samedi 28 avril 2012

telier d'écriture du 28 avril 2012 avec Eugène Durif

blog
Atelier d'écriture mené par Eugène Durif. Public de 23 à 88 ans. Seule, l' initiale du prénom des  auteurs signe les textes.


Texte 1
Référence : Pérec « Pensées classées »
Inventaire avec quelques objets qui ont pour nous une importance
Comment classer, penser, ordonner structurer ce qui nous traverse pour écrire ?
Pour la première proposition d’écriture, faire un inventaire des objets importants qu’on sort d’une valise. Nommer l’objet et dire ce qu’il représente pour nous, dire pourquoi l’avoir gardé. La valise contient des objets accumulés depuis l’enfance.
A la suite de ce premier exercice, quelques commentaires d’Eugène Durif.
Les objets s’appellent les uns les autres.
Chacun a sa part d’intimité.
Si dans l’écriture, un évènement important est nommé, le décrire. Travailler le mentir vrai.
Deux ou trois objets font naître des associations, se laisser porter.
Texte 2
Continuer avec un de ces objets : écrire une petite nouvelle autour de l'objet.
à la manière de  Richard Brautigan "Tokyo Montana express"
"Fantômes
Parfois, juste avant de m’endormir, je pense à elle; d’elle pourtant tout ce dont j’arrive à me souvenir c’est qu’elle avait un chien.
Nous nous étions rencontrés dans un bar. Nous avons fait un brin de causette. Nous avons bu quelques verres. Et puis nous sommes allés chez elle. Il y avait un vélo dans la pièce de devant. Et je me suis quasi cassé le nez dessus. Elle l’avait mis juste derrière la porte.
Et nous avons fait l’amour.
Et elle, elle avait un chien. ”
ou de Brady Udall « Lâchons les chiens » 10/18
"LA PERRUQUE
...Ce matin, mon fils de huit ans a trouvé une perruque dans une poubelle. Je suis entré dans la cuisine, passablement irrité parce que je n'arrivais pas à faire un nœud correct à ma cravate verte à motif cachemire. Attablé devant un bol de céréales, il lisait une bande dessinée, la perruque enfoncée sur la tête comme un casque de joueur de football. Elle formait une tignasse de cheveux blonds bouclés, le genre que portent les prostituées ou quelqu'un qui veut imiter Marilyn Monroe.
Je lui ai demandé où il l'avait pêchée et il m'a répondu, la bouche pleine de céréales. Je lui ai fait remarquer qu'il n'était pas recommandé de porter des choses qui avaient traîné dans une poubelle. Il a continué à manger et à lire comme s'il ne m'avait pas entendu.
Je voulais qu'il l'enlève, mais je ne pouvais pas me résoudre à le lui demander. J'ai oublié mon histoire de cravate et qu'il était l'heure de partir pour mon travail. Je me suis tourné vers la fenêtre. Le brouillard tombait lentement sur la rue. J'ai fait les cent pas dans le séjour, m'efforçant de ne pas regarder mon fils. Il faisait comme si je n'étais pas là. Je l'entendais mastiquer ses céréales et feuilleter les pages.
Il y a une image, ou un souvenir, réel ou imaginaire, que je n'arrive pas à me sortir de la tête: au printemps dernier, avant l'accident, ma femme est assise sur la chaise que mon fils occupe maintenant tout le temps. Elle consulte le journal pour voir si l'équipe des Black hawks a gagné hier soir, et ses cheveux encore ébouriffés, car elle vient à peine de se réveiller, sont seulement un peu plus longs et un peu plus foncés que ceux de la perruque.
Je me suis demandé s'il avait la même image à l'esprit ou bien s'il n'en avait aucune. Il a fini par lever les yeux vers moi, mais son visage n'exprimait rien. Il a repris sa lecture. J'ai contourné la table, je l'ai pris dans mes bras et l'ai serré contre moi. J'ai enfoui mon nez dans la perruque. Elle ne Sentait pas le propre et le shampooing comme j'aurais pu l'espérer, mais plutôt la laitue défraîchie. Je suppose que c'était sans importance. Mon fils a glissé ses bras lisses autour de mon cou et, l'espace de quelques secondes peut-être, nous avons été de nouveau tous les trois réunis."
Texte 3
Exercice ludique. Ecrire une petite fable absurde à la manière de Daniil Harms écrivain russe Écrits, éditions Christian Bourgeois, traduction Jean-Philippe Jaccard.
« Un homme roux
Il était une fois un homme roux, qui n'avait d'yeux ni d'oreilles. Il n'avait pas non plus de cheveux et c'est par convention qu'on le disait roux.
Il ne pouvait parler car il n'avait pas de bouche. Il n'avait pas de nez non plus.
Il n'avait même ni bras ni jambes. Il n'avait pas de ventre non plus, pas de dos non plus, ni de colonne, il n'avait pas d'entrailles non plus. Il n'avait rien du tout ! De sorte qu'on se demande de qui on parle.

Il est donc préférable de ne rien ajouter à son sujet. »

Bibliographie
« Je me souviens » de Georges Perec, même si les souvenirs de Perec ne raisonnent pas pour les jeunes d’aujourd’hui.
« Notes de chevet » de Sei Shônagon (Xème siècle)
Pierre Michon « Vies minuscules »
Henri Michaux autour d’un panaris. A partir d’un élément minuscule, un monde se construit.
Gilles Deleuze et ses blocs d'enfance "Kafka, pour une littérature mineure"
Eugène Durif « La litanie des médicaments » à l'intérieur d'une pièce "via Negativa" (chez Acte Sud)
André Breton « Anthologie de l’humour noir »


Bric-à-brac, valise fourre-tout
Déjà le désordre ! Pourquoi donc, comment donc ai-je cultivé cet art du désordre permanent ?
Fouiller, extirper, retrouver... dans le désordre, l'émergence des souvenirs :
la trousse
trousse rouge
trousse d'écolière
décousue par endroits, recousue ici ou là.
Les stylos, les crayons, la gomme, en vrac, trousse fourre-tout.
Elle contient le fourre-tout de l'école première, continue, une vie d'école, mais aussi de chemins buissonniers : la coupelle d'un gland, un marron bien ciré, souvenirs de rentrée automnale...
Il demande :
« T'as un taille-crayon ?
Je ne réponds pas, je fouille dans la trousse. J'extirpe le petit taille crayon en métal gris, basique.
Entre ses gros doigts, il disparaît. Surgit lentement une boucle fine de bois, dentelée, ourlée de couleur.
Je guette l'instant où elle va se couper, mais elle s'enroule, comme si elle voulait reformer le crayon de l'autre côté de la lame. Enfin elle cède. Je la cueille au vol.
Il me regarde, l'air surpris.
Sourire gêné – de part et d'autre.
Je pose délicatement le copeau sur ma feuille blanche vierge.
Il saisit un autre crayon, le taille au-dessus de ma feuille
- une autre couleur, un autre copeau.
Il recommence, les copeaux se succèdent, ils se déposent, légers pétales, papillons immobiles. La feuille s'anime, prend vie. Cela cesse, une mine coincée – avatar classique... Il pose le taille-crayon, esquisse un geste d'impuissance, rassemble ses outils bien taillés et retourne à son bloc.
Du bout de l'ongle, je décoince la mine. Je taille mon crayon lentement... obtenir le copeau le plus long possible...
Enfin je pose la mine sur la feuille ; elle trace, presque seule ce que ma main ne trouvait pas. Le dessin s'organise, léger, aérien, entre les délicats pétales de bois.
Ce sera éphémère,
je soufflerai pour qu'ils s'envolent au-dessus de mon dessin
… une fois, une seule...
Petite fable absurde
Elle était rouge et ronde,
avec le temps et les mauvais traitements, elle avait perdu le cœur, elle était devenue luisante et un peu ferme
nul ne se souvient comment elle avait émergé, mais, conversation, radio, on ne parlait que d'elle : certains commençaient à la rejeter, d'autres la plaçaient fièrement au sommet de leurs préoccupations : c'était la fameuse
« cerise sur le gâteau »
A
Une bouteille « Porte bonheur »
Un fer à repasser ancien
La Machine à coudre Singer miniature
Deux bracelets de naissance
Des dents de lait
Les poupées attrape-rêves
Un vieux dictionnaire Larousse pour enfants
Des bouts de rideau, de dentelles
Lettres, cartes postales, photos
Un éphéméride en bois transmis par plusieurs générations
Un vase chinois, le reste d’un service à thé, des verres anciens…
Dans mon garage, dans un carton étiqueté : des verres dépareillés. Ils viennent du café que tenait ma grand-mère maternelle, Louise. «  Mme Veuve  Fretel »est encore gravé dans le verre de la vitre du café qui, depuis a été transformé en épicerie EPI. Dans ces verres ont bu les habitants du village des Ricard,…dont je finissais les verres quand j’étais petite, en vacances.
2-
Satuday
28
April
D’où vient donc cet éphéméride en bois que j’ai toujours vu trôner ? Toujours ? Sur un buffet sombre, derrière, dans un bureau peu éclairé, où l’on ne rentre pas, interdit, à part. Bureau du grand-père sévère, travailleur, exigeant, redouté.
Des années et des années passent, inconscientes, insouciantes. La maison vendue, le buffet plus qu’ancien amoureusement, délicatement transféré dans une autre maison, à un autre usage, éclairé par les grandes baies, magnifique, ciré, caressé, respectable ancêtre.
L’éphéméride ? Disparu, non peut-être qu’il a suivi ma grand-mère, dans sa maison de retraite, pendant une vingtaine d’années, peut-être.
Et puis mon père l’a ramené, dans son bureau, face à sa table ovale, sur l’étagère, devant les rangées de livres. Il a égrené les jours et les jours, les 30.000 jours et d’autres encore. Combien de fois mon père a-t’il levé les yeux sur lui, sans le voir, en écrivant, méditant, cherchant les mots qui noirciront sa feuille blanche. Noirs les mots ? Non, lumineux.
Et aujourd’hui, mon père est parti ? L’éphéméride en bois trône sur une étagère d’une autre bibliothèque qui l’abrite comme une niche fait un nid à une statue, à une idole.
Saturday-28-April. Oui, mais c’est vrai ! J’ai des ancêtres anglais sur mon arbre généalogique, les énigmatiques Sutton. Il est temps de partir à leur recherche, à la source des ascendants et des objets qui ne sont pas oubliés, et qui nous restent à transmettre encore et encore.
Satuday-28-April.
Elle voulait écrire
Non, elle écrivait
Puis déchirait
Elle aurait voulu brûler
Mais déchirer est plus facile.
Elle avait ça dans la peau
Ça  voulait pas se déchirer
Ça ressortait inévitablement
Elle aurait voulu incinérer
Ce désir plus fort qu’elle
Mais oublier est plus facile.
Heureusement le papier disparut
Et l’encre aussi.
Sur l’ordinateur c’est bien connu
Tout se partage, tout disparaît
Alors elle blogua
Son ordi bugga.
Elle mourut. Une nouvelle vie commença alors ;  libérée de toute mémoire.
Plus besoin d’écrire quand on n’a rien à dire.
C
Inventaire

Un voile de mariée une croix de baptême-une paire de chaussures en bois dont les talons claquent un masque de carnaval : une frimousse de chat avec ses moustaches une layette avec une parure de draps immaculés et bien repassés des cahiers d’école-un vieux sac à dos.
Mohamed tu m’énerves. Pourquoi tu ne déballes pas tes valises et ta malle qui encombrent l’appartement et la cave. Est ce que comme Linda tu vas trimballer toute ta vie ta valise en carton? Tu l’as déplacée régulièrement, surtout dans ta tête, pleine de ton Algérie qu’on ne te rendra jamais. Algérie du temps béni des colonies qui emplit ton cœur de rancœur, vivant dans le passé de tes années d’enfance et d’insouciance. Tes années d’errance ont coupé douloureusement tes racines que tu n’as jamais pu accrocher ailleurs.
Mohamed, range ta vie et tes valises, j’ai horreur du désordre !
Le petit écureuil brun ne voulait pas manger ses noisettes. Le docteur vétérinaire dit : on va l’hospitaliser. Dans le service des anorexies mentales, il se débattait. JE veux manger des noisettes, mais celles qui sont trouées, juste avec du vide dedans. Le docteur dit : il n’est pas guéri.
AM
Comment j’ai dilapidé mon héritage
Ma grand tante était mère supérieure dans un couvent qui servait de maison de retraite. Sans connaître les détails de legs et de transactions qui me semblaient un peu fumeuses vu les vœux de pauvreté des religieuses, elle héritait régulièrement de ses pensionnaires de dizaines de services en argent. Un vrai trésor de guerre ! Ce qu’elle en faisait habituellement et comment elle les extorquait aux familles endeuillées, je ne veux même pas le savoir. Un jour, j’avais 18-19 ans, elle décida de me faire un cadeau- je suppose que, de cette manière, elle m’incitait à commencer un trousseau pour mon entrée dans une vie d’épouse et de mère bien rangée dont elle soupçonnait que ce n’était pas vraiment ma tasse de thé.
Elle déploya devant moi, sur une grande table ronde, des dizaines de séries de petites cuillères en argent. Certaines étaient très ouvragées, avec des entrelacs, des chiffres, des fleurs en relief. D’autres plus simples avaient des manches très fins, plusieurs services étaient assez usés, et l’argent laissait voir par endroit des plaques d’un métal moins riche. Quel service choisir ? Incapable de me décider, je pris une cuillère de chaque service, au grand désespoir de tout mon entourage qui voyait ainsi douze services d’argenterie perdre toute valeur !
Ces 12 petites cuillères, qu’en reste-t-il après toutes ces années ? Il en reste deux dans le tiroir de la cuisine, complètement oxydées. Je hurle dès qu’un des enfants veut en prendre une pour manger son yaourt : Arrête ! Tu vas t’empoisonner !
J’en ai retrouvé une l’autre jour dans le jardin, à moitié enterrée. C’est vrai que, étant assez pauvre en outil de jardinage, je m’en étais servie pour repiquer des plants de tomates l’année dernière (attaque de mildiou assez rapide après repiquage). J’en ai écrasé une à coups de marteau il y a une dizaine d’année pour essayer d’en faire un bracelet (échec total). Les autres ? Mangées par le lave-vaisselle, jetées avec les épluchures, bouffées par le temps qui passe. Que vais-je pouvoir léguer à mes descendants ?
-         Rien
-         Quoi, rien ?
-         Non, rien de rien
-         Mais c’est impossible, il doit bien y avoir quelque chose !
-         ‘ai beau chercher : Rien, que dalle, nothing, niente
-         Allez, creuse-toi, ça va venir !
-         Plus je cherche, moins je trouve.
-         Encore un effort, vas-y, force-toi !
-         Le vide, je te dis. Le néant, la panne.
-         Ben, tu vois, finalement, tu as quand même écrit 12 lignes.
-         Moralité : Au bout du rien, il y a parfois quelque chose.
D.
Cailloux
Petits cailloux
caillou presse-papier...
Papier
Pile de papiers
dispersés,
entassés,
chiffonnés,
griffonnés...
Dessins au crayon noir
devant tasse de thé...
Passoire.
Quand la vie s'écoule
que reste-t-il au fond?
Ce qui était tapi
dans le noir du crayon?
Gomme.
" Vivre, c'est dessiner sans gomme."
a écrit une amie inconnue
entr'aperçue
sur un écran.
Ecrans,
envahissant l'espace
des vies réduites à néant.

Garder les pieds sur terre.
Où sont mes bottes?
Celles de 7 lieues,
celles qui me manquent
pour courir le vaste monde
sur le chemin des petits cailloux.

Cailloux
Petits cailloux
caillou presse-papier...

ça pique.
C'est là, pointu, minuscule, entêtant...
pourtant c'est au pied que ça pique.
Juste au milieu de la paume du pied...
enfin, je ne sais pas si on dit la paume pour le pied
mais je n'ai rien d'autre à me mettre sous la plume!
ça s'est glissé entre la peau et le collant, mais quand?
Il n'y avait rien sur la moquette.
Peut-être est-il entré camouflé dans le creux des baskets
ou dans les pelotes du chien...Caillou clandestin.
La pluie fait luire le noir encore presque parfait du trottoir.
On vient de goudronner la rue.
J'avance.
En retard, encore, toujours à la course.
Pas le temps de retirer la botte et de toute façon...
collant! Il faudra attendre ce soir.
Impossible d'oublier, il va falloir composer.
ça aurait pu être pire,
ça aurait pu être un clou.
J'essaie de ne pas le brusquer:
j'appuie le pas sur le talon.
Drôle de démarche claudiquante.
Enfin le bureau, la chaise,
taper du talon sur le sol.
On ne sait jamais il pourrait glisser dans la cambrure,
ça serait plus confortable.
Mais non, il est bien incrusté!
Bientôt il fera presque partie de moi,
comme ses copains du macadam.
Penser à autre chose, le travail n'attend pas,
la vie non plus.
Le monde ne va pas s'arrêter de tourner
parce que j'ai un caillou dans la chaussure
quand tant d'autres vont nu-pieds.
Je commence même à m'y attacher à cette douleur minuscule
qui me maintient éveillée, casse mes gestes automates,
m'oblige à repenser mon pas.
Ce n'est pas cher payé pour une leçon de vie.
A midi, le petit caillou m'est devenu ami.
Je me sens moins seule avec lui.
Je l'imagine...encore un peu et je vais lui parler!
Puis l'après-midi se termine, je referme le cartable.
Retour.
Est-ce que mon pied s'est endurci?
Je ne sens presque plus mon squatter du jour.
En arrivant chez moi, je prendrai même le temps d'un thé
avant de l'expulser.
Le soir tombe.
Il est là sur la table de nuit,
un peu brillant sous la lampe.
Pas eu le coeur de le rendre à la rue.
Il veille et je le garde pour ne pas oublier.
Ni le prix du chemin,
ni celui de la vie qui dort sous le bitume.
Clic Clac Kodak!
Finis les soufflets,
finies les chambres noires,
les pellicules roulées
qu'il ne faut pas voiler.
La burka numérique
sur l'image est tombée.
Tout, couleurs et pixels,
on trafique sur écrans
des clichés étonnants.
Ce n'est plus "dans la boîte",
c'est aux puces
que l'on confie nos vies
et parfois...
ça gratte!
P.
Le laguiole, celui que Jean m’a offert, celui d’olivier que j’ai perdu, celui de mon père que j’ai gardé.
2 nounours en toile de Provence.
Une poire ou un inhalateur ? Un objet des années 30 que j’ai posé au dessus de l’armoire à pharmacie, dont je ne connais pas l’usage et qui appartient à la génération d’avant
Une affiche noir et blanc d’un gamin de Paris en culotte courte portant 2 litres de vin dans chaque bras, qu’un collègue m’avait offert. Le gamin ressemble beaucoup à un ami, cette affiche, elle est écornée de partout, piquée de moisissure, rongée par les escargots
Ils sont posés là sur le meuble a  CartTure ?????….., ses deux petits nounours en toile de Provence, ils se serrent dans les bras l’un de l’autre.
Ils attendent la nuit, pour pouvoir descendre le long des pieds du meuble et s’immiscer dans les SEVES ???? des habitants de cette maison.
Lulu, le père qui n’a pas eu de nounours dans sa jeunesse, et en a distribué à tout le monde.
Lola, la mère qui aime être entourée d’amis, et qui se retrouve dans un cauchemar dans la jungle, à vivre la vie des ours.
Lili la petite qui n’est pas née, qui est comme une graine avec laquelle l’ours s’amuse.
Il la met en terre peut-être qu’elle germera et Lolo, le petit prince de Lulu et Lola, qui croule sous les nounours, alors qu’il ne rêve que de tanks, de guerre, de bataille rangée.
Les nounours dans le rêve de Lulu, lui ouvre des portes, et à chaque fois, c’est un nouveau monde qui se présente, ça ne l’arrange pas Lulu lui qui est plutôt casanier.
Lola est en sueur, la nuit est agitée, la vie des ours nécessite d’être agile et souple, elle qui a du mal à s’occuper des repas familiaux et là son rêve tourne autour de la recherche de nourriture. Lolo, a réussi malgré tout à créer son champ de bataille, chacun des oursons étant chef de guerre de chaque camp.
Le soleil se lève à peine, les nounours retournent SAJUT ????? sur le meuble  a CARTURE ??? . Ils sont serrés l’un contre l’autre pour pouvoir se raconter. Tiens, ils ne sont plus dans le même sens. Le bleu qui était à droite hier, est à gauche maintenant
Tous les chiffres sont symboliques toutes les lettres sont des symboles, les 9 bols ou les 3 bols de la maison des z’ours, pleins ou vides, creux ou concaves, qui de l’œuf ou de la poule, de la claque ou de la joue a fait l’œuf, fait le bruit fait l’autruche. V.
Elle fermait comme en biais
Et s’ouvrit sur le quai.
Une brosse sans manche poil ras
M’agrippa par le bras.
Mon chien mort était là…
A l’oreille un glaïeul,
Une saucisse dans la gueule.
Pourtant, il dit : me v’la !
Une vie (non mais)
Sans famille, il errait dans le village. Maigre et laid, il avait sucé le maigre lait d’une nourrice pessimiste. C’était un enfant triste ; triste. Plus tard « grand, mal fait ; ses longs cheveux roux mal peignés, dégoutants, cachaient de nombreux poux ». En toutes saisons, cela lui faisait un certain tort. Et le tort tue. Mais lui, non. Les villageois lui baillaient une gamelle de loin en loin. Peu causant ; les jours de pluie ; il disait : je cherche mon ombre. Les autres jours aussi et cela l’occupait à plein temps. Il errait toujours et disparut. Son entrée à l’Académie Française est peu probable. Point.
B
Mouchoir blanc toile des Vosges servait l’été à ma grand-mère pour se protéger du soleil. Elle faisait des nœuds aux quatre coins et ça lui faisait un bonnet.
Photo pique-nique. Mon père en maillot marcel avec des espadrilles aux pieds assis au bord de la rivière, ma sœur à coté toute petite je n’y suis pas car je ne suis pas née.
Roulette à pâtisserie, plus très ronde très usée dentelée. Odeur de beignets
Fer à friser énigmatique vu  la pilosité familiale joli outil rêve de chevelure frisée
Craie à bois dans boite à crème visage
Craie à tissus dans boite de médicament pour la toux
Petite robe blanche et verte portée par ma sœur, moi-même, mes filles
Bille en terre ramassée dans la terre sans couleur avec un vernis qui s’écaille mais qui roule tout de même
Petit carnet pour ne pas oublier.
Posé sur le meuble blanc de la salle à manger objet plastique devenu terne plus transparent du tout au toucher presque gras huileux. Impossible à remplir, qui ressemble à un bol sans fond, peut servir à la limite  à coiffer à condition d’avoir une tête pas trop grosse. L’objet prend sens quand grand-mère remplit un bol d’eau chaude ajoute quelques gouttes d’une petite bouteille marron et le visage fripé disparaît dans un nuage de vapeur parfumée. Le nez se dégage, les yeux pleurent, les pores de la peau se dilatent, les cheveux s’humidifient légèrement au contact du plastique. La voix parvient d’un autre monde. Ça dure une dizaine de minutes, parfois plus et grand-mère relève la tête, la peau lustrée, l’œil brillant, le cheveu châtain, les lèvres rosies. Ça dure une minute mais devant moi je n’ai plus ma grand-mère fatiguée mais une jeune femme qui me sourit. Je garde précieusement l’inhalateur en plastique magique. Et parfois le soir fatiguée sans avoir le nez bouché, je penche ma tête sur un bol fumant et j’inhale la vapeur d’eau chaude mais nulle part je n’ai retrouvé la petite bouteille marron de ma mémé.
Une bille en terre qui roule, tourne, boule, une goute qui tombe bombe à bille plus rien. G
J’ouvre cette valise en ce temps de changement où je dois faire le tri de ce que j’emporte dans ma future maison, lieu de ma future vie.
Moi qui suis une fourmi, que d’objets conservés dont je n’arrive pas à me séparer.
D’abord ces lettres écrites et reçues pendant mon adolescence. Elles sont encore pliées dans leur enveloppe, ou bien à nu. Elles sont là dans cette boîte à chaussures, entassées les unes sur les autres. S’y mêlent des cartes postales de diverses régions de France et de l’Etranger.
Elles représentent pour moi comme un enracinement, un rappel de ce que j’ai pu vivre, ressentir, éprouver. Elles viennent me rassurer que cela a bien existé. Parmi elles, les premiers mots d’amour, les grandes déclarations d’amitié et puis le temps est passé ; nos chemins se sont séparés.
Il est là posé sur le sol froid, juste dans l’angle de la cuisine. Cela fait des années d’ailleurs, qu’il est là, Bertrand l’a toujours vu à cet endroit.
Ce pot de fleurs en métal, ancien bidon de lait reconverti en objet décoré par la mère de Bertrand, passionnée de peinture.
Autrefois au gré des saisons il recevait des marguerites, ou des grandes roses blanches et rouges ; parfois un mélange de couleurs. Elles dégageaient de doux parfums qui embaumaient les petits déjeuners du matin en famille.
A l’automne, il était garni de graminées qui étaient recouvertes ensuite de bombes couleur or ou argent pour les décorations de Noël.
A chaque naissance, à chaque anniversaire, à chaque mariage il devenait alors une farandole de bouquets plus éclatants les uns que les autres.
Assis à la table, devant son thé qui refroidit, Bertrand aimerait que le pot soit à nouveau rempli de fleurs. Mais depuis le départ de sa mère, de son père, de ses frères et sœurs, la maison est bien vide.
Mais seul devant ce pot oublié, il rêve à celle pour laquelle il retrouvera le goût d’y mettre des fleurs et surtout des roses blanches.
Demain il a rendez-vous… !
Petite flaque d’eau au milieu du chemin, bordé de fleurs bleues. Au-dessus virevoltent des libellules bleues. Elles s’approchent, boivent l’eau et deviennent toutes vertes.
Elles ne peuvent plus voler et tombent sur le sol, s’écrasent. La flaque d’eau a disparu, le chemin s’est évanoui et les fleurs bleues sont devenues cendre.
N.

Le laguiole, celui que Jean mi m’a offert, celui d’olivier que j’ai perdu, celui de mon père que j’ai gardé.
2 nounours en toile de Provence.
Une poire ou un inhalateur ? Un objet des années 30 que j’ai posé au dessus de l’armoire à pharmacie, dont je ne connais pas l’usage et qui appartient à la génération d’avant ou peutêtre encore d'avant.
Une affiche noir et blanc d’un gamin de Paris en culotte courte portant 2 litres de vin dans chaque bras, qu’un collègue m’avait offert. Le gamin ressemble beaucoup à un ami. cette affiche, elle est écornée de partout, piquée de moisissure, rongée par les escargots
Ils sont posés là sur le meuble à  couture, ses deux petits nounours en toile de Provence, ils se serrent dans les bras l’un de l’autre.
Ils attendent la nuit, pour pouvoir descendre le long des pieds du meuble et s’immiscer dans les rêves des habitants de cette maison.
Lulu, le père qui n’a pas eu de nounours dans sa jeunesse, et en a distribué à tout le monde.
Lola, la mère qui aime être entourée d’amis, et qui se retrouve dans un cauchemar dans la jungle, à vivre la vie des ours.
Lili la petite qui n’est pas née, qui est comme une graine avec laquelle l’ours s’amuse.  Il la met en terre peut-être qu’elle germera.
Lolo, le petit prince de Lulu et Lola, qui croule sous les nounours, alors qu’il ne rêve que de tanks, de guerre, de bataille rangée.
Les nounours dans le rêve de Lulu, lui ouvre des portes, et à chaque fois, c’est un nouveau monde qui se présente. Ca ne l’arrange pas Lulu lui qui est plutôt casanier.
Lola est en sueur, la nuit est agitée, la vie des ours nécessite d’être agile et souple, elle qui a du mal à s’occuper des repas familiaux et là son rêve tout tourne autour de la recherche de nourriture. Lolo, a réussi malgré tout à créer son champ de bataille, chacun des oursons étant chef de guerre de chaque camp.
Le soleil se lève à peine, les nounours retournent sagement sur le meuble  à couture. Ils sont serrés l’un contre l’autre pour pouvoir se raconter leur nuit. Tiens, ils ne sont plus dans le même sens. Le bleu qui était à droite hier, est à gauche maintenant
Tous les chiffres sont symboliques, toutes les lettres sont des symboles, les 5 bols ou les 3 bols de la maison des z’ours, pleins ou vides, creux ou concaves, qui de l’œuf ou de la poule, de la claque ou de la joue, a fait l’œuf, a fait le bruit, a fait l’autruche.

Cailloux
Petits cailloux
caillou presse-papier...
Papier
Pile de papiers
dispersés,
entassés,
chiffonnés,
griffonnés...

Dessins au crayon noir
devant tasse de thé...

Passoire.
Quand la vie s'écoule
que reste-t-il au fond?
Ce qui était tapi
dans le noir du crayon?

Gomme.
" Vivre, c'est dessiner sans gomme."
a écrit une amie inconnue
entr'aperçue
sur un écran.

Ecrans,
envahissant l'espace
des vies réduites à néant.

Garder les pieds sur terre.
Où sont mes bottes?

Celles de 7 lieues,
celles qui me manquent
pour courir le vaste monde
sur le chemin des petits cailloux.

Cailloux
Petits cailloux
caillou presse-papier...



ça pique.
C'est là, pointu, minuscule, entêtant...
pourtant c'est au pied que ça pique.
Juste au milieu de la paume du pied...
enfin, je ne sais pas si on dit la paume pour le pied
mais je n'ai rien d'autre à me mettre sous la plume!
ça s'est glissé entre la peau et le collant, mais quand?
Il n'y avait rien sur la moquette.
Peut-être est-il entré camouflé dans le creux des baskets
ou dans les pelotes du chien...Caillou clandestin.
La pluie fait luire le noir encore presque parfait du trottoir.
On vient de goudronner la rue.
J'avance.
En retard, encore, toujours à la course.
Pas le temps de retirer la botte et de toute façon...
collant! Il faudra attendre ce soir.
Impossible d'oublier, il va falloir composer.
ça aurait pu être pire,
ça aurait pu être un clou.
J'essaie de ne pas le brusquer:
j'appuie le pas sur le talon.
Drôle de démarche claudiquante.
Enfin le bureau, la chaise,
taper du talon sur le sol.
On ne sait jamais il pourrait glisser dans la cambrure,
ça serait plus confortable.
Mais non, il est bien incrusté!
Bientôt il fera presque partie de moi,
comme ses copains du macadam.
Penser à autre chose, le travail n'attend pas,
la vie non plus.
Le monde ne va pas s'arrêter de tourner
parce que j'ai un caillou dans la chaussure
quand tant d'autres vont nu-pieds.
Je commence même à m'y attacher à cette douleur minuscule
qui me maintient éveillée, casse mes gestes automates,
m'oblige à repenser mon pas.
Ce n'est pas cher payé pour une leçon de vie.
A midi, le petit caillou m'est devenu ami.
Je me sens moins seule avec lui.
Je l'imagine...encore un peu et je vais lui parler!
Puis l'après-midi se termine, je referme le cartable.
Retour.
Est-ce que mon pied s'est endurci?
Je ne sens presque plus mon squatter du jour.
En arrivant chez moi, je prendrai même le temps d'un thé
avant de l'expulser.
Le soir tombe.
Il est là sur la table de nuit,
un peu brillant sous la lampe.
Pas eu le coeur de le rendre à la rue.
Il veille et je le garde pour ne pas oublier.
Ni le prix du chemin,
ni celui de la vie qui dort sous le bitume.

Clic Clac Kodak!
Finis les soufflets,
finies les chambres noires,
les pellicules roulées
qu'il ne faut pas voiler.
La burka numérique
sur l'image est tombée.
Tout, couleurs et pixels,
on trafique sur écrans
des clichés étonnants.
Ce n'est plus "dans la boîte",
c'est aux puces
que l'on confie nos vies
et parfois...
ça gratte!
P

Un après-midi d’été ; de vacances, un après-midi d’ennui. Grand-mère dort dans son fauteuil, c’est l’heure de la sieste. Il fait chaud et lourd.
J’erre dans le jardin à la recherche d’un peu de fraîcheur et de distraction…
La buanderie, entr’ouverte est peut-être la solution, je m’y assieds en soupirant, balayant l’endroit du regard, d’abord dans la pénombre, les objets se précisent petit-à-petit : linges en attente de lessive, cartons éventrés d’où s’échappent des morceaux d’étoffe, manches de vêtements, pelotes de laine emmêlées, couleurs passées, effluves d’un autre temps et soudain parmi ce fatras une teinte plus claire, presque brillante, insolite parmi ces vieilleries ! Je m’approche, l’extirpe : c’est une chaussure délicate, recouverte de soie grège, j’écarte le fouillis, subitement excitée comme à la recherche d’un trésor, voici la deuxième, deux petites merveilles de chaussures !
J’expédie mes espadrilles, chausse les escarpins : magique ! ils sont faits pour mes pieds. Je suis une dame, une princesse, je danse dans la buanderie, je suis au bal, les murs se parent de couleurs, de lumières, je virevolte au son de la musique, aux bras du Prince Charmant…
« Mais qu’est-ce qui se passe ici ? » mes tantes arrivent alertées par mes manifestations de joie !
« Mais que fais-tu ? Tu vas te tordre les chevilles avec ces fichues « godasses ».
Un coup sec, et là sur le billot de bois la serpe impitoyable déchire l’étoffe dans un crissement sinistre et sectionne les talons « coupables », amputa à jamais mes rêves de Princesse.
Il faut pourtant retenir les larmes qui montent puisque, comme le disent mes tantes « C’est pour mon bien » GH

Fable absurde
Inventaire
Je glisse la main dans une vieille valise ça grince à l’intérieur. Un vieux klaxon de vélo version cuir, très élégant, ça sonne plus ça grince.
Des fleurs artificielles se sont accrochées au loquet du klaxon. Ca sent bon la campagne et la poussière.
Une jambe de poupée Barbie accompagnée du  corps entiers, toujours aussi belle plante, juste assez de pile pour continuer à chanter mais au ralenti, parfait pour la mélancolie.
Des ballons de baudruches dégonflés de toutes les couleurs fripés par leur manque d’air.
Des tissus petits, grands, à fleur, à carreau.
Des bouts de raphia, de guindes, de ficelles, de cordes.
Et au fond… c’est froid c’est dur… j’ouvre grand la valise je sens mais je ne vois rien. J’agite, je la bouscule, la renverse et voilà des dizaines de cailloux qui s’entremêlent sur le plancher, tas de petits souvenirs oubliés
Un petit cochon sans queue vivait heureux dans un champ ombragé. Des promeneurs courageux vinrent un jour y piqueniquer, jambon, saucisson tout y est et surtout le vin rouge Gamay. Pour l’ouvrir il fallait sortir le tire bouchon, le tire cochon. Le cochon qui vit cet objet en tire bouchon ne peut s’empêcher de penser à son absence de queue de cochon. Désespéré il voulut se venger, s’élança sur les promeneurs apeurés. Tous détalèrent ! Le cochon, n’ayant plus personne pour se venger, s’assit et se mit à déguster. Jambon, saucisson, quel plaisir d’être un cochon même sans queue en tire bouchon.
Nouvelle sur un objet de l’inventaire
Madame B est une femme pas comme les autres.
Elle pousse le tiroir, ébloui par la lumière du jour d’un étranger soleil version Bleu à cils petit. Elle recouvre sa plastique dynamique de morceaux de tissus ajustés façon Jean-Paul Gautier. Madame B c’est un monstre de chair moitié jambe, quart bassin et le reste en pneumatique.
Habillée, ses yeux s’habituent à la lumière ambiante elle peut enfin voir le soleil version Bleu à cils petits en face. C’est marrant il cligne, de toute sa mémoire elle ne se rappelle pas avoir vu un soleil cligner. De toute sa mémoire madame B ne se rappelle pas avoir eu de souvenirs. Elle enfile des chaussons compensés en cuir et glisse sur ses épaules un châle de rafia tressé.
Madame B est heureuse, elle est prête pour aller danser. Elle se met en marche, ça craque, madame B n’a jamais pu plier les genoux, elle préfère la beauté à l’efficacité. Le soleil Bleu à cils petit semble ne briller que pour elle. Elle attend le bord du tiroir, son public est là, silencieux mais incontestablement impatient.
Elle ne peut pas respirer mais elle va s’élancer, c’est son moment pour chanter. Le soleil Bleu à cils petit cligne, madame B dans le noir attend le signe du départ. Madame B est heureuse. Le soleil Bleu à cils petits la braque comme un projecteur. Elle commence…
-Emilie, Emilie range ton bazar et viens vite on part.
Le soleil Bleu à cils petits s’agite, madame B sent une main l’empoigner. Sa robe Jean-Paul Gautier, ses chaussons ajustées tout vole autour d’elle, elle ferme les yeux. Un bruit de clé, un grand clac, son public lui tombe dans les bras, entassé dans une boite étroite.
Madame B sait qu’elle est rentrée, le spectacle est encore une fois raté.
A
INVENTAIRE
Ongles coupés
Croutes séchées
Archive d’un record de longueur et d’une chute en cailloutée.
Balle de plastique – goût de paraffine qui se lance comme une folle dans la cuisine.
Des boîtes et des bulles d’air qui déchargent leurs lots de boutons et cordons.
Puce en caoutchouc, cercle noir et dense qui tord les doigts à force de gesticulation.
Bouts de napperons – une collection.
Des restes, des chutes amalgamées dans des boîtes de cachets.
Tiroir qui gratte le bois usé.
NOUVELLE
C’était toujours celui du petit doigt.
Peut-être parce qu’il est plus petit que les autres, simple soucis d’équité.
Ou peut-être parce qu’il est moins sollicité,
Le petit de la bande toujours en train de traîner sans jamais gratouiller.
Quoi qu’il en soit, je le laissais pousser.
Long. Le plus long possible.
Pas de prétention de guiness book, seulement une fierté.
Je l’utilisais avec une parcimonie certaine. Il ne grattait pas vraiment, il effleurait, faisait crisser les peaux mortes comme un râteau les feuilles séchées.
Il gesticulait aussi beaucoup et paradait au milieu de ses camarades gonflés et boudinés.
Il n’était pas terreux comme ses voisins mais régulièrement soigné et récuré.
Légèrement craquelé, je voyais les fils se coincer dans ses gerçures.
Coiffe souveraine, ce hasard en rajoutait à sa superbe.
Il venait parfois à se briser, me plongeant dans le deuil de cette excroissance épidermique.
Le cœur fendu, je le rangeais pour ne pas oublier.
Il rejoignait d’autres trésors, d’autres croutes et ongles en tous genres.
FABLE
Une fois.
Un rat,
Pêcha,
Au fond de la pampa,
Du calva.
Il chanta, chanta, chanta, ta, ta,
Tellement
Qu’une ratte vint par là.
Drôle de tubercule,
Elle se pencha sur le rat
Et l’embrassa.
Un chat passa
Et s’étonna de ce drôle de cas.
Mais séduit, il siffla :
L’amour est parfois au coin du bois,
Là où on ne l’attend pas.
A

Elle a 5 ou 6 ans. Elle est assise là , à même le sol. Elle effeuille précautionneusement des boutons de rose qu’elle a ramassés dans le jardin ; Un joli flacon emprunté frauduleusement à la cuisine est empli d’eau. Elle jette les pétales dans l’eau, rebouche le flacon et savoure déjà le moment où elle offrira son eau de rose à maman.
Plus tard, bien plus tard, peut-être parce que l’eau de rose n’a jamais senti la rose, elle prélève un bouton dans le bouquet fraîchement apporté et le pose délicatement entre deux pages d’un livre. Ce bouquet, c’est le premier qui lui a été offert. Aujourd’hui elle a 11 ans et pour la première fois ce n’est pas à maman que l’on apporte des fleurs, mais à elle. 11 roses roses qui la font se sentir grande. La fête en son honneur, les cadeaux, la famille et les amis qui se sont déplacés, tout ça la rend heureuse mais elle s’y attendait. Tous les ans, à la même date, on fait la fête pour son anniversaire, sous les arbres du jardin, comme on le fera aussi dans quelques mois pour l’anniversaire de son frère. Elle aime ces moments où la famille se réunit autour d’un bon repas, apportant les nouvelles de ces dernières semaines, se souvenant des événements des dernières années, racontant ce temps où elle n’était pas née… Mais aujourd’hui, c’est différent.
Dans quelques jours, elle déposera ce petit bouton sans odeur, sans couleur au fond d’un tiroir où il sera rejoint, sans qu’elle le sache encore, par d’autres boutons et pétales qui raconteront sa modeste histoire.
Ce que j’écris est absurde la plupart du temps et lorsque la commande est d’écrire une histoire absurde je sèche. Qu’est-ce que l’absurdité ? Simplement quelque chose qui me parle à moi mais ne dit rien aux autres. Et alors, quel est l’intérêt de se parler à soi-même si ce n’est de chercher comment convaincre les autres ? Il est totalement absurde de parler pour ne pas être entendu mais lorsque j’entends ce qui sort de ma plume, je trouve cela absurde.
C
Inventaire d’objets sortis d’une valise, et qui ont pour nous une importance
Stylo, cahier, papier
Insigne de jacquaire
Enfumoir
Parmi tant d’autres :
Cet insigne, rouge, en forme de croix, ou d’épée allongée, est le témoin de mon chemin vers Saint Jacques de Compostelle, mais il ne sort pas souvent de son tiroir, peut-être la prochaine fois où je repartirais…
L’enfumoir, le lève-cadre sont très présents, et d’un usage presque quotidien. Ils sont un lien avec mes colonies d’abeilles, actuellement on dirait « un interface »…
Des feuilles de papier, sur lesquelles la main glisse, le stylo trouve sa place, la connivence des deux est essentielle : quoi de plus désagréable que d’écrire sur un papier rêche, qui ne se prête pas au coucher des mots, qui à la limite refuse l’encre, qui donne l’impression de devoir crocher, que l’écriture devrait être seulement laborieuse. Je préfère qu’elle soit douce, plaisir de plusieurs sens, dont le toucher.
Et tant d’autres qui attendent de sortir à leur tour…
Avec un de ces objets, écrire une nouvelle
Quelques jours ont passé, où nous avions cheminé séparément. Avec le recul, je me demande encore pourquoi alors que nous échangions si aisément.
La pluie incessante a accompagné les derniers jours de marche vers Saint Jacques, en Galice. Lancinante, obstinée, obligeant à baisser la tête et les yeux, le regard tourné vers le sol, car elle est portée par un grand vent d’ouest venant du fond de l’océan, et nous rappelle d’où nous venons.
Enfin arrivés. Nous nous retrouvons sur le parvis de la cathédrale, heureux de ne pas s’être loupés au milieu de la foule. Et tout en discutant, nous allons faire enregistrer notre arrivée, et là, à côté de nombreuses coquilles, ces petits insignes nous font signe : discrets, ils conviennent mieux à notre façon d’appréhender ce chemin. Après s’en être munis, et les avoir clipsés sur les bretelles de nos sacs, nous nous sommes mis en quête d’un restaurant, où satisfaire notre envie d’un bon plat, accompagné de vin et de nombreux échanges de souvenirs et d’anecdotes.
Plus tard, une fois rentrés dans nos foyers respectifs, cet insigne est resté un lien, comme un fil conducteur, symbolique d’une démarche de réflexion sur soi, sur le monde, symbolique des multiples échanges, rencontres, observations faites tous au long de cette marche.
Il attend dans un tiroir, avec la crédenciale, mon carnet de route et quelques feuilles d’eucalyptus, le jour où je repartirais sur le chemin.


Ecrire une fable absurde, ou une petite histoire
Tout va bien…
Le chômage progresse encore et encore
La xénophobie prend le dessus
Tout va bien…
Les banques sont en alerte
L’agriculture et l’industrie seront bientôt transparentes
Tout va bien…
Le CAC 4O remonte
L’illettrisme augmente aussi
Tout va bien…
B

samedi 10 mars 2012

Atelier d'écriture du 10 mars 2012

Première proposition
« Ce n’est pas parce qu’il ne pleut pas qu’il n’y a pas d’arbres dans le désert,
C’est parce qu’il n’y a pas d’arbres dans le désert qu’il n’y pleut pas ».

Alain Baraton sur France Inter

Ce n’est pas parce qu’il y a moins de prof’ dans les lycées qu’il y a tant de délinquants,
C’est parce qu’il y a tant de délinquants qu’il y a moins de prof’ dans les lycées.
Ce n’est pas parce que les chaussures sont trouées que les cordonniers sont mal chaussés,
C’est parce que les cordonniers sont mal chaussés que les chaussures sont trouées. E

Ce n’est pas parce que la pollinisation ne se réalise pas correctement aux Etats-Unis qu’il y a moins d’abeilles, c’est parce qu’il y a moins d’abeilles que la pollinisation ne se réalise pas correctement.
Ce n’est pas parce que la pollinisation ne se réalise pas correctement aux Etats-Unis qu’il y a moins d’abeilles, c’est parce qu’il y a moins d’abeilles que la pollinisation ne se réalise pas correctement. B
Ce n’est pas parce que les pommiers fleurissent en mai qu’il y a des manifs au printemps
C’est parce qu’il y a des fleurs aux cerisiers qu’on va manifester. G
Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’argent qu’il n’y a plus de dépenses, c’est parce qu’il y a des dépenses qu’il n’y a plus d’argent.
Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus d’autorité qu’il n’y a plus d’ordre, c’est parce qu’il y a de l’ordre qu’il n’y a plus d’autorité.
Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de saisons qu’il fait mauvais temps, c’est parce qu’il fait mauvais temps qu’il n’y a plus de saisons. AM

….
Deuxième proposition
Faire chacun une liste d’expressions qui agacent, exemple « Je suis désolé » ou « C’est un prêt qui a un prix, j’en veux un, je t’en donne deux pour trois sous les cinq.
Suite à la lecture des expressions de chacun, retenir une expression qui n’est pas la sienne.
Puis trouver des rimes, des sonorités, des consonances et se lancer dans l’écriture d’un texte qui reprend les expressions choisies.
Quelques expressions : Au jour d’aujourd’hui- Je lui dis, et il me dit, et je lui dis et…- Les chats ne font pas des chiens- Ferme ta barrière il va pleuvoir- Mettre la charrue avant les bœufs- attention à la marche- si tu veux, comme tu veux- que du bonheur- se lever du mauvais pied- pierre qui roule n’amasse pas mousse- ça marche où t’es- y’a pas de problème- mettre les points sur les i- supporter les équipes- prendre des vessies pour des lanternes- la cerise sur le gâteau-…
Les textes
Le valet malais sarclait l’allée poussant le galet tel un palet. Qu’il est laid !
Habillé d’un polaire léger, coiffé d’un bonnet de laine, il dévalait la vallée. Qu’elle était claire ma vallée !
Il allait au palais regarder l’émission à la télé. Il a oublié sa clé ; il parlait, il appelait, il meuglait, il hurlait, personne ne semblait l’écouter. Il s’est installé pour téléphoner, la porte s’ouvrit, une main tendit un bol de lait, l’autre tenait un balai, on entendit : « Quand tu veux, je suis désolé ! » E
Dehors le jour fuit, la nuit s’annonce, le froid aussi, et je me prépare à cuire des muffins et d’autres biscuits, pour accompagner le thé, près de la cheminée, où les bûches suintent un peu.
Je préfère ne pas allumer la télévision, parce qu’au jour d’aujourd’hui, les élections occupent beaucoup de gens : de jour comme de nuit, c’est à qui va séduire un maximum d’individus, parfois sur des idées recuites depuis des lustres.
Le temps passe, la nuit s’installe, la lune luit, ainsi que des myriades d’étoiles. Peu de bruits, juste parfois le cri des chouettes, ou un renard qui glapit au loin.
Au matin, dès que le jour s’avance, les oiseaux commencent leurs cui-cui, ce n’est pas du bruit ! C’est la vie qui reprend.
J’ai encore à faire au jardin, des buis et des fruitiers à tailler, les derniers fruits à trier avant la pluie.
Ce qui me séduit, c’est que le printemps arrive et avec lui, je vais poursuivre mes activités au rucher aussi, ce qui réduit un peu mon temps libre, mais est tellement satisfaisant aujourd’hui. Cela m’a conduit à me former, à rencontrer des gens passionnants, qui ont donné une bonne partie de leur vie à ces petits insectes et poursuivent inlassablement cette relation, comme tant d’autres depuis la nuit des temps.
Voila où j’en suis au jour d’aujourd’hui. B
Ferme ta barrière il va pleuvoir depuis hier j’ai un bavoir pas de problème puisque je t’aime parce que tu m’aimes? Ecoute alors cette histoire d’or dans un champ vert un verre de terre sorti prudent au doux printemps mais un malin sorti de rien, un peu nerveux sans faire de nœuds. Il s’approcha comme un chat pour une caresse. Mais l’autre dit laisse je suis ta queue.
B.
Le militaire supporte son partenaire, qui supporte le solitaire, qui supporte le supporter…
Arrêtons là cet inventaire, trop terre à terre !
Le lavatère supporte le scorsonère, qui supporte la pomme de terre… C’est atterrant, arrêtons tout
L’important supporter sportif éploré apportait en porte-à-porte sporadique des portées de porc portègnes et pourtant importés de Porto par porteur sans support.
Quel type piteux, pitoyables, si typique ! Insupportable…D
Une poire pour la soif
Pierre le loir s’en allait à la foire tout fière. Arrivé à la foire il alla boire de la bière. Boire Boire Boire. Il laissa un pourboire. Tient il va pleuvoir. Pierre le loir après quelques emplettes s’en retourna chez lui. Dans un lierre il vit une poire couleur d’ivoire qui lui fit un clin d’œil. Pierre le loir ne pouvait pas le croire. La poire avait un joli petit derrière. Une frontière séparait le végétal de l’animal mais Pierre avait bu de la bière. Il dit à la poire « J’ai assuré mes arrières, pas de galère avec Pierre Jolie poire couleur d’ivoire, acceptes-tu de venir t’asseoir avec moi  sur cette barrière » La poire répondit tout à trac « Ferme ta barrière il va pleuvoir ». Pierre n’en crut pas ses oreilles, la poire se moquait-elle de lui ? Dégrisé, il gravit la barrière, prit la poire et… la mangea. G
Combien ça fait, trois fois rien ?
C'est une bonne question, et même si c'est une question de foi(s), ce n'est pas pour autant une question de chrétien.
Parce qu'on soit Estonien, Indien, Urugayen ou même Lexovien, en somme tous Terriens, ça représente quand même quelque chose, trois fois rien.
Par exemple, si c'est le mien, est-ce que ça vaut quand même trois fois rien ?
Et si c'est le tien, est-ce que ça vaut seulement une fois rien ?
Et si c'est le sien, est-ce que ça vaut plein de fois rien ?
Autre exemple : si c'est ce que je te donne, trois fois rien, c'est peu. Mais si c'est ce que tu me dois, trois fois rien, c'est peut-être beaucoup.
Finalement, se demander combien ça fait, trois fois rien, est-ce que c'est vraiment bien ? Est-ce que ce ne serait pas une question à abandonner aux moins que rien (comme les académiciens) ou aux vauriens que sont les mathématiciens ?
Et est-ce qu'au total, on n'en n'aurait tout simplement rien à faire ? Je dirais même plus : trois fois rien à faire...Y
Inspecteur Malavoy.
Je reprends mon poste d’observation, telle une vigie à l’avant du bateau.
Personne ne m’enthousiasme dans le public. Une impression de petitesse, d’uniformité. Est ce le reflet de mon état d’esprit ce matin ? Le temps maussade y contribue t’il ?
Ca y est je l’ai. J’ai failli m’engueuler avec lui. Car décidé à fouiller dans les placards ou sont rangées les revues, il me gêne et je suis obligé de me déplacer. Je lui fais comprendre à demi-mots et dans un langage peu châtié. Il me rétorque: vous pourriez être polie, c’est facile. Puis continue ses recherches en m’ignorant. Grand, mince, les cheveux blancs, revêtu d’un blouson marron et d’un jean, que cherche t-il aussi fébrilement? Je vais le suivre discrètement. Il l’a trouvé sa revue .Plongé dans sa lecture, ignorant le monde extérieur, d’un seul coup il jette un regard peu amène à un lecteur qui s’approche de lui. Je vous le dis, je ne le trouve pas sympathique du tout.ET si je le poussais dans ses retranchements, il s’énerverait, on pourrait appeler la police. Et là il se serait passé quelque chose dans notre petite cité lexovienne.
Et bien ce monsieur désagréable puisque j’ai le temps je vais continuer sa surveillance, me métamorphosant en détective privé. Je me fonds dans l’anonymat de la médiathèque, afin qu’il m’oublie. Je suis quand même intriguée par ses recherches intempestives dans les tiroirs Que va-t-il dénicher ? Après un quart d’heure d’errance, l’air dégagé la mine suspecte je rejoins mon homme qui se dirige vers la sortie. Délibérément je le suis. Il traverse le marché. Mais ou va-t-il d’un pas si rapide
Je le vois pénétrer dans l’enceinte du commissariat.et bien moi qui parlais de police, je suis servie !L’endroit reconnaissable à ses voitures d’intervention en stationnement n’est qu’un vulgaire bâtiment ;sans âme et sans couleur. Ce lieu malgré une conscience irréprochable est toujours à éviter. O surprise le quidam en grande conversation avec l’officier d’accueil semble très a l’aise dans cet endroit fort peu chaleureux. Il n’est pas venu juste pour déposer une plainte ou exprimer une revendication quelconque. Mais que fait-il ici ?
Ah heureusement Bernard est là. Représentant de l’ordre et de la justice, il va pouvoir m’aider. Je suis très connue des services de police. Je pénètre dans l’entrée du commissariat aussi désincarnée que l’ensemble du bâtiment. Après les civilités d’usage mon interrogatoire commence. Qui est ce monsieur? Qu’est ce qu’il fait là? Et pourquoi cet endroit lui semble si familier? A mon grand étonnement j’apprends que cet énergumène fait partie de la grande maison. Identité: inspecteur Malavoy. Diplômé de l’école nationale des beaux arts avant d’entamer une carrière dans la police. Surnommé inspecteur gadget par ses collègues pendant ses études car s’appuie sur la technologie afin de mener à bien ses enquêtes. Il avait été conditionné par une série télévisée qu’il regardait dans son enfance. Célibataire il est réputé pour son caractère peu aimable et son comportement hyper nerveux. Propension aux disputes et aux altercations lors de ses enquêtes.
Mandaté par la brigade de surveillance des biens publics il enquête actuellement sur un trafic d’œuvres d’art. En planque à la médiathèque il observe tout mouvement qui pourrait lui fournir des indices. Fouiller les tiroirs n’était qu’un prétexte  pour affiner son observation. Car l’exposition actuelle n’était elle pas le fruit du recel d’œuvres disparues il y a quelques années ? Abîmé dans la contemplation des tableaux et fort de ses études aux Beaux Arts notre homme était dubitatif. Ces formes, ces couleurs, ces visages toujours les mêmes lui rappelaient un peintre bien connu. Le samouraï là, dans la maîtrise de son art, en un mouvement parfait. Et ces femmes, blanches colombes aux ailes repliées. Des oiseaux prisonniers, prêts à s’envoler. Du bleu, du rouge, des visages pales et de profil. Du figuratif, de l’abstrait, du rêve, de la beauté. Un peintre talentueux sûrement, oui mais lequel ?
Toujours discrète afin d’observer l’inspecteur gadget et avancer dans mon enquête, je reprends ma filature. D’un pas alerte et dynamique, il se dirige à nouveau vers la médiathèque. L’exposition de peinture n’est plus la même. Mais si le policier est toujours là c’est que le trafic continue.  Je l’aperçois, fouillant discrètement dans la poche de son blouson. Extrayant un petit appareil, rectangulaire et de petite taille. De couleur gris argenté, il semble tenir facilement dans le creux de la main. C’est d’ailleurs de cette façon qu’il vient s’y loger tel un petit animal discipliné, dans la grande main élégante du monsieur qui cherche. Je le vois se diriger vers les tableaux, et d’une façon naturelle lever cette main à leur hauteur. Une lueur furtive et brève, quasi imperceptible se déclenche à chaque mouvement. Personne n’a rien remarqué. Je suis toujours aussi intriguée. Que cherche-t-il véritablement ?
Mon regard est attiré par la une des journaux alignés sur les étagères : trafic d’œuvres d’art à la médiathèque de Lisieux. Mais oui mais c’est bien sur! L’article était ainsi rédigé: L’inspecteur Malavoy, mandaté par le quai d’Orsay enquête depuis des mois sur un trafic d’œuvres d’art .Grâce à ses bonnes connaissances en histoire de l’art, l’inspecteur a découvert le subterfuge qui a permis de mettre à jour le stratagème des receleurs. Ces derniers utilisaient la technique du palimpseste, technique qui permet de faire disparaitre l’écriture d’un manuscrit sur parchemin et d’écrire à nouveau. Les trafiquants avaient adopte cette technique afin d’écouler discrètement  tous ces tableaux de valeur dérobés depuis des années : Les fameux Chagall, les nymphéas de Monnet. Heureusement, contrairement à la technique du palimpseste qui faisaient disparaître les impressions d’origine les trafiquants avaient été prudents et n’avaient rien effacé définitivement. Et c’est grâce à l’appareil ultra perfectionné et sophistiqué de l’inspecteur Malvy que la supercherie a été découverte. Oui me direz vous mais pourquoi à la médiathèque de Lisieux ? AM
Raccommoder ne vaut pas du neuf.
Une des expressions favorites de ma grand-mère.C’etait sa conclusion lorsqu’on lui narrait des disputes de famille ou d’amis et qui laissaient des traces indélébiles.
Son expérience de couturière lui était très utile.Des après midis entières de raccommodages et de ravaudages lui avaient permis de voir que les coutures malmenées, les boutons arrachés, n’étaient plus aussi solides et résistants après un traumatisme.Qu’il fallait les bichonner, prendre du temps afin de les réparer Mais qu’au final la solidité des liens ne serait plus jamais la même. AM
De bon matin, la sonnerie du téléphone me sort précipitamment du lit, l’esprit nébuleux, les yeux pleins de plumes.
L’œil en coin, sur mes gardes, je décroche.
-Salut c’est Fred !
J’ai du mal à retenir un soupir, comme à son habitude, il me noie  d’une cascade de paroles, entremêlées de « si tu veux » d’ailleurs, je n’entends que cette tirade.
Je peux les compter les « si tu veux »sauf que si je me mets à les comptabiliser  je vais oublier ce qu’il me raconte.
Bref, une seule envie me vient à l’esprit, lui crier :
-non je ne veux pas !
-stop respire un coup, permets à ton cerveau un flash de lueur, un moment de calme.
Il continue, il parle, il parle….. j’ai envie de prendre mon petit déjeuner…si tu veux…..c’est mon vœu…..le temps est pluvieux…….salut mon vieux. M.
Dans le matin bleu, sur la branche, siffle le roitelet
Une vision de la forêt m’envahit
Elle tombait en mes yeux, avec sa fulgurance
D’une nuit qu’échancre le jour
Dans les ombres ??? d’un corridor
Où l’homme et la forêt s’époumonent
Soudain derrière un rideau de fumée
Où mousson en fil descendant, se dissipe
Dans mon esprit de vagabond
Vagabondant dans cette forêt
Où la nuit, la sève de mon mélèze s’élève
La nuit, je pense à elle et elle m’élève
Comme une montgolfière dont je suis fière
Légère comme une bulle d’air
Puis la sève se faufile, craquelle sous le givre
La nuit comme une amande sous la glace
A l’intérieur de cet arbre secret et discret
La nuit, je lui dis : jaillit sève ! Jaillit
Comme une étincelle dans mon imagination
Comme un geyser sur le désert de mon manuscrit vierge,
Caressé par ma plume avec détours et contours
Cette tendresse de caresse, à fleur de peau,
Que j’épie dans cette forêt bleue
C’est un secret dévoilé plein de promesses
D’une tendresse à fleur d’écorce d’arbres
Là où j’ai vu une pluie d’oiseaux tombant
Comme des éclairs de soleil
Dans ces bois nimbés de nuages phosphorescents
Où avec ses yeux bleus ciel l’enfant
Jongle avec ses sens en éveil
Son corps tendu vers un infini silence
Où Adame verte, il mêle candeur de l’enfance
Jusqu’à l’absorption de l’âme vers une transe
Là où l’homme prend sa distance
Lui l’humain immature bafouant la nature. M

samedi 4 février 2012

Atelier d'écriture du 4 février 2012

Fragments :
Le texte que je voulais vous faire découvrir a été grignoté. Il semble que le rongeur ait aimé particulièrement les fins de phrases, ou qu'il ait eu une aversion pour les débuts de phrases (ce qui revient un peu au même). Pour qu'on puisse goûter à notre tour le texte entier, essayons d'en reconstituer une version...

PAS DE CHANCE
Je longeais un bois .................................................................................................................
Ils ont déclaré que ......................
Je leur ai répondu que....................................................................... mais ils ont répliqué que....................................................
Alors je me suis permis de leur faire remarquer que ...................
Ils en sont convenus, mais, ................................................................
Je me suis encore permis de ...............................................................
Ils m'ont pris..................................................
A peine arrivés, ils ont commencé............
Ils étaient.....................
L'un ............................................................. mais l'autre .......................................................
Je l'ai obligemment informé que ...................................
L'avertissement......................
Il a vidé .................................................
Heureusement..................................................
Il a eu beaucoup de mal à...................................
Le calme revenu...................................
Quand j'ai dit ................................................................................................, ils............................
Je leur ai rappelé que ...................................................
Alors j'ai été ........................................................................................................................
Quand les deux lascars ont.............................................................................
Ils se sont .......................................................................................................
Après quoi ils m'ont..............................................
Ils se sont même .......................................
J'ai vu .............................................

...?...
Pas de chance
Je longeais un bois, quand je les ai aperçus. Ils étaient deux. A peine arrivés, ils ont déclaré que je n’avais rien à faire là.
Je leur ai répondu que le portail était ouvert mais ils ont répliqué que ce n’était pas possible. Ils m’ont pris ma sacoche, ils ont commencé à en vider le contenu parterre. Ils étaient grotesques. L’un a continué à fouiller mes affaires mais l’autre a entrepris de me palper. Je l’ai obligeamment informé qu’il me manquait de respect. L’avertissement n’a pas porté ses fruits. Il a vidé mes poches. Heureusement, elles étaient vides, il n’avait rien trouvé. Il a eu beaucoup de mal à s’en remettre. Le calme est revenu, nous nous sommes regardés. Quand j’ai dit : « Rendez-moi ma sacoche », ils ont ri. Je leur ai rappelé que tout ça pouvait se retourner contre eux. Alors j’ai été obligé de faire parler la poudre. Quand les deux lascars ont été raides morts, j’ai vu que la voie était libre : à moi le parc, le château, le magot.
D. G.
Je longeais un bois pas loin de chez moi, quand au détour d’un chemin, je me cognais sur deux individus. Ils ont déclaré que le territoire était privé. Je leur ai répondu que je connaissais parfaitement les lieux, mais ils ont répliqué que cet endroit était désormais privatif. Alors je me suis permis de leur faire remarquer que rien ne l’indiquait. Ils en sont convenus, mais ils n’ont rien voulu savoir. Je me suis encore permis de dire que je fréquentais ce bois depuis mon enfance. Ils m’ont pris, soulevé brutalement et emmené vers l’étang. A peine arrivés, ils ont commencé à me tabasser. Ils étaient costauds. L’un cognait telle la brute mais l’autre tournait en rond et me questionnait. Je l’ ai obligeamment informé que j’étais non-violent. L’avertissement l’a amusé. Il a vidé mes poches, il s’est emparé de mon portable, heureusement mon portable était blindé et il l’a lancé contre un chêne. Il a eu beaucoup de mal à le mettre en miette. Le calme revenu je repris mes esprits. Quand j’ai dit que j’étais l’inspecteur Sylvestre, ils ont rigolé. Je leur ai rappelé que j’étais dans mon droit. Alors j’ai été propulsé à trois mètres. Quand les deux lascars ont sorti leurs matraques, ils se sont relayés en me tapant de plus en plus fort. Après quoi ils m’ont attaché à un arbre. Ils se sont même amusés à me cracher dessus, puis j’ai vu ma dernière heure arriver quand ils ont sorti chacun leurs flingues. Par quel hasard, aujourd’hui, bien calé dans mon fauteuil, je me demande comment j’ai pu survivre après que je me sois retrouvé flottant le nez dans les algues vertes de l’étang.
G. M.
CONSEILS
Les Fêtes de fin d'année sont parfois source de stress. Des amis vous écrivent pour vous faire part de leurs difficultés, vous leur répondez en essayant de leur donner de bons conseils :
votre meilleure amie vous confie :
Lettre 1
« C'est chaque fois la même chose, c'est nous qui recevons toute la famille à Noël. Je fais toujours tout : les courses, la cuisine et même la vaisselle ! J'en ai plus qu'assez, mais si je leur demande de m'aider, ils disent oui, mais finissent toujours par trouver une excuse pour ne rien faire. Je ne sais pas comment m'en sortir, quel conseil me donnerais-tu ? »
Lettre 2
« J 'ai un nouveau petit ami depuis quelques mois et j'ai vraiment envie de le présenter à mes parents. Je l'ai invité au repas de Noël avec toute la famille. Il semble appréhender et considérer cela comme une épreuve : je crains qu'il ne vienne pas. Que pourrais-je faire pour le convaincre et le rassurer ? »
Lettre 3 :
Tonton Jacques et Tata Marie ne peuvent pas se supporter et à chaque repas de famille ils se titillent, le ton monte et cela devient vite insupportable ! Mais on doit les inviter quand même chaque année. Comment faire ?
Lettre 4
Ma belle-mère doit venir à Noël cette année, et je suis très ennuyée : elle a toujours des remarques à faire sur ma cuisine et me dit toujours comment je devrais faire. Ça m'agace mais je ne voudrais pas me fâcher avec elle, qu'est-ce que tu me suggères ?
Ecrivez la réponse à l'une de ces lettres désespérées......
Cher tonton, je joins à ce petit courrier d’invitation au repas de Noël qui aura lieu cette année chez Louise une kalachnikov. N’hésite pas à t’en servir au moment de la bûche, il y aura une surprise…
Chère tata, pour ce Noël 2011 et en raison de la crise et du stresse que ça engendre pour nous tous. Nous aimerions organiser une surprise pour toute la famille. Accepterais-tu de t’éclipser au moment de la dinde et des marrons, d’aller jusqu’à la cuisine et de te glisser dans la bûche en ayant endossé le costume qui sera installé sur une chaise vers la cheminée.
26 décembre- GROS TITRES- chez les Martin, tragique repas de Noël en famille. Marie T. déguisé en père Noël et cachée dans la bûche a trouvé une fin tragique. Son frère Jacques T. n’a pas apprécié la farce et surpris a abattu sa sœur avec une kalachnikov. La famille, choquée (voir photographie) affiche un sourire de tous les diables. En effet et selon le psy…. Le rire peut parfois faire place aux larmes dans certaines circonstances.
G
Lettre 1
Ma Catherine
Pas de problème, tu fais comme d’habitude, tu invites tout le monde papi mamie ta belle-mère tonton Jacques et tata Marie, les enfants, les petits enfants, tu vas même chercher au train tata Alice et son déambulateur. Comme d’habitude tu installes tout ce petit monde autour du sapin une coupelle à la main sauf les petits que tu laisses comme d’habitude mettre la maison sans dessus dessous. Comme d’habitude tu files à la cuisine et là tu fermes la porte à clé derrière toi. Tu retires la petite robe noire et les escarpins, tu ouvres le placard dans lequel tu as planqué un jean, un anorak, tes basquets et ta valise et tu te tires.
G.
Chère Marguerite
Recevez mes vœux les plus sincères à l’occasion de cette nouvelle année. Vous ne me connaissez pas et pourtant nous en avons passé du temps ensemble côte à côte. J’en ai entendu des soupirs et des jurons. J’en ai vu des moments d’angoisse face à la page blanche, j’en ai accueilli des feuilles de papier froissée jetées furieusement je n’avais jamais osé…Avec ma fidèle affection votre corbeille à papier.
G.
Ma chère Martine
Mais c’est bien connu, les belles-mères c’est comme les étoiles, plus on les voit de loin plus on les apprécie. Trêve de plaisanterie. Elle te fait toujours des remarques sur ta cuisine. Et bien ne cuisines pas. Oh je sais il va falloir convaincre Michel, le petit garçon à sa maman. Sache qu’en tout homme sommeille toujours le petit amoureux. C’est pas moi qui le dit c’est Freud. Je te suggère cette année, un réveillon au restaurant, avec la participation  financière de tous les invités. Tu vas voir la belle radine ça va la calmer.
Chère Martine Je comprends la bienséance qui veut qu’on invite tous les ans les membres âgés de la famille, surtout Tonton Jacques et Tante Marie. Mais je sais leur couple est insupportable par les invités, étalant sans pudeur leurs griefs à chaque réunion de famille. Mais j’ai trouvé une solution : invite pour cette année Tonton Jacques à Noël et Tante Marie au jour de l’an. Tes réveillons y gagneront en sérénité, tu verras.
AM
Chère Gisèle
J’ai une solution toute trouvée pour toi : le pique-nique ! Pas de préparation, pas de chichis, pas de vaisselle, chacun amène son panier, bref, tous tes problèmes seront résolus !
Bon tu me diras, un pique-nique pour Noël, c’est pas tellement la saison. Mais quoi, le réchauffement de la planète peut enfin avoir un aspect positif. Oui je sais tu vas aussi me rétorquer que le menu de Noël c’est sacré. Et alors : sandwich à la dinde, snacks de marrons… Et plus de problème pour garder la bûche glacée au frais. Moi je te le dis, ma petite Gisèle, le pique-nique de Noël, c’est l’avenir ! Dans 10 ans, tout le monde fera comme toi. Crois-moi, tu feras figure de pionnière !
D
VOEUX
Un objet de la maison envoie ses voeux à un personnage.. célèbre ? dont nous n'avons que le prénom.
Ecrivez la lettre de voeux envoyée par l'objet
Objets : la cafetière ; le sapin de Noël ; le four ; une guirlande (lumineuse ou pas) ; l'escabeau ; l'aspirateur ; la planche à découper ; une bougie ; une serviette en papier ; la poubelle
Destinataires : Léonard ; Nicolas ; Eva ; Olivier ; Marguerite ; Bernard ; Claude ; Marcel ; ; Guy ;

Sapin de Noël à Nicolas
Comme vous le savez, j’incarne chaque année le rêve des petits et des grands. C’est sous mes aiguilles parfumées que le Père Noël dépose tous ses cadeaux. En cette période qu’incarne la générosité, j’espère que vous penserez à moi. Fu des égoïsmes et de la récession, faites que cette année je puisse briller de tous mes feux.
AM
Tous mes vœux chère Eva pour cette nouvelle année. J’ai un aveu à te faire. J’ai adoré te voir danser, tes cheveux volaient jusqu’à moi, et les volants de ta jupette allaient jusqu’à m’effleurer. Eva, j’aime ton parfum, mais je n’aime pas tes bijoux. M’accepterais-tu en 2012 autour de ton cou, de ta taille, de ton poignet, de ta cheville. J’illuminerai ton corps et ta vie de janvier à décembre. Je clignote dans l’attente de ta réponse.
G.
L’aspi
A Léonard de V.
Que l’année 2012 t’apporte l’aspi… l’inspiration, qu’elle insuffle une brise nouvelle à tes œuvres et que tes inventions ne manquent pas d’air. N’oublie pas de vider ton sac à l’occasion. Grosse bise et bon vent- bon vœux !
D.
Je suis né il y a fort longtemps dans une contrée reculée. Le progrès n’était pas arrivé jusqu’à notre petit village, et mes parents vivaient comme leurs ancêtres, sans confort ni espoir de vie différente. Mes premières années furent celles de tous les enfants du pays : monotones et sans surprise. Oh, je n’étais pas malheureux, mais rien ne semblait vouloir troubler l’ennui de ce début de vie. Pourtant, j’avais des rêves, des envies d’ailleurs, d’aventures. D’où me venaient-elles ? Personne ne le savait, mais mes parents s’inquiétaient de mes absences subites, de mon regard perdu au loin des maisonnettes banales du bourg, de mes fuites soudaines dans les champs ou dans la forêt voisine. Ne soyez pas surpris si je vous dis que, à tout juste 16 ans, je pris la décision de partir, de chercher l’aventure ailleurs. Avais-je un but précis ? Non, même pas. Il me suffisait de fuir le quotidien, d’échapper à une vie déjà toute tracée qui serait celle de mes parents, de mes grands-parents et de tous mes ancêtres auparavant.
Il n’y avait aucun autre moyen que la marche à pied pour commencer mon périple. J’avais préparé hâtivement quelques provisions, un peu d’argent et deux ou trois vêtements chauds que j’avais rangés dans une vieille sacoche de cuir ; un matin à l’aube, dans le brouillard, je pris la route. Au début, le chemin fut long. Le paysage ne changeait guère : les champs et les forêts se succédaient. Pas âme qui vive. Quelques bêtes paissaient dans les prairies. Aucun village, aucune ville à l’horizon. Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis mon départ, et je commençais à regretter ma décision : n’y avait-il donc rien d’intéressant en dehors de la petite vie étriquées des miens ? Les quelques denrées que j’avais emmenées commençaient à s’épuiser. Je me décourageai peu à peu… Enfin, un soir, alors que la nuit commençait à tomber, j’entrevis au loin une lueur. Puis, accélérant le pas, une odeur de feu de bois me monta aux narines. Dans la pénombre se rapprochant peu à peu des maisons éclairées semblaient me faire signe. Arrivé à quelques centaines de pas, je me mis à courir. Ma nouvelle vie allait commencer ! J’arrivai enfin à hauteur des premières maisons. Dans la nuit, il m’était difficile de bien distinguer les alentours, mais il me suffisait de me dire que j’avais enfin atteint un endroit nouveau ; une nouvelle vie commençait pour moi ce soir !
Ivre de joie, je m’approchai à tâtons de la porte de l’une des maisons qui bordaient la route, et frappai. J’entendis des pas lourds et lents s’approcher. La porte s’ouvrit doucement.  Je crois que c’est à ce moment que tout s’écroula pour moi. Mort, l’espoir d’une vie meilleure ! Morts les rêves d’aventure et d’ailleurs ! Lentement, j’entrai, m’approchai du petit homme vieillissant qui m’avait ouvert sa porte « Bonsoir Papa »
D

samedi 14 janvier 2012

Atelier d'écriture du 14 janvier 2012

5000 choses à faire cette année et plus tard
Ranger le grenier
Prendre chaque jour une photo du ciel au-dessus de la terrasse et en faire une collection
Prendre des cours de piano
Ranger la cave
Trouver enfin des chaussures qui ne me font pas mal aux pieds
Réussir à faire des meringues
Aller à Florence
Arrêter de manger du chocolat tous les soirs, MAIS trouver le meilleur chocolat possible
Revoir tous les films de Kubrick
Aller dans le plus grand nombre d’îles possibles. D

Les bateaux mouche et la batterie
Un site de visite des plantes herboristes pour en faire en infusion et soigner les plantes et les êtres humains.
Les bateaux mouches sur les semaines
Voir les changements des saisons et voir l’aménagement de la plage sur les berges.
Etre bénévole pour retaper et coudre et donner des idées.
Je ne connais aucune adresse, elle existe à Lisieux sur informatique. E
Planter des asperges grosses comme ça
Déplacer mes deux rosiers grimpants
Renouveler mes semis de fleurs
Retrouver des plants de capucines tubéreuses
Repeindre ma chambre
Aller en Ariège
Marcher en Corse
Nager dans la Manche
Réfléchir à quoi faire d’autre contre
Bien voter
Prendre du temps pour regarder les pâquerettes pousser
Lire tranquillement dans mon hamac et m’assoupir avec le soleil qui me cligne de l’œil entre deux feuilles. G
- trier mes photos
- ne garder que ce qui me sert réellement
- réfléchir avant d’agir (ça, c’est bien, ça permet de repousser les échéances. Je garde)
- savoir rester assise
- ne penser à rien
- écrire
- prendre le temps encore
- faire ce que je veux
- vouloir ce que je fais
- arrêter de faire (le droit d’arrêter de faire…) et de se faire des contraintes
- m’engager
- me dégager des contradictions
- vivre en harmonie, en symphonie, en sympathie….C
être acrobate
chanter à l’opéra
nager 100m sans reprendre mon souffle
parler anglais couramment
voyager au THIBET et faire une retraite chez les moines bouddhistes
me lever de bonne heure tous les matins
diminuer la pile d’ouvrage prévu.
DE JC à Marie Madeleine.

Oui Marie Madeleine,je le sais.Après l’ascension du Golgotha,et ma ressurection inespérée,au 3eme jour conformément aux écritures,je suis toujours là.Tu m’attendais,toujours fidèle,belle et attirante.Ton voile encadrant ton beau visage céleste et ton corps lascif d’une sensualité débordante me font dire que ton idée d’ouvrir un lupanar en pleine Judée chrétienne est une idée de genie.Fatigué d’une longue errance,j’ai bien envie de me poser dans une petite entreprise de bon rapport.Aidé de mes douze acolytes,qui ne jurent que par moi,je sens que nous allons réussir.Rendez vous ce soir à Bethléem,près de la petite grotte que tu connais bien,afin que nous puissions parler de ce projet.

Maître,
J’ai le regret de vous informer des faits suivants : votre petite clerc de notaire, à l’air si respectable, n’est pas d’une probité exemplaire.
Je sais vous allez tomber des nues.Cette blondinette, toujours bien habillée, avec son air si distinguée, n’est qu’une vulgaire voleuse.Pas plus tard qu’hier, je l’ai rencontrée rue Pont Mortain.Dans sa petite robe cintrée, ajustée, style courreges, elle était vraiment élégante.Pas un cheveu ne dépassait de son brushing impeccable.Tout dans son allure reflétait son bon goût et son souci de respectabilité qui sied tant aux petites bourgeoises.
Oui Maître, mais savez vous comment cette femme se procure l’argent nécessaire  à ses envies de coquette?Elle vous vole.Après etude approfondie de vos comptes,10000 euros ont disparu depuis le début de l’année.Directement versés sur le compte de votre employée,sous couvert de transactions immobilières traitées recemment.J’attire votre attention sur d’éventuelles malversations à votre encontre.En effet ,un scandale financier pourrait rejaillir sur la réputation de votre étude,mettant à mal la confiance d’une partie de votre clientèle.
Cher Maître,je me tiens à votre disposition pour toute information complémentaire.
Votre dévoué Michel Dupont,conseiller financier à la caisse d’épargne de l’agence de Lisieux.

Installé confortablement devant la fenêtre ouverte, j’écoute la nuit descendre sur cette montagne que j’aime tant. J’aimerais tellement pouvoir la partager avec toi. Je regrette à chaque instant que tu n’aies pas pu m’accompagner.
Ce matin au marché, j’avais envie de tout te montrer, tout t’expliquer, les couleurs, les odeurs que l’on ne trouve qu’ici. J’ai même acheté un morceau de ton fromage préféré, sans y penser, tant pis, je l’offrirai à la voisine. J’imagine tes yeux emplis de gourmandise devant tous les étals débordants de produits plus alléchants les uns que les autres.
Cet après-midi, j’ai fait une longue promenade au bord du torrent. Le chant de l’eau m’a toujours apaisé. Les bons moments que nous passerions ensemble… J’ai croisé un petit oiseau magnifique au plumage mordoré. Je ne le connais pas. Je vais sans doute passer le reste de la soirée à le chercher dans tous les ouvrages qui se sont amassés là au fil du temps et demain je t’écrirai son nom. Je regrette de n’avoir pas pu le photographier, il m’a surpris, peut-être que je le reverrai.
Demain je me lève tôt, tu sais quel effort ça représente pour moi, mais marcher en montagne à l’aube est quelque chose d’extraordinaire. Je voudrais pouvoir t’emmener le long des sentiers, là où l’on est seul au monde avec l’impression que personne n’est venu avant nous. La nature nous accueille à bras ouverts à condition qu’on la respecte. Rien n’est plus émouvant que le chant des oiseaux au lever du jour. Je te présenterai toutes les jolies fleurs dont je t’envoie les photos depuis longtemps déjà, tu verras, elles sont encore plus belles dans ma montagne.
Il me reste tant de choses à te dire mais aurais-tu le temps de les lire ? Je vais en rester là pour ce soir.
Peut-être que ces quelques lignes te donneront enfin l’envie de découvrir la plus belle région qui soit. Je crois que je saurais être le plus merveilleux des guides.
Je t’embrasse.
Ici aussi le temps est magnifique. Frais le matin, ensoleillé tout le jour. Je passe mes journées au jardin, l’ouvrage ne manque pas. Tu vois, je ne pouvais vraiment pas partir à cette saison, les fleurs ne poussent pas aussi bien sans moi et qui en aurait profité ?
Ca me fera très plaisir de découvrir ta belle région, il faut juste que nous trouvions une date commune et ça ce n’est pas simple.
Ici, j’ai terminé le nouveau parterre, repeint les volets, tu verras la maison a de l’allure, demain j’irai acheter les plantes pour garnir les fenêtres. Il me faut aussi quelques lavandes et quelques thyms pour parfumer l’été qui arrive. Ces plantes me feront penser à ton pays presque comme si j’y étais.
Ne m’en veux pas si je n’écris pas chaque jour, mais le temps me manque et quand je rentre le soir, je me plonge voluptueusement dans un bain en compagnie d’un bon bouquin, Maupassant en ce moment, et je suis sûre que tu me comprends, avant de partir pour une bonne nuit réparatrice.
Bisous
PS : tes lettres me font très plaisir, je les attends avec impatience.C
St Aubin, le 7 février 1940,
Cher Maurice,
Ta  mère et moi espérons que la neige a pu être dégagée rue Thiers. Nous avons eu beaucoup de travail de notre côté pour réparer les canalisations. Grand-mère est venue quelques jours chez nous car sa fièvre et sa toux étaient de plus en plus mauvaises.
Le Docteur Godefroid n’a pu venir qu’hier.
Les livreurs n’ont pu passer et nous manquons de farine et d’huile. Nous t’enverrons un colis dès que possible. Travaille bien.
Ton père
Rouen, juillet
Ma sœur bien-aimée,   Ta dernière lettre m’a bien amusé. Je vois que la petite troupe se prépare pour la kermesse. Je voudrais bien voir ! toi en petite soubrette, Jean en gendarme, Nicolas en voleur et Lucie en matronne. La fanfare répète-t-elle avec le Père Gilbert ? Je serai en congé le 6 et espère pouvoir prendre le train de 11 heures. Mon oncle Daniel me conduira à la gare. D’ici là, sois sérieuse avec ton petit béguin…Dis-lui que je lui donnerai un coup de mainà la ferme des Lasnel cet été.
Je t’embrasse affectueusement, petite sœur,
Ton frère à qui tu manques
P.S. : Embrasse Grand-mère pour moi. Je lui rentrerai son bois pendant les vacances, qu’elle ne s’inquiète pas pour ça.
Monsieur le commissaire de Police,
C’est avec surprise, et un certain mécontentement que j’ai reçu hier une injonction de la part de vos services de payer une amande de 200 € pour dépôt d’objet encombrant sur la voie publique. Ne croyez pas que j’aie l’habitude d’abandonner des objets devenus inutiles sur le trottoir, mais il faut comprendre que la situation était exceptionnelle. Il y a quelques temps, j’ai décidé d’arracher la haie d’arbustes qui bordait mon jardinet afin de gagner de la place. Je dois vous dire que ce fut un travail de romain. Je n’avais pas les outils adéquats et je ne vous raconte pas combien il est harassant de découper des troncs d’arbre avec un couteau à pain et des ciseaux de couturière. Bref, je n’entre pas non plus dans les détails, et j’en viens à notre affaire. J’avais déjà arraché six thuyas et m’apprêtais à m’attaquer au septième quand ma petite pelle en plastique rouge rencontra un obstacle sous la terre, à quelques centimètres seulement de la surface. Je pensais que c’était une racine, un rocher, bref la perspective de gros efforts et d’une bonne suée pour m’en débarrasser.
J’entrepris de dégager l’obstacle en creusant tout autour avec la pelle. Mais, plus je cherchais, plus ces contours me paraissaient larges ! Finalement, après maintes efforts, je m’aperçus que cet objet dur avait une superficie énorme, puisqu’il occupait plus de la moitié du sous-sol de mon jardin. Intriguée, je débarrassais la surface de l’objet de la terre qui le recouvrait. Elle était lisse, dure et brillante comme du métal, mais chaude et palpitante comme si elle était vivante. Sa couleur n’était pas définie, s’irisant doucement. Je ne vous explique pas comment je pus dégager ce monstrueux objet de mon gazon. Une fois la corvée terminée, j’avais sous les yeux, posé au milieu du tas de terre retourné qu’était devenu mon coquet jardinet, une énorme chose ronde d’un diamètre de sept ou huit mètres et d’une épaisseur de trois mètres environ. Sur un côté se dessinait une sorte de porte au dessus de laquelle étaient inscrits des signes étranges, qui, après moult recherches étaient inconnus de toutes les écritures possible dans le monde. Mettez-vous à ma place, Monsieur le Commissaire. Que faire ? Alerter les scientifiques, le gouvernement, les médias, qu’un engin extraterrestre avait été découvert à Lisieux, sur le territoire qui avait autrefois été une partie du jardin de l’Evêché ? Je veux garder ma petite vie tranquille, Monsieur le Commissaire. Les hordes de photographes, les agents spéciaux, les curieux, tout cela, ce n’est pas pour moi. Je veux juste continuer à arracher mes thuyas, à agrandir mon carré de pelouse, et pouvoir profiter de mon jardin. Alors voilà, Monsieur le Commissaire, je ne vous explique pas comment, de nuit, en me cachant des voisins, j’ai pu sortir l’engin et le déposer sur le trottoir. Naïvement, je pensais que les éboueurs allaient peut-être le ramasser avec les poubelles… Et voilà que je me retrouve avec 250€ à payer. Si je vous ai exposé toute la situation c’est que j’espère que vous comprendrez que je n’avais pas le choix, c’est pourquoi je vous demande de bien vouloir m’exonérer du paiement de cette amande. Veuillez agréer, Monsieur le Commissaire, l’expression de mes sincères salutations. D
Mon cher frère, je te remercie pour ton courrier de Polynésie me donnant où vous devez vous relaxer ce que tu fais de tes vacances, ainsi que ta femme et ton fils dans votre logement de fortune tu dégustes de bons homards grillés et du poisson frais tout cela sous les palmiers et des ballades en pirogue, toujours le soleil et vous bronzez sur le sable doré. Tu sais pour nous en France cela fait du chemin pour aller en Polynésie dans l’océan Indien. Dans Six mois tu rentres en France dans ton sous marin atomique. Je te joins une enveloppe pour que tu envoies des photos de vous et de votre boa. Un retour agréable pour ta famille en avion. Tous les trois, nous vous embrassons jusqu’à votre retour à Toulon. Ici il ne fait pas trop chaud. On se reverra le 14 juillet au défilé. Pour un mois de juillet 1986. Ta sœur Edith. E
A Marthe Dauphine
Tanambo
Diego Suarez
Madagascar
Le 13.12.11
Chère Marthe
Te souviens-tu de moi? Ça fait tellement longtemps, j’avais 8 ans quand nous avons quitté Diégo. Tu as été ma dernière nounou notre dernière « ramatou » comme on disait. Je me souviens très précisément de ta case dans ton quartier de Tanambo. Ta case était ta chambre, minuscule. Elle était meublée d’un lit très haut recouvert de tissus moelleux multicolores, les murs tapissés de toutes sortes de babioles cartes postales et autres souvenirs. Ce jour là, tu nous avais emmené mon frère et moi passer l’après-midi avec toi parmi les tiens. Je me souviens du repas pris avec ta tribu entière autour de la grande table de la case principale : poisson séché et riz blanc. Nous avions l’impression Régis et moi d’être tellement importants tous ces gens autour de nous qui nous regardaient engloutir notre festin en plein après-midi, tous ces malgaches tellement fiers de nourrir les deux petits français… Et le soir à la table familiale mes parents inquiets devant notre manque d’appétit… C’est toi qui leur a expliqué chère Marthe, cinquante ans tu te rends compte cinquante ans déjà. J’ai trouvé cette enveloppe dans un carton et tout est revenu. C’est étrange comme les souvenirs d’enfance peuvent être précis mais aussi ressembler à des miettes ou des fragments, des fragments de miroir, miroirs brisés qui me renvoient plus que des morceaux épars de nos vies. Chère Marthe et toi ! Tu peux avoir maintenant 75 à 80 ans. Je vois parfaitement ton visage café au lait ton grain de beauté près de l’aile du nez, tes peignes pour tenir tes cheveux tirés… Chère Marthe je n’ai pas ton adresse précise. Peut-être que le quartier de Tanambo n’existe plus, ou peut-être que tu l’as quitté. Je t’embrasse G.
Chère Louise.
J’ai eu mes dix neuf  ans. J’ai épousé Henri, il y a six mois. Le mariage était très réussi. Mes quatre sœurs m’ont bien aidée. Il y avait cinquante personnes, la cousine Hortense est venue aussi pourtant elle habite à cinquante kilomètres. Chacun avait mis son plus bel habit. Mes sœurs m’ont aussi aidée pour la robe. Elles ont coupé, cousu, brodé un tissus blanc pour en faire un bel habit. Henri était très content du résultat. Lui avait mis un costume neuf et c’est un évènement car Jeanne sa mère est très avare. Mes sœurs étaient fières que l’aie un trousseau comme toutes les autres filles du village. J’ai pensé à maman, je me suis dit qu’elle nous regardait du ciel avec un œil bienveillant. J’ai prié beaucoup pour que Henri et moi, nous ayons une vie heureuse et de nombreux enfants. Henriette ma sœur aînée a déjà quatre enfants. Nous les avons coiffés pour le mariage. Les deux garçons étaient si mignons avec leurs anglaises blondes. Je crois que je suis enceinte, j’ai des nausées le matin. Je n’en ai rien dit à ma belle-mère. Elle est très sèche avec moi. Je vis désormais avec Henri à la ferme, lui travaille dur toute la journée. Moi, je dois laver le linge au lavoir, soigner les volailles, traire les vaches, tirer l’eau au puits. Ma belle-mère fait le repas, je dois aussi l’aider. Je n’ai guère le temps d’écrire, ni de lire  et ma belle-mère n’aime pas me voir perdre mon temps à ça. Si je m’arrête de travailler, je pense à mes sœurs et je suis très triste de ne pas les voir plus souvent. Heureusement Henri est très gentil avec moi. Hier, il m’a ramené un ruban rouge pour attacher le gilet que je suis en train de tricoter. Ça fera très joli. Voilà pour aujourd’hui, Jeanne m’appelle, il me faut retourner à ma tâche. Je t’embrasse.
Chère mamie, en fouillant dans le grenier, j’ai trouvé cette lettre. Elle était bien cachée. J’ai été très émue de lire tes mots. J’ai cherché d’autres enveloppes, je n’ai rien trouvé. Sans doute as-tu écrit souvent mais tes lettres se sont égarées. Tu dois dormir sous terre depuis pas mal de temps, mais je t’écris quand même peut-être que toi aussi tu me regardes du ciel comme ta maman le faisait le jour de ton mariage. Tu sais, les temps ont bien changé. D’ailleurs je n’arrive même pas à imaginer ta vie, même en te lisant. Moi, je voyage, je suis allée en Bolivie, sais-tu seulement où ce pays se trouve ? Je ne suis pas pressée d’avoir des enfants, j’ai bien le temps d’en faire et puis aujourd’hui, on choisit. Je veux vivre d’abord, et prendre le temps de choisir mon compagnon. Quant au mariage, c’est un peu désuet aujourd’hui. J’aimerai aller vivre aux Etats-Unis pour y travailler. De toute façon je n’ai pas encore fini mes études, on verra bien…G
Cher Marquis,
A l’aube de ce jour, je vous écris, mes esprits revenant à la surface, après une longue nuit agitée au sujet du différend qui nous a divisés en ce début d’année concernant ces bâtisses qui m’étaient dévolues lors du partage de ces terres entre nos deux familles. Je pense toujours que les bijoux de famille cachés dans ce coffre de diamant m’appartiennent car la ligne de sang de ma famille est plus pure que la votre. Si vous persévérez  dans cette croisée de fers entre deux familles, soyez certains que sabre au clair, dès lundi de la semaine prochaine, je serai là pour vous provoquer en duel dans la cour du château. Mes respects Mr le Marquis.
Chevalier De la Morinerie
Cher Chevalier de La Morinerie
Je viens par cette lettre vous répondre, cachet du roi faisant foi, une fois avoir parcouru votre parchemin. Je vous assure qu’un règlement de notre différent se fera bien, sabre au clair, dans la cour du château. Si vous revenez à de meilleurs sentiments envers ma personne, rendez-vous à l’orée du bois, j’y serai avec l’une des dauphines du Roi, ma cousine, nous pourrions nous entendre et nous comprendre pour conjurer nos différents par l’entremise de cette confidente du roi s’y rendant en carrosse, à l’effigie de notre Roi. Veuillez agréer, Marquis, mes respects chevaleresques.
Marquis De Gonzac de la Ferrière
M.
Une enveloppe « par avion » et une enveloppe standard : écrire deux lettres correspondant à l’enveloppe
Chère Marraine,
Je suis heureux que tu aies choisi ma photo pour me parrainer. Ti dis que la petite somme que tu verseras tous les mois n’est rien pour toi mais pour moi c’est beaucoup. Elle va assurer ma scolarité et mes parents ne vont pas devoir m’envoyer travailler. Tu sais, ici les enfants peuvent commencer à six ans. Il faut comprendre les parents, nous n’avons presque rien et les petites sommes que chacun peut rapporter à la maison font que la famille mangera mieux. Pour le reste, nous nous contentons de peu, nous sommes souvent habillés par l’aide humanitaire et nos cases d’une ou deux pièces contiennent les ustensiles de cuisine et les nattes que nous déroulons le soir. Mais à la saison sèche, tout se passe dehors. La saison des pluies complique tout évidement.
Pour aller à l’école au village (il n’y a pas d’école de brousse), je dois me lever de bonne heure et je fais le trajet à pied mais c’est très amusant car les copains et copines me rejoignent sur la piste et nous nous amusons beaucoup. Quelquefois, nous pensons à nos camarades qui sont déjà aux champs à sarcler ou à garder les troupeaux de chèvres. C’est dur et dangereux.
L’année prochaine, j’irai au collège à la ville. Je prendrai le taxi brousse et ne rentrerai qu’à la fin de la semaine. Je serai interne et j’aurai un uniforme. Mon papa a dit qu’il viendrait me chercher quelquefois sur son vélomoteur. Je ne t’ai pas dit qu’il travaillait dans la forêt à abattre des arbres pour une compagnie française. Maman élève mes cinq petits frères et sœurs, ma sœur Animata va aussi à l’école, les autres sont trop petits.
J’espère que tu viendras me voir mais si tu ne peux pas je demanderai à l’instituteur de faire des photos et je te les enverrai et toi, pourras-tu m’en envoyer ? de toi et de ta famille et aussi de ton village.
Si je réussis bien à l’école, je pourrai peut-être venir faire mes études en France mais j’ai entendu dire que ce n’était pas si facile maintenant chez vous pour les étrangers.
Tu sais, j’aime bien écrire, alors si tu veux bien je t’écrirai souvent et je te raconterai mon village, la forêt, les animaux. Ici la nuit tombe d’un seul coup et on n’entend plus aucun bruit pendant un moment, et puis ça reprend mais les cris ne sont plus les mêmes. A ce moment-là les bébés pleurent mais les mamans qui les portent toujours dans le dos leur chantent des chansons douces pour les consoler et ils se rendorment.
Bon, il faut vraiment que j’arrête d’écrire sinon mes devoirs ne vont pas être faits. Je t’embrasse et te remercie très fort.
Abdou
Ma chère Maman,
C’est une bonne initiative que tu as prise de parrainer cet enfant. Les nôtres verront ainsi qu’ils ne sont pas si malheureux.
J’ai un peu honte de te parler de nos travaux quand tu me dis qu’Abdou et sa famille vivent à sept dans deux pièces, sans eau, sans électricité bien entendu.
Nous avons abattu tous les murs de la salle, la chambre et la cuisine pour ne faire qu’une seule pièce à vivre. Nous n’avons conservé que la chambre du bout et la salle de bain qui seront affectés aux hôtes quand tous nos travaux seront finis. Les trois chambres dans le grenier sont terminées et nous avons tous pris possession de notre nid. Les toilettes prévues sur le palier vont bientôt être opérationnelles.
Les ouvriers ont commencé l’extension où sont prévus chambre, salle de bain et atelier. Je pense qu’à la fin de l’année tout sera terminé. Et l’année prochaine, nous ouvrirons une véranda devant la maison.
Une chanson ou plutôt un poème disait : » Est-ce ainsi que les hommes vivent, » Oui, pourquoi disposons-nous de tant de place, de tant de confort, alors que d’autres vivent les uns sur les autres dans des conditions d’hygiène inacceptables et pas seulement en Afrique ? J’ai un peu de remords et pourtant je fais comme tout le monde.
J’ai oublié de te remercier de la corvée de repassage que tu m’as faite, cela m’a bien aidée, je suis vraiment débordée en ce moment. Pierre s’investit beaucoup dans la maison, et puis les trajets pour aller travailler, conduire les enfants à leurs activités, vraiment j’ai apprécié que tu prennes en charge le repassage. Je sais que tu as aussi beaucoup à faire et qu’avec Papa vous ne vous épargnez pas et je t’en suis reconnaissante.
Je te quitte pour préparer le goûter et je t’embrasse très fort ma petite maman,
Ta fille aimante,
Louise
E.