mardi 26 octobre 2010

Un roman à la médiathèque : Les Autres d'Alice Ferney

A l’occasion de la rentrée littéraire 2006, Alice Ferney sortait Les Autres, un roman psychologique plutôt bon à condition de s’en tenir aux deux premiers chapitres.

C’est le nom de l’auteure qui m’a attiré. Alice Ferney. Une élégance dans le nom. Une noblesse sans la particule. Les rayons de la médiathèque compte six de ses livres. J'ai choisi Les Autres.

Dans ce roman, l’auteur fixe comme cadre une soirée entre amis. Théo fête ses 20 ans. Son frère Niels a décidé de lui offrir en cadeau un jeu de société, Personnages et caractères. Hôtes et invités s’entendent pour y jouer. Au programme, des questions sur soi, sur les autres. Une sorte de jeu de la vérité dont on sent qu’il peut rapidement tourner au vinaigre. Qui, autour de la table, aime le plus l’argent ? Qui est capable de tuer ? Qui, au cours du jeu, risque de tout arrêter si une réponse ne lui plaît pas ? La vie de quelle personne ici présente ne voudriez-vous pas mener ? Autant de questions qui risquent de réveiller les susceptibilités ou d’ouvrir la porte aux règlements de compte.

Les Autres est surtout un prétexte pour réfléchir à des sujets existentiels : Comment me définirais-je ? Comment les autres me perçoivent ? Leur avis est-il plus pertinent que le mien ? A-t-on le droit de dire à nos amis tout ce que nous pensons d’eux ?

Le livre s’organise en trois chapitres, chacun correspondant à un angle de vue de la soirée : Choses pensées, Choses dites et Choses rapportées. Dans Choses pensées, se succèdent les pensées inexprimées des différents protagonistes. On est dans leur tête. C’est la partie où le style de l’auteure fait merveille. Elle sait si bien ciseler les mots, imager les sentiments et rythmer ses phrases. Ainsi quand elle raconte les pensées de Moussia, la mère de Théo, qui se glisse dans son lit auprès d’un mari qui ne l’aime plus. « Moussia regardait son époux, allongée à côté de lui sans oser le toucher, se sentant une gisante dans le lit conjugal, une vestale intouchée et vieillie, et ressentant le trajet de chaque larme qui traversait sa tempe, le bord de son oreille, la masse de ses cheveux pour aller mouiller le tissu de l’oreiller ».

Autre exemple de ce beau style, quand l’auteur décrit les craintes d’Estelle, jeune femme qui s’apprête à entrer dans la vie adulte en compagnie de l’homme qu’elle aime. Sa lucidité la rend incapable de goûter le présent. « Est-ce que j’aime vraiment la vie ? Je ne m’accoutume pas à la perte, partout aux aguets, ou déjà au travail, gribouillant le bonheur. Maintenant je reçois les cadeaux dus à mon âge : aimer un homme, travailler, entreprendre, enfanter, élever des enfants. Plus tard, je rendrais les enchantements : les regarder s’éloigner, se tenir les uns à côté des autres et souvent être déçue que rien ne soit vraiment dit, voir fondre dans ses mains tous les pouvoirs qu’on avait… Pourquoi ne puis-je m’empêcher de penser aux ombres tapies dans l’avenir, aux orages lointains, aux marées basses de toutes mes amours ? Il faudrait vivre un instant après un autre, comme ils viennent, mais j’ai la perspective entière sous les yeux ».

Dans le deuxième chapitre, Choses dites, sont reproduits les dialogues de la soirée. Cette partie éclaire la précédente. Le mode dialogué (comme au théâtre) donne un rythme plus rapide. Toutefois, j’ai ressenti parfois dans les dialogues un manque de crédibilité. Les acteurs témoignent d’une maturité plutôt exceptionnelle pour des jeunes de 20 ans environ. A l’opposé, leurs réactions frisent parfois la caricature. Bien que le jeu déplaise à la plupart, et en dépit des horreurs prononcées, des emportements et des violences, on s’étonne de voir tous les protagonistes rester à jouer au terrible jeu, puis, au terme de la soirée, continuer à se parler de manière apaisée comme si rien n’avait été dit.

Enfin dans Choses rapportées, une personne extérieure narre le fil de la soirée. Au total, trois chapitres et autant de façons de raconter le même moment. Mais peut-être une façon de trop. En effet, j’ai renoncé à lire entièrement ce troisième chapitre qui apparaissait à mes yeux comme une couche superflue dans la narration de l’histoire.

Mais l’essentiel est là : le roman ouvre une réflexion sur nos relations avec autrui et met en lumière la difficulté d’établir des relations saines, même avec ses amis.

1 commentaire:

anne claire a dit…

J'ai lu ce livre en 2008 moi, attiré pour la meme raison que toi par le nom classe de l'auteur.
j'avoue que ça m'avait remis en question plus d'une fois.
en me promenant dans une boutique à Rennes, j'ai trouvé le jeu "caractères" dont il est question dans le livre... ça m'a fait drole, j'ai pas oser l'acheter!