jeudi 5 juin 2008

Carnets d'Orient

Lors de la venue de Kris, auteur de l'excellente BD: " Les ensembles contraires" dont vous a parlé Stéphanie dans un précédent message du blog, j'ai lu "Le jour où" l'album anniversaire de France Info où plus de trente auteurs présentent vingt événements d'actualité qui ont marqué les vingt dernières années : la chute du mur de Berlin, la guerre en Irak, le siège de Sarajevo, les attentats du 11 septembre, la mort de lady Di, la canicule... J'y ai découvert Jacques Ferrandez qui traitait du siège de Sarajevo. Cela m'a donné envie de lire autre chose de lui et j'ai lu "Les carnets d'Orient".

Les 9 volumes :
Djemilah
L'année de feu
Les fils du Sud
Le centenaire
Le cimetière des princesses
La guerre fantôme
Rue de la Bombe
La fille du Djebel Amour
Dernière demeure

parlent de l'Algérie colonisée,de l'Algérie indépendante; ils parlent des algériens, des pieds-noirs, des français, de toutes ces femmes et de tous ces hommes qui en ont fait l'Histoire.
Et comme le dit Louis Gardel dans "Le cimetière des Princesses", dans ces bandes dessinées, Ferrandez ne nous transporte pas en Algérie d'autrefois. Il nous y plonge la tête d'un coup. Et c'est parfois difficile tellement cette Histoire est terrible mais l'histoire de tous les personnages que l'on y rencontre nous accapare et nous mène sur le chemin de la compréhension. Ces carnets sont fabuleux, puissants, captivants. Il est parfois très difficile de quitter des personnages, des univers, de refermer des livres comme ça a été le cas ici. Sauf peut-être en pensant que j'irai moi aussi un jour dans la casbah d'Alger ou dans le Djebel Amour pour tenter de trouver ou retrouver cette atmosphère si particulière que décrit si bien Jacques Ferrandez.

Voici quelques adresses de sites pour en savoir plus sur Jacques Ferrandez et ce qu'il a écrit :

http://www.actuabd.com/spip.php?article2074

http://www.citrouille.net/algerie/ferrandez.htm

http://www.bedetheque.com/auteur-877-BD-Ferrandez-Jacques.html

mercredi 4 juin 2008

Jonathan Swift

Si comme moi la littérature contemporaine vous lasse souvent, n'hésitez pas et prenez le temps de relire les pamphlets et les opuscules satiriques de Jonathan Swift (1667-1745). Ce n'est ni long, ni ennuyeux, toujours drôle et sarcastique :

Méditations sur un manche à balai... (1704)
Modeste proposition concernant les Enfants des classes pauvres (1729)

Instructions aux Domestiques (1731)

............

Extrait des Instructions aux domestiques :

INSTRUCTIONS POUR LA BONNE D'ENFANT

SI l'enfant que vous avez à garder est malade, gardez-vous de rien lui refuser de ce qu'il vous demandera à boire ou à manger, quand bien même le médecin l'aurait expressément défendu ; il est évident que ce que nous désirons pendant que nous sommes malades ne peut nous faire que du bien ; les médicaments ne peuvent que nuire à l'enfant, jetez les par les fenêtres : l'enfant vous en aimera davantage, mais recommandez-lui bien de n'en rien dire.

Faites-en de même pour votre maîtresse si elle désire quelque chose pendant qu'elle est malade, et persuadez-lui que cela lui fera du bien.

Si votre maîtresse vient à la chambre d'enfants et, trouvant quelqu'un d'eux en faute, veut lui donner le fouet, arrachez-lui l'instrument des mains, et dites-lui d'un air indigné, qu'elle est la plus cruelle des mères que vous ayez jamais vue. Elle vous grondera peut-être dans le moment, mais elle ne vous en aimera que mieux après.

Racontez aux enfants des histoires de revenants, d'esprits et de diables, pour les mettre à la raison quand ils se mettent à crier.

Ayez soin de faire sevrer les enfants le plus vite possible. Quand vous allez les conduire à la promenade, ayez soin de choisir les heures où vous pouvez vous rencontrer avec votre amant, et s'il importe que vous alliez avec lui faire quelque course où l'enfant vous serait une gêne désagréable, trouvez une amie qui s'en charge jusqu'à votre retour. Avec quelques bonbons et la menace de Croquemitaine vous pouvez vous assurer de sa discrétion.

Il n'est rien de plus mauvais pour les enfants que de les faire marcher à la lisière, leur corps se penche en avant dans cette pratique vicieuse, ils se déforment et courent le risque de s'estropier ; en outre, il est très désagréable de courir derrière eux, pliée en deux pour les soutenir et de se donner des courbatures. Toutes ces délicatesses sont contraires à la nature ; plus un enfant sera libre, plus il sera fort. Laissez-le donc courir et trotter à sa guise, et sans vous en inquiéter; s'il tombe et se blesse, cela ne peut que l'endurcir et le rendre encore plus solide.

Les enfants aiment les friandises, il faut donc que vous en emportiez pour les leur donner en route; ayez soin de choisir un genre de friandise qui soit au goût de votre amant. Ce sont là de petites attentions auxquelles les hommes se montrent très sensibles et qu'il ne faut pas négliger.

Choisissez autant que possible vos amoureux parmi les militaires ; les enfants aiment les couleurs brillantes des uniformes, et pendant que vous causez de vos amours, l'enfant peut jouer avec le sabre de votre amant ; on ne cite guère d'exemples d'enfants qui se soient blessés ou tués dans des jeux de cette nature, et si un accident de ce genre devait arriver, ce serait bien extraordinaire que ce fût à vous qu'il arrivât.

Soyez bonne et bienveillante pour les enfants et ne les battez que quand cela est absolument nécessaire, seulement battez-les fort alors, pour n'être pas obligée d'y revenir trop fréquemment.

Vous avez mille moyens de vous faire bien voir et de vous attirer les bonnes grâces des pâtissiers et des marchands de jouets d'enfants ; vous n'avez qu'à exciter les désirs de vos jeunes maîtres et maîtresses, et les engager à importuner leurs parents pour se faire donner des jouets chers et souvent renouvelés ; soyez assurée que le marchand s'en montrera reconnaissant.

  • A lire : Œuvres.- Paris : Gallimard, 1988.- XLI-1940 p. ; 18 cm.- (Bibliothèque de la Pleiade) [823.5 SWI]

mardi 3 juin 2008

Valse

[Image animée repérée ici]

Musique !!!




samedi 31 mai 2008

La petite marchande de bulles

Qu'as-tu donc dans ton panier, bibliothécaire chanceuse de pouvoir lire en avant première les bandes dessinées achetées par la médiathèque ?

Ce mois-ci on vous gâte !

Les funérailles de Luce de Benoit Springer. Editions Vents d'Ouest.

Un très bel album édité par Vents d'Ouest, en noir et blanc, qui raconte avec poésie et tendresse la découverte de la mort par Luce, petite fille adorée de son grand-père.
Evidemment, dis comme ça !
Pourtant il y a tout dans cet album : de l'amour, celui de Luce et de son grand-père ; celui du grand-père pour la belle veuve libérée du bout de la rue ; celui de tous les personnages pour la vie.
Une histoire simple, mise en image par Benoit Springer qui utilise un noir et blanc tout en subtilité. Des ombres, des cadrages, des dialogues qui amènent une forte émotion. On referme l'album et on hésite entre rire et larmes. Un bel hymne à la vie et à l'amour. Ca fait du bien, je vous assure !


Les ensembles contraires de Kris et Eric T. avec aux dessins Nicoby. Editions Futuropolis.

Une histoire "vraie", écrite à quatre mains par Kris et son ami Eric. Une histoire d'amitié, plus forte que tout. Une amitié née à l'adolescence, entre Brest et Perros-Guirrec ; entre deux jeunes mecs que rien ne devait rapprocher, et qui se sont trouvés, et plus jamais quittés.
Une histoire de ping-pong, de vacances d'été, de filles... et puis d'alcoolisme, de mort d'être cher, une histoire de mal de vivre et de franche rigolade.
Leur histoire, qui pourrait être la votre, ou la mienne ; ordinaire ou banale, oui. Mais avec leurs talents, leurs mots, leurs sensibilités de mecs à qui on la fait pas, et puis qui se laissent attraper par leurs émotions au moment où ils ne s'y attendaient pas. Moi non plus je ne m'y attendais pas, pas à ce point-là, pas les sanglots dans la gorge, pas les larmes dans les yeux. En écrivant maintenant encore, ce serrement dans la poitrine, cette sensation incroyable que seuls les grands auteurs peuvent provoquer... voilà tout est dit : Kris, Eric, vous êtes forts les mecs !

L'accablante apathie des dimanches à rosbif de Gilles Lahrer et Sebastien Vassant. Editions Futuropolis.

J'ai adoré !!!!
Et je suis d'accord avec Kris, il y a ceux qui l'ont lu. Et les autres !
Je vous renvoie à une lettre de Kris pour les deux auteurs de cette accablante apathie, publiée sur le blog de Futuropolis (archives du mois de février), au moment de la sortie de la bd... il dit ce que je voulais en dire, mais en mieux ! Comme ça je garde des forces pour les articles à venir !


(Il va sans dire que vous pouvez trouver ces bandes dessinées en rayon à la médiathèque... que nous pouvons en discuter, surtout si vous êtes d'accord avec moi ! et puis la prochaine fois j'innoverai en vous parlant de celles que je n'ai pas aimées... ça promet des discussions musclées avec certains d'entre vous !)

A bientôt à côté des bacs...

vendredi 30 mai 2008

Le Tibet sans peine ; sans rire !

Pierre Jourde, anti-héros sur le toit du monde.


Imaginez l'Himalaya... la découverte des plus hauts sommets, l'effort physique, le dépassement de soi, le contentement, presque l'arrogance, des héros qui l'ont gravi...
Imaginez tout cela, et vous serez bien loin du livre Le Tibet sans peine de Pierre Jourde !
Clown, acrobate en manque d'équilibre à 5000 mètres, l'auteur de ce petit livre, se refuse la posture de héros, et en refuse la suffisance...
Avec son ami et compagnon de voyage, Thierry, (il faut toujours avoir un Thierry avec soi ; Nicolas Bouvier avait le sien pendant son Usage du monde !) ils partent à l'aventure comme on part poster une lettre...

Voilà comme il présente leur équipée :
"Dans le duo comique, je tiens le rôle de la tête folle, spécialisé dans l'oubli, la négligence vestimentaire, le cassage de gueule impromptu (avec figures acrobatiques et rétablissements clownesques). Une équipe idéalement constituée pour les exploits burlesques.
En fait, j'en prends conscience en ce moment même, nous sommes partis au Tibet à peu près dans l'équipement et l'état d'esprit de deux pochards sortant du bar le soir et s'aventurant dans une rue froide. Je rajuste autour de mon cou mon foulard rouge en synthétique, trente centimètres sur vingt, assez peu épais pour être transparent. Il ferait assez bel effet un jour de manif printanière à la Bastille." (p.20-21)

L'auteur, tout blagueur qu'il est, n'en décrit pas moins des paysages étourdissants, des rencontres merveilleuses, tant avec les habitants que leur culture (ainsi une note sur les panneaux signalétiques en montagne : "Les panneaux routiers ne reculent pas devant l'humour noir, en hindi et en anglais : Mieux vaut tard que jamais, ou Ralentissez : il reste des places au ciel.")
Sur l'Himalaya : "Je n'ai pas pu m'en empêcher. J'ai bramé comme un veau devant l'excès de la beauté. Elle n'était pas devant nous. Elle se jetait sur nous, nous enveloppait, tourbillonnait autour de nous. Nous étions roulés dans le sublime comme dans une vague, pris et soulevés par lui. (...) Aucun paysage depuis ne m'a autant bouleversé. J'ai eu l'impression de saisir, dans les formes du monde, quelque chose qui n'était plus tout à fait du monde. Ce bouleversement nous a décidés : nous reviendrions."

Et il s'agît surtout d'une formidable histoire d'amitié, de chaleur humaine, de rencontre avec les autres. (Parfois de séparation d'avec les autres, les quelques pages consacrées aux femmes aimées emportées dans ses bagages sont assez éloquentes !)
Et puis il est question aussi de désagréments intestinaux, d'araignées gigantesques et quelque fois de barres chocolatées...

Bref un petit précis du voyageur, à emporter partout avec soi, au fond de son sac, à coté de l'Usage du monde... comme il fait à peine une centaine de pages, il ne vous surchargera pas beaucoup ! et il vous promet de nombreux éclats de rire... Je rêve de voyager, où bon lui semblera, avec Pierre Jourde.

jeudi 29 mai 2008

Quel sage homme !

Répertoire alphabétique de 16 700 auteurs : 70.000 romans et pièces de théâtre côtés au point de vue moral / G[eorges] Sagehomme, s. j.- 10e édition entièrement refondue par le chanoine A[médée] Donot.- [Paris, Tournai] : Casterman, 1966.- 729 p. ; 19 cm.

NIHIL OBSTAT V. DESCAMPS can. libr. cens., IMPRIMATUR J. THOMAS, vic. gen. Tornaci, die 18 februarii 1966. [Bm Lx : ns 3936]

AVANT-PROPOS

Le Répertoire « Sagehomme » n'a pas besoin de présentation Ses neuf éditions successives ont porté le nom de son auteur aux quatre coins du monde. Rappelons, en hommage à sa mémoire, que le P. Georges Sagehomme était né à Tournai en 1862. Entré dans la Compagnie de Jésus, il passa une grande partie de sa carrière au collège Saint-Michel de Bruxelles où il est mort le 14 octobre 1937. Il est l'auteur d'une bonne dizaine d'ouvrages pour la jeunesse, dont le plus connu, Le Roman d'un missionnaire, fut traduit en six langues.

Son expérience l'avait rendu conscient de l'importance morale des lectures. Il voulut mettre à la portée du grand public la documentation qu'il avait recueillie principalement dans la Revue (française) des lectures, fondée en 1908 par l'abbé Bethleem, - auteur déjà, depuis 1904, de l'ouvrage Romans à lire et à proscrire, qui devait connaître onze éditions (la onzième en 1932) et le 14oe mille, - et dans la Revue (belge) des auteurs et des livres.

La première édition de son travail portait le titre : Répertoire de 22.ooo romans et pièces de théâtre appréciés par sigles (in-32 de 668 p., publié en 1926 aux Éditions « Verbe et Lumière » à Bruxelles). Les ouvrages y figuraient par ordre alphabétique de titres.

L'abbé Bethleem, orfèvre en la matière, présentait ainsi le volume « Un guide, mais qui ne fait pas de phrases. Si vous lui demandez qui peut lire tel ou tel livre, il répond par un sigle. Et vous savez à quoi vous en tenir. Car le guide est clair. Il est compétent, il est probe. Il complètera certains gros ouvrages ou même il en tiendra lieu pour les lecteurs pressés, pour les prêtres obligés d'improviser une décision, pour les confesseurs, etc. Même pour les bibliothécaires, il servira de mémento. A tous ceux qui lisent, et qui en lisant ne veulent pas se perdre, dans toutes les acceptions de ce mot, ce guide rendra d'inappréciables services. » (Revue des Lectures, 15mai 1926, p. 552.)

Une deuxième édition, de format agrandi et grossie de 5.000 titres, paraissait en 1929. L'édition de 1931 adoptait, en passant chez Casterman, le classement, plus commode et plus scientifique, par auteurs, et portait le titre de Répertoire alphabétique de 7.000 auteurs avec indication de la valeur morale de leurs 32.000 ouvrages.

Les éditions suivantes voyaient successivement les chiffres monter à 9.000 auteurs et 39.000 ouvrages (1937), 15.000 auteurs et50.000 ouvrages (1948), celle-ci complétée par le P. Dupuis, s .j., alors directeur de la Revue des Auteurs et des Livres. La dernière en date (1955) - arrêtée en réalité au mois de novembre 1952 - accusait 16.500 auteurs et 57.000 ouvrages.

C'est un retard d'une douzaine d'années qu'il fallait combler. La charge en fut confiée à un Français, M. le chanoine Donot, du diocèse de Langres, qualifié pour cette besogne par un long enseignement au Petit Séminaire, par sa collaboration à la Revue des lectures (1928-1939) au service de laquelle il passait, à Paris même, toutes ses vacances. Il eut le triste devoir de fermer la porte de ses locaux, au 77 de la rue de Vaugirard, à la déclaration de guerre, et, après la mort de son directeur à Perros-Guirec (août 1940), d'en sauvegarder les précieuses archives, avec l'aide de la F.N.C. et spécialement du regretté colonel Navel.

Au lendemain de l'occupation, M. le chanoine Donot répondit à l'appel de l'Action Catholique du livre qui l'invitait, pour éviter concurrence et dispersion des forces, à « fusionner » la Revue des lectures avec son propre organe Liber, né pendant la guerre. Ainsi vit le jour, héritière des deux titres, la revue bibliographique Livres et Lectures (184, avenue de Verdun, à Issy-les Moulineaux). Il y continue une collaboration suivie. Il en a rédigé la première Table décennale, 1947-1957.

Il appartient aujourd'hui à la rédaction de l'Ami du Clergé (B.P. 4 à Langres, Haute-Marne) où il assume, parmi d'autres, les tâches bibliographiques.

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Nova et vetera... La nouvelle édition reste fidèle au but visé par ses premiers rédacteurs : mettre à la portée du grand public et plus spécialement de tous ceux qui portent une responsabilité dans le choix des lectures : parents, éducateurs, professeurs, bibliothécaires, libraires, un guide rapide et sûr qui les renseigne sur la valeur morale des oeuvres d'imagination : romans et pièces de théâtre.

Faut-il justifier cette prétention ?

Voici d'abord le témoignage de Georges Duhamel, de l'Académie française : « Il faut éviter de juger un ouvrage, quel qu'il soit, sous un jour qui serait celui de la littérature pure... C'est en fonction de la vie qu'il nous faut juger les livres auxquels nous donnons notre attention. » (1)

Rendant compte d'un « livre de talent », le P. de Parvillez n'hésite pas à écrire dans Livres et Lectures (2) :

« Un lecteur chrétien sera partagé entre deux sentiments très vifs : admiration pour des qualités de premier ordre, réprobation pour une conduite dégoûtante. C'est très gênant. Et si cela ne risque guère de fausser la conscience d'un lecteur chevronné et expérimenté, capable de faire les distinctions nécessaires, on sait trop combien une jeunesse ardente se laisse aller à aimer et copier ses personnages favoris, y compris leurs pires défauts. Lesquels sont ce qu'il y a de plus tentant et de plus facile à imiter.

» Voilà pourquoi un livre de talent, à cause même de ce talent qui prête (aux personnages) une vie intense et un attrait violent, risque d'être un poison pour toute une catégorie de lecteurs. »

La surveillance morale des lectures est plus qu'un droit : c'est un devoir.

LA COTATION PAR SIGLES

Elle se justifie elle-même par la nécessité de renseigner rapidement sur un très grand nombre de volumes. On notera cependant quelques différences avec les éditions précédentes. Du tableau explicatif, ont disparu les sigles E et A qui désignaient les ouvrages destinés aux enfants et aux adolescents (3).

Il a fallu d'autre part, sous peine de gonfler démesurément le volume, renoncer à l'introduction, tentée timidement dans la précédente édition, d'ouvrages autres que romanesques. Quelques-uns seulement ont été maintenus, soit parce qu'ils se rattachaient (de prés ou de loin) au genre romanesque, - par exemple certains essais et ouvrages d'histoire, de géographie, de voyages, - ou pour des raisons diverses d'opportunité qu'il est impossible de justifier ici.

Pour la même raison, nous avons dû supprimer nombre d'ouvrages antérieurs à 1930, non réédités, et qu'on ne trouve plus dans aucune bibliothèque, et réduire, un peu à regret d'ailleurs, l'énoncé intégral des œuvres d'auteurs défunts. Chaque fois que la chose était possible, nous avons caractérisé l'ensemble de leur œuvre par un sigle unique et la mention Toute l'œuvre, quitte à énumérer, à la suite, les ouvrages qui, par exception, relèvent d'un autre sigle (4).

Une nouveauté : la présence d'un astérisque à côté du sigle. Celui-ci, dont on a usé trop discrètement peut-être, désigne soit un ouvrage d'une plus grande valeur littéraire, soit le plus caractéristique de la manière de son auteur - dans les deux cas celui qu'il conviendrait de mentionner dans un manuel classique de littérature.

Nouveauté également, et non moins discrète : la mention Romans pornographiques. Elle désigne un ensemble d'œuvres dont le seul titre offense la pudeur la plus élémentaire, ou des publications licencieuses qui ont fait l'objet d'une décision judiciaire en vertu de la loi française no 49-956 du 16 juillet 1949.

Le sigle I a été ajouté pour désigner les livres mis nommément à l'Index et qui y restent jusqu'à nouvel ordre.

B ? a été remplacé par B'.

Une révision attentive a permis d'éliminer un certain nombre de fautes répétées dans les diverses éditions (5). L'attention très éveillée des correcteurs des Éditions Casterman a permis de supprimer un certain nombre de « doublets », dans les noms d'auteurs, étrangers notamment. La faute était moins imputable aux rédacteurs qu'aux sources par eux mises à contributions (6).

Tous les ouvrages ici mentionnés ont été écrits ou traduits en français. Pays ou langue d'origine figurent entre parenthèses. Les chiffres indiquent les dates (connues) de naissance et de décès des écrivains. Les lettres Th désignent les pièces de théâtre. Les pseudonymes ont été eux-mêmes sérieusement contrôlés (7).

SOURCES D'INFORMATION

Comment, diront certains lecteurs, a-t-on pu lire tant d'ouvrages, les apprécier et porter sur eux un jugement moral ? Vingt vies ne suffiraient point à les parcourir !

C'est vrai. Aussi a-t-il fallu puiser ces renseignements aux meilleures sources, c'est-à-dire dans les comptes rendus critiques des revues bibliographiques. La présente édition a recueilli sa documentation dans Livres et Lectures, les Notes bibliographiques (de l'A.C.G.F.), le Bulletin critique du livre français, Les Livres (Bulletin bibliographique de l'Institut pédagogique national), la Revue des Cercles d'Études d'Angers, Le Bulletin du Livre, Livres de France, Sélection des libraires, etc., dans maintes revues : La Revue Nouvelle (belge), Lectures (canadienne), Table Ronde, Nouvelle revue française, etc., dans les hebdomadaires littéraires : Figaro littéraire, Nouvelles littéraires, etc., et dans de nombreux manuels ou traités de littérature contemporaine...

Sans doute a-t-il fallu juger en dernier ressort. Le dernier rédacteur du « Sagehomme » a pu se tromper. Il peut, dans tous les cas, témoigner de sa bonne foi et présenter ses références. Il est prêt à réparer d'éventuelles erreurs.

EXPLICATION DES SIGLES

TB Tous lecteurs.
B Adultes, et généralement à partir de 18 ans.
B' Exigent formation morale, intellectuelle et religieuse suffisante.
D Appellent de sérieuses réserves.
M Œuvres nocives (8) à rejeter.
I Index.


NOTES :
(1) Cité par Livres et Lectures, n°1o8, février 1957, p. 74
(2) No 122, mai 1958, p. 284.
(3) Enfants et adolescents ont à leur service d'excellents répertoires : les sélections : « Lectures des jeunes » (2 fasc. : 600 ouvrages pour les 4-14 ans ; 500 ouvrages pour les 14-18 ans), en vente au Centre d'Etudes Pédagogiques, 15, rue Louis-David, Paris (16e) et à Livres et Lectures, 184, avenue de Verdun, Issy-les-Moulineaux (Seine). Nos jeunes lisent, par Louis Empain et Marcel Jadin, régulièrement tenus à jour, aux Editions du Soleil Levant, 33, rue Émile Cavelier, Namur (9e édition en 1964). La Bibliothèque idéale des jeunes, par Franz Weyergans. aux Editions Universitaires, 115, rue du Cherche-Midi, Paris (6e) et 163, rue du Trône, Bruxelles. Je choisis mes collections, par R. du Mesnil, aux Editions Odilis, 27, rue de la Pompe, Paris (16e). Je choisis (Coll. de poche), « Servir », 106, rue du Bac, Paris (7e)
4- On nous a fait observer que dans le cas des M, ce sera faire de la publicité à des œuvres blamables aux dépens d'œuvres plus saines. Reprocherait-on au pharmacien de coller des étiquettes vertes ou rouges sur les produits dangereux et les poisons de son officine ?
(5) Il suffit d'une distraction de copiste ou de typographe, explicable et au demeurant fort excusable. Un seul exemple : Le Drame de Marchenoir (forêt proche de Blois), paru en 1889, est devenu (signe des temps!) : Le Drame... du marché noir.
(6) Nous pouvons affirmer, sans crainte de démenti, qu'aucun répertoire bibliographique - même le plus officiel - ne peut se flatter d'être impeccable. Six fiches au moins de la Bibliothèque Nationale ont été prises en défaut. L'homonymie est souvent cause de confusion. Le libellé des noms d'auteurs et des titres d'ouvrages laisse souvent à désirer dans les comptes rendus de maints périodiques.
(7) Et ce n'est point une mince besogne. Un seul exemple : Voulez-vous connaître la véritable identité de l'auteur dramatique bien connu Henri Duvernois ? La très savante Bibliographie des Auteurs modernes, de Talvart et Place (tome V, p. 146) vous répond : « Schabacher », Le Grand Laromre encyclopédique : « Schwabacher » et le récent Dictionnaire des pseudonymes, d'Henry Coston (p. 92) : « Schwalbacher » !!!
(8) Mlle G. Grandamy, responsable des Notes bibliographiques, s'exprime ainsi sur la question (mai 1963, p. 437) : « Nous sommes bien d'accord que les romans foncièrement nocifs c'est-à-dire susceptibles de faire du mal à ceux qui les lisent, même s'ils se croient protégés par leur culture, leur formation morale et religieuse et leur expérience de la vie, doivent être exclus de nos Bibliothèques. Nous les classons « à déconseiller », quelle que soit leur valeur littéraire.
» Entrent dans cette catégorie : - les romans contenant des passages érotiques ou obscènes... ; ceux qui prônent l'immoralité, ou qui plongent le lecteur dans une atmosphère totalement amorale, morbide ou désespérée; ceux-là peuvent ne rien contenir d'érotique ou de grossier : leur nocivité est « en profondeur». C'est le cas, par exemple, de Bonjour tristesse, de F. Sagan ; ceux qui attaquent nettement le christianisme. Exemple : L'Œuf de Wyasma, de L. de Villefosse. »

mercredi 28 mai 2008

Recherche princesse

Le château de La Pommeraye près de Saint-Pierre-du-Val (Eure)

Un des panneaux de mise en garde aux abords du parc


Apparitions du 26 mai 2008