seulement
mais elles sont détermination volonté
programmes de tout un sourire
recueils vivants mémoire anticipée
femmes indiennes v
entres de tout progrès

Bombay, Paris, 1987